Votre vêtement au travail

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Un soi personnel et un soi social

Je me suis rendue compte que l’on parlait toujours de l’activité, du travail réel du travail prescrit et peu de l’apparence et de l’affirmation de soi « du comment paraître « soi » avec ses fonctions professionnelles au travail. Ce sont en particulier des femmes de ménage et des employés en mécanique qui m’ont fait la remarque, en parlant des blouses blanches à l’hôpital et du respect des patients devant la blouse blanche qui passe dans le couloir par rapport à l’indifférence ou du non respect du tablier ou de la blouse bleue, de la personne qui lave le sol du couloir. Et faisant décliner le vocabulaire sur le vêtement au travail, nous avons constaté le marquage de distance entre le costume, la tenue, le vêtement, le tailleur et la blouse, le tablier, la sape, la fringue, le bleu. Pour cette raison, j’ai écrit le livre : « Le vêtement de travail, une deuxième peau », paru chez Erès à Toulouse. Le titre m’a été donné spontanément par plusieurs personnes écoutées sur la fonction de leur vêtement au travail. Je l’ai pris car il donne immédiatement du sens.

Je me suis remémoré les ouvriers de Lorraine « en bleu du dimanche », en « bleu pour faire son jardin » différents disaient-ils du « bleu à l’usine » J’ai beaucoup aimé les confidences des femmes employées qui gardent leur tailleur de travail à midi pour aller déjeuner et faire leurs courses mais l’agrémentent toujours d’un foulard, d’une écharpe, ou de gants personnalisés pour « ne pas être repérées comme salariées de tel ou tel magasin ».

C’est tout l’écart entre le soi personnel (aspirations, rôle et statut, sentiment personnel de sa cohérence interne) et le soi social (ce que l’on renvoie aux autres, altruisme, domination, séduction par exemple) qui se marque là dans le vêtement au travail. Et ce que l’on représente affectivement, hiérarchiquement et socialement dans le service public, l’entreprise, les administrations. je pense ici aux travaux de Florence Osty sur le métier.

Hormis l’aspect global donné par le corps habillé selon des normes au travail, il est intéressant de penser aussi à ce que renvoient les chaussures (de sécurité) qui indiquent le métier exercé dehors ou dedans, et penser aux coiffes (casques sécuritaires, foulards protecteurs ou casquettes pour l’hygiène en vente alimentaire ou en cuisine) et gants en fromagerie ou poissonnerie. Les jeunes apprentis ont souvent du mal « à s’y faire » mais très vite ils se rendent compte que les accessoires protecteurs utiles sont aussi des marqueurs de l’identité professionnelle, qui donnent de la reconnaissance au travail. En prendre soin est important me dit la coiffeuse apprentie car le matériel a un coût comme le vêtement et tout çà donne « du sens » au métier.

Au-delà de l’aspect, se jouent des discussions dans le milieu de travail : « qui fournit le vêtement », « l’emporte t’on chez soi pour le laver ? ». Les syndicats se sont emparés du sujet par rapport à la sécurité, en particulier pour les travailleurs et travailleuses proches de sources de chaleur dangereuse. Matières, tissus, coupes, couleurs, agencement pratique des poches pour les petits outils, fermetures éclairs des jupes et pantalons, tout est devenu important et sujet d’analyse pour le confort. Dans quasiment tous les corps de métiers, des commissions se réunissent chaque année sur la question vestimentaire.

Ginette Francequin. Maître de conférences en psychologie, HDR Cnam, Laboratoire Lise- cnam-umr-cnrs.

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