5 December, 2020

Une femme libre

Quelle femme pourrait prétendre être libre dès sa naissance ? La première relation à notre liberté individuelle dépend de notre capacité à briser notre chaine d’amour fusionnel à maman. Je ne suis pas sûre que ce soit un parcours plus facile lorsqu’on a eu, comme moi, une mère aimante, sécurisante, à la personnalité affirmée. J’ai réussi à garder le meilleur et à évacuer le pire. Enfin, quand je dis le pire, j’exagère car sa morale bourgeoise a sans nul doute contribué à la solidité de mon éthique personnelle. En revanche, il n’était pas question pour moi d’épouser un bon mari et de me conduire en mère modèle, modèle qui me fut pourtant transmis…

A la sortie de l’adolescence, comme bon nombre de jeunes filles, j’ai eu besoin de trouver des modèles différents. En général, les choix se portent sur des stars qui répondent à la fois à ce qu’on croit être et à ce qu’on désirerait devenir. En ce qui me concerne ce fut d’abord des françaises, chanteuses telle Marie LAFORÊT et ses yeux d’or ou encore Romy SCHNEIDER à la sensibilité à fleur de peau.  Mais celle qui me fascina définitivement fut la star mondiale : Marilyn MONROE. Enfin, je rencontrais mon miroir grossissant. Elle n’était pas belle, elle était désirable ! Sous cette sensualité, sa fragilité transpirait. Je confondais à l’époque fragilité et sensibilité. J’étais comme elle débordante de vie, avide de séduire les mâles mais, ma timidité me laissait croire que j’étais fragile.

J’ai vu et revu tous ses films en vidéo, acheté tous les livres de photos de la star, lu les diverses autobiographies qui lui furent consacrées. Lors d’un séjour au « club méd », j’ai chanté « My heart belongs to dapy ». Les répétitions ont duré deux jours et je me suis totalement identifié à Marilyn. Ce mimétisme doit son origine sans doute à mon envie d’évoquer l’amour pour mon père mais, j’étais encore si proche de maman que cela ne m’avait même pas effleuré. Notre point commun par rapport au père provient de la sensation de ne pas avoir eu une relation affective réelle avec lui. Pour Marilyn, il était absent tandis que moi je croyais qu’il ne me regardait pas. Alors comme elle, je me suis montrée aux hommes dans l’espoir d’être regardée. Comme elle, une sensualité mêlée à une sensibilité à fleur de peau a contribué à notre succès. Il semblerait bien que tout sex-symbol féminin déborde de sensualité, le sexe transpire par tous les pores de sa peau mais, à cela doit s’ajouter une extrême sensibilité que certains voient comme une fragilité, ce qui est parfois le cas d’ailleurs.

Ce fut sans doute le cas de Marilyn mais, je ne peux pas dire que j’étais fragile. J’étais hyper sensible et je me sentais incomprise par la plupart des gens mais en fait, j’avais une capacité à me protéger. Cette dureté affichée était mon armure et elle mettait forcément beaucoup de distance avec les autres. En 1977, pour ressembler à mon idole, j’ai choisi de devenir blonde…

Après avoir quitté le monde pornographique et sexuel, j’ai connu une traversée du désert durant laquelle j’ai rencontré deux femmes ; Claude ALEXANDRE et TCHALAÏ. Avec elles, j’ai découvert la spiritualité et une formidable introspection.

La première était photographe, je l’avais rencontrée sur des tournages de films pornographiques. Son travail est assez particulier puisqu’elle a aussi bien fait des photos de pratiques sadomasochistes que de photos de tauromachie. Grâce à elle, je fis une rencontre essentielle avec DUDU qui m’enseigna la psychanalyse. Claude entreprit avec moi un long travail photographique qui me permit de me montrer face à l’objectif de l’intérieur et non plus de l’extérieur. Je me souviens tout particulièrement de cette phrase qu’elle me répétait à chaque prise de vue :

« Ferme la bouche et ouvre ton cœur ! »

Comme toute star du x qui se respecte, j’avais l’habitude de m’offrir bouche ouverte pour accueillir la verge de n’importe quel homme. Grâce à Claude, pour la première fois, j’acceptais de me « dévoiler de l’intérieur ». Ces séances photos furent pour moi une véritable thérapie. Rester naturelle, c’est bien là toute la difficulté. Ce fut grâce à mes chiennes dogues allemands puis à mes chevaux que j’appris à lâcher prise. De séances en séances, je me suis libérée de mon armure de sex star. Je garde précieusement ces photos magnifiques qui ont marqué un tournant dans l’image que j’avais de moi.

Quant à TCHALAÏ, quel personnage extraordinaire. Elle a écrit le mode d’emploi du tarot de Marseille, fut la maîtresse de Marlon BRANDO, eut le bonheur de rencontrer KRISNAMURTI mon premier maître à penser. Avec elle, j’ai étudié les lames du tarot qui sont aujourd’hui devenues mes amies. J’oserai dire qu’elle fut un peu ma mère symbolique. Lorsque nous nous sommes rencontrées, elle était déjà âgée mais elle avait gardé son âme d’enfant. Elle habitait un tout petit studio à Neuilly, peinait à finir le mois mais ne se plaignait jamais, j’apprenais que notre richesse n’est pas extérieure mais bien intérieure. Grâce à elle, j’ai rencontré de nombreuses personnes d’un réel niveau spirituel. Elle me présentait comme une sorcière mais, chez elle ce qualificatif était hautement positif. J’étais pour elle une sorte de « déesse-mère » œuvrant pour la libération des femmes afin qu’elles deviennent créatrices de leur propre existence. Elle m’expliquait que j’avais été initiée. Pour elle, le sexe est la part d’ombre qu’il est nécessaire d’approcher pour devenir lumineuse.

En 2001, mon émission de radio à RMC a débuté. Je suis ensuite arrivée sur SUD RADIO. Durant toutes ces années, j’ai rencontré des femmes extraordinaires. Chacune m’apportait son expérience souvent bien différente de la mienne. Je n’ai jamais eu de problèmes avec les femmes contrairement à ce qu’on pourrait penser. Celles qui me détestent sont sans doute envieuses ou choquées de ma personnalité. Je m’entends aussi bien avec les invités hommes que femmes. J’ai d’ailleurs autant d’amis des deux sexes.

Pour terminer ce tour d’horizon, j’aimerai rendre hommage à Hélène VECCHIALI qui m’a accompagnée lors de ce tsunami de haine qui me submergea en 2018. Je ne reviendrai pas sur cette polémique puisque j’ai tout dit dans mon livre « le bucher des sexes ». Hélène m’a permis de comprendre d’où me venaient mes doutes face aux gens qu’on dit importants ! Je ne suis rien, pas de diplômes, ne faisant partie d’aucune chapelle. Je suis un esprit libre, me suis faite toute seule. Je suis juste une autodidacte ou une sorcière, à vous de choisir…

Brigitte Lahaie

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