Yannick Bellon, cinéaste engagée réduite au silence parce qu’elle dérangeait

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« Je suis le contraire de la résignation »

En France, il faut attendre les années 70 pour que des femmes entrent dans le monde fermé du cinéma.

Les femmes sont mises en images par des hommes, la place des femmes est devant la caméra comme objet de désir du regard masculin.

C’est seulement grâce aux revendications des mouvements féministes de mai 68 et au changement des mentalités des années 70 que les femmes ont enfin pu passer de l’autre côté de la caméra.

« Il faut que le cinéma aille plus vite que les mœurs, que les femmes inventent leur propre futur, en modifiant leurs propres représentations », disait Agnès Varda.

La cinéaste et productrice Yannick Bellon est morte dimanche 2 juin à l’âge de 95 ans.

Auteure de huit longs métrages et d’une dizaine de courts, cette pionnière du cinéma au féminin était aussi considérée comme une réalisatrice féministe, abordant des sujets comme le cancer du sein, la bisexualité, le viol et le parcours du combattant des victimes face à la justice. Elle a marqué les années 1970 et 1980 avec des films comme L’amour violé ou La femme de Jean.

Points communs à tous ces films : une attention aux réalités sociales de son époque, la foi assumée dans l’émancipation nécessaire des femmes, mais aussi des portraits d’hommes éloignés de tous les clichés sur leur machisme supposé.

Féministe parce que femme, elle reste sourde aux discours des militantes tonitruantes des années 1970. Elle choisit de donner à voir des femmes courageuses qui se cherchent et se reconstruisent, envers et contre toutes les conventions et les violences ordinaires de la société.

Même si Yannick Bellon était un peu oubliée ces dernières années, le ministre de la Culture Franck Riester souligne le vide qu’elle va laisser dans un hommage : « La cinéaste vient de disparaître à l’âge de 95 ans. Elle disait : « Je suis le contraire de la résignation ». Toute son œuvre le prouve. »

Yannick Bellon dans tous ses films porte un même regard lucide et tendre sur ces êtres humains qui tracent leur chemin dans le refus de la soumission et la reconquête de leur dignité. En ce sens on peut parler d’une cinéaste humaniste et profondément engagée. Mais on ne saurait négliger son apport cinématographique aux formes multiples, imprégné de l’art du documentaire, un cinéma traversé par une poésie et une musicalité uniques.

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