The show must go on

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Pendant le confinement, le monde tourne et la danse continue. Les écoles de danse et studio sont fermés depuis la mi-mars, et c’est encore l’incertitude sur leur date d’ouverture. En attendant, pas question de ne rien faire : grâce aux réseaux sociaux, il existe de nombreux cours et ressources en ligne pour continuer à s’entraîner, à s’amuser.

Rencontre avec la danseuse Virginie Deville et le talentueux Olivier Klepatzky, réalisateur du documentaire « Unis par la danse ».

WomenToday

Bonjour Olivier,

Comment vous êtes-vous rendu compte que durant le confinement la danse soit devenue un sas de décompression planétaire et pourquoi en avez-vous fait un documentaire ?

Olivier Klepatzky

Enfermé chez moi comme des millions de personnes, c’est en surfant sur les réseaux sociaux que je me suis aperçu que les danseurs du monde entier se mobilisaient massivement pour nous aider à bouger et ne pas rester inactifs.

Passionné de danse, je me suis dit qu’il fallait mettre en lumière ses femmes et ses hommes qui allaient à l’opposé de l’ambiance générale orienté vers la peur, le retrait ou l’isolement. J’ai trouvé aussi que pour une fois les réseaux sociaux ont joué un vrai rôle et nous ont permis de peut-être moins nous sentir isolés, appartenant finalement à une seule et même communauté celle du monde, celle de la terre. J’ai alors commencé à contacter quelques artistes sur Instagram comme Fauve Hautot ou Stéphane Phavorin de l’Opéra de Paris et c’est en voyant que ces personnes étaient disponibles et me répondaient que je me suis dit que ce film était possible.

Bonjour Virginie,

Au début du confinement, la danse est apparue comme une bulle d’oxygène pour de nombreuses personnes. Comment expliquez-vous cet engouement planétaire ?

Virginie Deville

Nous sommes des êtres de chair et de sang, nous ne sommes pas faits pour vivre cloitrés, coupés du monde et écrasés par des annonces terrifiantes et mortifères martelées à longueur de journée par les médias. Voilà pourquoi tous ceux qui aiment danser et tous ceux qui pensaient que ce n’était pas pour eux se sont emparés du mouvement comme une réponse vitale et saine face au repli imposé.

WomenToday

Le confinement est-il un bouleversement pour la vie d’une danseuse ? Des « symptômes » spécifiques aux danseuses ou danseurs ?

Virginie Deville

Les danseurs et danseuses professionnelles ont un besoin journalier de s’entraîner, et de travailler leurs mouvements sinon ils perdent très vite de la masse musculaire et de la souplesse. D’où de formidables initiatives, pendant les confinements, qui ont surgi de l’Opéra de Paris ou de différentes écoles de danse, des tas de cours en ligne, des vidéos créatives …

WomenToday

Aviez-vous imaginé que la danse se révèlerait être un langage réellement universel pour apprendre à s’aimer, s’entraider et survivre ?

Virginie Deville

La danse permet l’appropriation de son corps, la définition de ses contours dans un espace, elle permet aussi d’harmoniser le trio cœur-corps-conscience ; oui je ne suis pas surprise qu’elle ait permis à beaucoup de personnes de surmonter l’épreuve infligée par cette pandémie. De mon côté, ne pouvant continuer à donner en présentiel mes ateliers de mouvement spontané “Je danse donc je suis”, j’ai créé des rdvs en ligne que j’ai nommé Danses à Distance de Décloisonnement. Ces petits moments de rassemblement hebdomadaire permettaient aux gens qui y participaient d’exprimer leurs émotions, et de se relier avec empathie à celles des autres.

WomenToday

« Souvent le corps on le connait par la douleur et la souffrance alors qu’il y a une autre façon de reprogrammer son corps avec de l’agréable. Il a droit à la douceur, il a droit au respect, à la lenteur ». La danse peut-elle être une thérapie ?

Virginie Deville

Le corps est notre maison, notre véhicule, celui qui nous permet de vivre notre incarnation. Nous devons en prendre soin ! Si on le malmène, il finira toujours, après avoir accepté un temps de se taire, par se prononcer. Et plus on l’aura mis sous cloche, plus sa réponse sera énorme : fatigue chronique, migraines, diaphragme bloqué, burn-out finiront par exprimer le “mal-a-dit”.

La thérapie par la danse favorise la découverte du lien indissociable entre le corps et l’esprit. La personne accède à des mouvements universels pour atteindre son histoire personnelle, par le biais de l’expression de son énergie. Cette expression est libératrice, physiquement et psychiquement. En passant par l’accès à la mémoire corporelle et à la connaissance de soi, la thérapie par la danse aide à affronter des sentiments qu’il est difficile d’exprimer à l’oral (frustration, angoisse…).

WomenToday

Être de retour sur les planches après un confinement et dans ce contexte, est-ce que ça décuple les sensations que l’on éprouve ?

Virginie Deville

Quand on a goûté au plaisir de la scène, on ne peut plus s’en passer ! En tant que comédienne et danseuse, pouvoir se produire de nouveau devant un public, après en avoir été privé un long moment, révèle d’autant plus la nécessité de ce geste et la joie que cela procure. Et je pense que c’est un plaisir partagé par le public. Même si la fréquentation des lieux culturels n’a pas retrouvé son rythme d’avant mars 2020. Or je crois vraiment qu’il faut continuer à aller voir des spectacles pour nourrir sa propension à rêver et à se questionner. Et puis aussi pour défendre et soutenir les artistes. Nous avons tous besoin des uns et des autres…

WomenToday

Cette pandémie aura apporté son lot de solidarité, de poésie et de joie, souvent grâce à la musique et ses dérivés. Comment pérenniser cet élan ?

Virginie Deville

Simplement en disant oui à la vie ! Pascal Quignard le dit beaucoup mieux que moi :

“Il ne s’agit pas de revivre :
il s’agit de recommencer la vie dans son impulsion même.

Dans sa naissance.

Rallumer à l’intensité de ce qui commence, tout ce qui succède.

Retrouver l’aube.
Naître.”

WomenToday

Olivier, vous entamez une tournée des festivals afin de promouvoir votre documentaire. Mais votre souhaite ultime n’est-il pas qu’une chaîne de télévision ou une boîte de production de cinéma veuille bien le montrer à un plus large public ?

Olivier Klepatzky

J’ai fait ce film pour qu’il soit vu et partagé. Pour moi, il montre les prémices d’un nouveau monde qu’il ne faut pas rejeter mais accepté, celui de l’après pandémie. Et pour la première fois, il apporte un regard positif sur une période perçue négativement par beaucoup. Le documentaire a déjà été projeté deux fois en salle et à chaque fois, je sens les gens émus et touché de revivre ces moments que nous avons tous vécus.

Pour moi d’ailleurs ce film est universel car plus de la moitié de la planète s’est retrouvé confiné, isolé, il est rare d’avoir un thème à ce point fédérateur pour un film. Le plus beau compliment qu’on m’est fait c’est de dire que ce film est un film doudou presque nostalgique qui nous replonge dans une période qu’on a presque déjà oublié.

Ce film indépendant a désormais un distributeur et je suis très fier que la société Terranoa m’accompagne dans cette aventure. Ce film recherche son écrin pour enfin être vu et découvert par le plus grand nombre : un passage télé, une distribution en salles ou dans les écoles. Une chose est sûre il ne vous laissera pas indifférent.

Contacter Olivier Klepatzky : contact@olivier-klepatzky.com

Propos recueillis par Michael John DOLAN, Women Today

Réagir, intervenir, suggérer ? Nous vous écoutons :   contact@womentoday.fr

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