20 October, 2020
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« Une révolution est en train de s’opérer », Olivier Liron, écrivain féministe

Il a su s’imposer dans le paysage littéraire français en seulement deux romans, Danse d’atomes d’or qui raconte l’idylle tragique d’O. et de Loren, une acrobate qui virevolte sur le fil de la vie et le très autobiographique Einstein, le sexe et moi, où s’entretissent ses souvenirs douloureux d’enfant Asperger, son passage dans Questions pour un champion et ses premières expériences amoureuses. Aujourd’hui sur le point de mettre au monde son troisième livre, il partage avec nous sa vision du féminin, du féminisme et des notions de genre dont il applaudit les actuelles mutations.

Vous considérez-vous comme quelqu’un de féministe ou plus globalement de sensible à tous les types de discriminations ?

Oui, je me considère comme un féministe et je ne vois pas d’autre possibilité que de l’être. En tant qu’homme, je me suis toujours senti prisonnier des injonctions masculines. C’est pour cela que je me réjouis de ce qui se passe en ce moment, de l’effondrement de ce monde violent où les femmes n’avaient pas leur place. J’ai la sensation que ce vieil ordre des choses n’est vraiment plus défendable. Il y a une révolution qui est en train de s’opérer et je l’attendais avec impatience…

Vous oscillez dans vos lignes entre crudité et poésie, vous y êtes à la fois viril et très sensible. Est-ce que vous ne montreriez pas la voie de la nouvelle masculinité ?

Les formes de masculinité de demain, qui sont en train d’émerger, ne sont pas une mais multiples et multicolores. J’en suis le bon exemple. J’ai du mal à me considérer 100 % comme un garçon, je ne pense pas qu’on puisse être uniquement quelque chose, « homme » ou femme ». Chez les neuroatypiques comme moi, les codes de genre sont d’ailleurs complètement incompréhensibles. Nous sommes aux avant-postes sur cette question. Selon moi, il faut les réinventer tout comme il faut questionner le schéma hétéronormé et récréer de nouvelles sexualités. Pour ma part, je me sens gender fluid. Je ne crois pas aux identités figées. Ce qui n’est pas en mouvement ne n’intéresse pas… J’espère aider les garçons qui, à mon image, ne sont dans les clous. C’est un enjeu important. La société doit être capable d’accueillir tout l’éventail de la diversité en son sein, plutôt que de fabriquer des clones.

Votre objectif avec Danse d’atomes d’or était-il dès le départ d’imaginer une variation féministe sur le mythe d’Orphée ou d’Eurydice ou c’est venu au fil de sa rédaction ?

Ce n’est pas dans ce sens que je l’avais conçu car ce n’est pas un livre militant. Et le mythe n’y est au fond pas le plus important. Ce à quoi j’étais le plus attaché, c’était d’en faire un ballet, une chorégraphie à la manière de Pina Bausch… Mais c’est vrai que le personnage principal de Danse d’atomes d’or, c’est quand même Loren. Elle est très contemporaine, très moderne dans sa vision de la vie et de l’indépendance.

Est-ce que c’est jouissif de prendre à rebours l’archétype classique des romans dans lesquels l’homme est souvent le moteur de la narration ?

Je l’ai fait de façon assez intuitive car je ne crois pas en général au schéma binaire d’opposition hommes-femmes. Dans le mythe originel, Orphée est le seul à être dans l’action. Je me suis demandé comment sortir Eurydice de cette position de passivité… Dans Danse d’atomes d’or, Loren n’est pas seulement objet, elle est aussi sujet. Elle est fascinante sans être ce qu’on pourrait appeler une femme rêvée. Elle est beaucoup moins éthérée, beaucoup plus incarnée que cela. Et au fil du récit, on va comprendre ce qui l’anime et considérer les choses de son point de vue à elle. Son destin lui importe davantage que l’histoire qu’elle vit avec Orphée. Elle est éperdument libre et ça surpasse tout le reste…                                                                                                        

Danse d’atomes d’or n’envoie-t-il pas aussi valser aussi l’image d’Épinal de l’héroïne qui aspire à rester avec l’élu de son cœur jusqu’à ce que la mort les sépare ?

Si, car même en 2020, on fonctionne encore avec l’idée que la femme doit s’adapter à un modèle de relation amoureuse contraignant. Or, je voulais montrer qu’elle peut s’accomplir autrement qu’à travers celle-ci. Cela fait basculer la représentation masculino-centrée. Or, ce n’est pas si fréquent que ce type de livre soit écrit par un homme. Je tiens beaucoup à Loren car j’aimerais lui ressembler et je la trouve extrêmement en avance sur son temps. Il y a une dimension sociale chez cette femme qui évolue dans une espèce de marginalité.  

Pouvez-vous nous parler de Neige, votre pièce de théâtre, qui a également des résonances très féministes ?

Neige est, comme Loren, un personnage féministe, très émancipé et complexe. Elle est autiste Asperger, passionnée de sciences et a une relation très fusionnelle avec la nature qui l’entoure. C’est un très joli texte qui a été déjà été joué en Bretagne et qui le sera, j’espère, bientôt dans toute la France.

Si vous deviez prendre la plume pour célébrer une personnalité féminine, qui serait-elle ?

Marie Curie. Je trouve intéressant de mettre en avant la manière dont la contribution des femmes scientifiques a été gommée, comme ce fut le cas pour Mileva, la première épouse d’Albert Einstein. Pour sa part, Marie Curie a dû vaincre une double barrière, elle était femme et étrangère. Mais la prochaine à propos de laquelle j’écrirais, ce sera ma maman qui est illustre parce qu’elle est ma mère et parce qu’elle a quelques points communs avec Marie Curie…

Bénédicte Flye Sainte Marie, Women Today

  En pratique : Olivier Liron a écrit Danse d’atomes d’or et Einstein, le sexe et moi, publiés aux éditions Alma.

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