Travailler à un monde d’égalité des femmes et des hommes, c’est être féministe

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On ne peut pas naître féministe, puisqu’on se donne cette identité au terme d’un processus de conscientisation.

Florence Montreynaud, écrivaine et féministe née en 1948.
Engagée dans le mouvement des femmes depuis 1971.

A publié 16 livres : dictionnaires, encyclopédies, essais.
Journaliste indépendante, a présidé l’Association des femmes journalistes (AFJ).
A lancé le 8 mars 1999 le mouvement des Chiennes de garde pour défendre des femmes subissant des insultes sexistes publiques. L’a dirigé de 1999 à 2000, puis de nouveau de 2007 à 2011.
A cofondé La Meute contre la publicité sexiste (réseau lancé en 2000), Encore féministes ! (2001) et Zéromacho — des hommes disent NON au système prostitueur (2011).

Women Today

Bonjour Florence Montreynaud, êtes-vous née féministe ou l’êtes-vous devenue ?

Florence Montreynaud

On ne peut pas naître féministe, puisqu’on se donne cette identité au terme d’un processus de conscientisation. Je me suis définie comme féministe en devenant adulte, par solidarité avec les femmes maltraitées ou torturées en tant que femmes, et en prenant conscience de ma situation privilégiée.

WT

Depuis #MeToo, où en est le féminisme ?

FM

Il s’est répandu dans le monde entier, et la signification péjorative du mot a beaucoup diminué. Grâce aux réseaux sociaux, le féminisme est devenu un grand mouvement international avec lequel les puissants doivent compter.

WT

Une condition principale de la prise de parole, c’est l’indépendance économique. Virginia Woolf parle de « Une Chambre à soi » mais ajoute « et 500 livres de rente ». La question économique est donc centrale ?

FM

 Oui. Sans indépendance économique, une femme peut difficilement se faire respecter dans ses choix.

WT

« Les féministes ne sont pas là pour remplacer le regard des hommes mais pour l’enrichir. » « Ce n’est pas les femmes contre les hommes »

Comment réconcilier, unifier les différents mouvements féministes d’une part et les hommes sans les opposer ?

FM

Les hommes ont toute leur place à occuper dans l’immense travail qui reste à accomplir pour atteindre l’égalité.

Pour entamer un processus d’unification et de réconciliation des mouvements féministes, qui ont toujours été divers, il faut se mettre d’accord sur ce qu’est l’action féministe : pour moi, c’est une action collective en vue d’un monde de justice et d’égalité, où femmes et hommes seront égaux en dignité et en droit et où ces droits seront appliqués.

WT

Pourquoi estimez-vous que les résistances aux modifications de la langue soient le symptôme d’une idéologie conservatrice à bout de souffle ?

Des exemples ?

FM

Appeler « féminisation » de la langue ce qui est l’« emploi des formes féminines » est un exemple de malhonnêteté intellectuelle. Il s’agit de faire exister les femmes et le féminin, sans les absorber en les faisant disparaître dans un masculin prétendu à tort « neutre » ou « générique ». « Le masculin l’emporte sur le féminin », cette règle de grammaire inculquée dès le plus jeune âge, est une violence machiste symbolique.

Autre exemple, une expression du langage familier, « elle s’est fait violer », laisse entendre que la victime est coupable, au moins en partie. La tournure correcte est « elle a été violée », ou « il l’a violée ».

WT

Cette notion d’adelphité serait-elle une manière de repenser la lutte par-delà la binarité et sa dysharmonie ?

FM

Oui. L’adelphité est une notion groupant fraternité et sororité. J’ai trouvé ce mot en le formant sur la racine adelph-, qui a donné en grec les mots signifiant « frère » et « sœur », alors qu’en français ces mots viennent de deux mots latins différents.

Je l’ai employé en 1999 dans le manifeste des Chiennes de garde puis en 2001 dans celui du réseau « Encore féministes ! » Ensuite j’ai découvert que « adelphité » et « adelphique » existaient au Moyen Âge.

WT

Régulièrement nous pouvons entendre « Je ne suis pas féministe mais je suis pour l’égalité hommes/femmes, je suis humaniste ». Peut-on être humaniste sans être féministe ?

FM

C’est jouer sur les mots. Travailler à un monde d’égalité des femmes et des hommes, c’est être féministe.

WT

La perception des mouvements féministes, malgré des avancées évidentes qui leur sont redevables, semble aujourd’hui parfois confuse, dispersée, clivante ?

FM

Le féminisme a toujours été mal perçu, car chaque personne a conscience du risque dans un monde d’égalité : perdre des privilèges. Le machisme est très vivace dans nos sociétés, et il représente le féminisme comme un épouvantail. Les machos ont bien raison de trembler : le féminisme est une révolution.

WT

Votre slogan préféré est-il toujours : « Travailleurs de tous les pays, qui lave vos chaussettes ? »

FM

Oui. Les travaux domestiques sont méconnus et méprisés, alors que le partage des tâches ménagères est à la base de l’égalité.

WT

Aujourd’hui, quel message porter aux femmes et aux hommes désireux de s’investir, construire un univers plus inclusif ?

FM

Engagez-vous, renseignez-vous, instruisez-vous, lisez, réfléchissez, discutez ! Comment pouvez-vous dormir tranquilles alors que partout les femmes, qui sont la moitié de l’humanité, sont maltraitées, mal considérées, mal payées, insultées, violées, torturées, excisées, prostituées, tuées parce qu’elles sont des femmes ?

Propos recueillis par Michael John Dolan

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