8 August, 2020
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Un remaniement qui nous parait symboliser le patriarcat et le masculinisme

Servane Diafera Avecedo-Reyes d’Osez le féminisme  

Si la promotion de Gérald Darmanin, qui a échangé son portefeuille de Ministre de l’Action et des Comptes publics contre celui de l’Intérieur malgré les accusations de viol dont il fait l’objet, crée la controverse, l’arrivée d’Éric Dupont-Moretti au poste de Garde des Sceaux pose aussi question, tant il s’est illustré depuis quelques années par ses opinons antiféministes. Servane Diafera Avecedo-Reyes, vice-présidente d’Osez le féminisme57 réagit à sa nomination. 

« Nous avons organisé un rassemblement à Metz pour protester contre ce remaniement, parce qu’il nous parait symboliser le patriarcat et le masculinisme dans toute leur splendeur. C’est un peu comme si on crachait au visage des féministes et pas seulement, des femmes en général. C’est une provocation. La justification d’Emmanuel Macron concernant Gérald Darmanin, qui est, selon lui, toujours « présumé innocent » est complètement bancale. Parce dans la vraie vie, quand on est suspecté d’avoir commis quoi que ce soit, que ce soit un crime ou un délit, on n’obtient pas le job, même si on n’a pas encore été condamné. Et puisque l’on parle de présomption, on peut accorder la présomption de non-mensonge aux victimes ! En cela, le président n’est pas neutre puisqu’il sous-entend, avec ce terme, que la plaignante pourrait être une affabulatrice…

Quant à Dupont-Moretti, c’est à nos yeux un pur misogyne qui s’est positionné à la fois contre #Metoo, #Balance ton porc et contre l’infraction d’outrage sexiste instituée par Marlène Schiappa. En outre, les personnes qui ont eu la malchance d’avoir affaire à lui en tant qu’avocat de la défense ont été très nombreuses dans leurs témoignages à déplorer son agressivité. Il s’est toujours montré extrêmement violent et véhément envers elles pendant les plaidoiries. Pourtant, on peut plaider la cause de son client sans manquer de respect aux gens, ce n’est pas incompatible… 

Éric Dupont-Moretti incarne la culture du viol car il utilise sans cesse une rhétorique qui relève de celle-ci … Par exemple quand il s’oppose à cette infraction sur le harcèlement de rue en novembre 2018 et qu’il confie que « certaines femmes regrettent de ne plus être sifflées ». De là à ce qu’il dise que certaines femmes regrettent de ne pas être violées, on n’en est pas très loin. Ou quand il considère que les agissements de Dominique Strauss-Kahn sont simplement « du bon temps passé entre copains » ou soutient le droit de Bertrand Cantat, à refaire carrière et à se produire sur scène, en affirmant que le point de vue des féministes à ce sujet est « du maccarthysme ». 

La « grande cause nationale du quinquennat » avait déjà du plomb dans l’aile, même si on a essayé de nous mettre un peu de poudre aux yeux avec le Grenelle des violences conjugales mais là, Emmanuel Macron termine son mandat dans ce domaine sur un véritable feu d’artifice… Le fait qu’on retrouve ces deux personnages, l’un qui est sexiste et antiféministe, l’autre qui est suspecté de viol et qui est précisément chargé de donner des directives à des fonctionnaires qui enquêtent sur des faits similaires à ceux qu’on lui reproche risque de peser lourd sur la bonne marche de la police et de la justice, alors que nous autres associations nous battons depuis des années pour faciliter la prise en charge des victimes. Comment vont-elles oser aller déposer plainte dans ce contexte ? 


Nous avons reçu une véritable gifle le 6 juillet . Et si l’on trouve encore des femmes comme Noëlle Lenoir qui s’est exprimée il y a quelques jours dans les pages du Monde pour expliquer que les manifestations contre les nominations au gouvernement de Gérald Darmanin et d’Éric Dupond-Moretti étaient le signe d’une radicalisation des féministes et d’une regrettable « américanisation » de la pensée dans notre pays ou comme Catherine Deneuve qui invoque « le droit d’importuner », c’est parce qu’elles sont les produits d’une misogynie intériorisée. Elles se sont précisément construites avec les valeurs qu’on cherche à déconstruire. Auprès d’elles, il y a une réflexion à mener et de la pédagogie à avoir pour se débarrasser définitivement de ces vieilles idées
 »

Propos recueillis par Bénédicte Flye Sainte Marie pour Women Today

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