Vers la république paritaire ?

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin
Partager sur email
Partager sur print

La première loi de parité, celle du 6 juin 2000, vient de fêter ses vingt ans. La France républicaine reposant sur l’universel, devient, paradoxalement, la première démocratie organisée sur une base paritaire.

Grâce à la loi du 6 juin 2000 et à celles qui lui ont succédé, la longue marche des Françaises pour participer aux affaires de la cité a franchi des étapes décisives. La France, longtemps lanterne rouge des pays européens pour la présence des femmes au Parlement, figure aujourd’hui parmi les pays leaders.

Féminisation à marche forcée des assemblées élues

Aujourd’hui, depuis les législatives de 2017, les femmes siègent à raison de 39,5% à l’Assemblée nationale, cœur du pouvoir républicain. La féminisation de la représentation nationale est allée de pair avec la déroute des partis de gouvernement, ceux-là même qui ont dominé si longtemps la vie politique en laissant les femmes au bord du chemin. Désormais, la France se range au 4ème rang des États européens pour la proportion de députées et au 16ème rang mondial. Au Sénat, élu au suffrage indirect, la part des femmes atteint le tiers, après les élections de 2020.

La dynamique paritaire a transformé plus encore les assemblées territoriales de la République. Dans les conseils départementaux, les femmes siègent, depuis 2015, à égalité parfaite avec les hommes. Ce, grâce au nouveau mode de scrutin binominal majoritaire, égalitaire par principe, puisque chaque canton élit un binôme femme/homme. Dans les assemblées élues à la proportionnelle, la parité obligatoire des listes de candidats, bientôt suivie, à partir de 2007, par la parité obligatoire des exécutifs, s’est traduite par des résultats spectaculaires en termes d’égalité. Aujourd’hui, la part des femmes au sein de la délégation française au Parlement européen est de 50%. Elle est de 47,9% dans les conseils régionaux et de 42,4% dans les conseils municipaux. En outre, les femmes ont réussi à se tailler une bonne place au sein des exécutifs locaux, tant parmi les vice-présidents de conseils régionaux et départementaux que parmi les adjoints aux maires.

Blocage à l’entrée du premier cercle

Au sommet du pouvoir, toutefois, la domination des hommes demeure. C’est le cas au Parlement. Dans toute l’histoire de la République, aucune femme n’a jamais présidé ni l’Assemblée nationale, ni le Sénat. L’inégalité des femmes face au pouvoir politique n’est pas moins visible au niveau territorial. Qui incarne les présidences d’exécutif locaux, lieux qui concentrent l’essentiel des pouvoirs ? Des hommes très majoritairement. On ne compte que 22% de femmes parmi les présidents de régions, 10% parmi les présidents de départements, un peu moins de 20% parmi les maires, et 11% parmi les présidents d’intercommunalité.

La législation paritaire outil de légitimation

Avec le recul, l’outil paritaire apparaît bien comme un mode de légitimation de la présence des femmes en politique, distillant ses effets à tous les étages institutionnels, y compris là où la loi est muette. Ainsi, la parité s’ajoute implicitement aux critères présidant à la formation des gouvernements : celui de Jean Castex, nommé en juillet 2020, comprend plus de 52% de femmes. Même le conseil constitutionnel, juridiction suprême de la République, longtemps bastion masculin, n’échappe pas à la logique d’un recrutement de plus en plus paritaire. Quatre femmes siègent aujourd’hui parmi les neuf « sages ».

Une femme à l’Elysée ?

Le concept de parité a aussi eu pour effet de questionner la masculinité de la scène présidentielle. Une femme pourrait-elle être élue prochainement à l’Élysée ?  Rien n’interdit de le penser. Depuis quelques années, les femmes jouent un rôle croissant dans la compétition « reine » de la Ve République. On peut y voir un symbole de la mutation des rôles sociaux de sexe.

La présidentielle de 2007 a fait date. Pour la première fois sous la Ve, une femme se qualifie pour le second tour de l’élection, qui se voit ainsi décrit comme un duel paritaire, opposant une femme de gauche (Ségolène Royal) à un homme de droite (Nicolas Sarkozy).

Un second duel paritaire intervient en 2017, opposant cette fois, Emmanuel Macron, candidat de la République en Marche à Marine Le Pen, candidate du Front national. C’est un paradoxe : la femme politique qui aujourd’hui occupe une position centrale sur la scène républicaine est la représentante d’un parti qui promeut des valeurs anti-républicaines, dont le rejet des étrangers.

Pour la présidentielle de 2022, plusieurs femmes politiques pourraient entrer en piste. La crise de leadership qui touche les partis parlementaires, à gauche comme à droite, ne peut que servir la désignation de candidates. Car c’est souvent en temps de crise qu’on donne leur chance aux femmes…

Le féminisme de l’opinion

En tout cas, l’opinion est prête à accepter que la magistrature suprême soit incarnée par une femme : selon un sondage de décembre 2019, plus de 70 % des Français estiment qu’une femme présidente de la République serait « souhaitable » (Sondage Louis Harris, pour RTL, en ligne du 26 au 27 décembre 2019, auprès de 1028 personnes). C’est là le fruit d’une évolution spectaculaire des représentations, si on songe qu’il y a près de 50 ans, en 1974, 69% des Français se disaient opposés à ce qu’une femme soit président de la République (Sondage SOFRES). Le « temps des femmes » est bel et bien en train d’advenir, y compris pour incarner la République à son sommet.

Mariette Sineau, politologue (Sciences-Po/CNRS), est co-auteur (avec Scarlett Beauvalet, Annie Duprat, Armelle Le Bras-Chopard et Françoise Thébaud) de Femmes et République, La Documentation française, 2021.

Réagir, intervenir, suggérer ? Nous vous écoutons :  contact@womentoday.fr

Depuis plus d’un an, Women Today, (ex-Sarasvatî) et sa Lettre des femmes hebdomadaire explorent toutes les facettes du féminin et du féminisme. Donnent la parole à celles et à ceux qui misent sur la réflexion, plutôt que sur la division, pour éveiller les esprits, faire avancer la parité et reculer les inégalités.

Chaque semaine, son lectorat (60 % de femmes et 40 % d’hommes, toutes générations confondues) s’accroit et porte son message d’engagement positif. Mais parce que Women Today a fait le choix dès le départ de fonctionner sans publicité ni sponsor, nous avons besoin de vous afin de continuer à grandir et faisons appel aujourd’hui à vos dons.

Merci infiniment par avance de vos précieuses contributions.