8 August, 2020
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Télétravail, pourquoi les femmes ne doivent pas en abuser ?

Loin d’être idyllique, le télétravail pénalise déjà les plus fragiles et surtout les femmes

L’expérience du confinement a confirmé que femmes et télétravail ne faisaient pas toujours bon ménage. Et si, demain, « le bureau » s’imposait comme un élément-clé de l’empowerment au féminin ?

C’est une conséquence méconnue du confinement : le télétravail creuse les inégalités hommes-femmes. D’après une enquête menée par Ipsos pour la Chaire pour l’entrepreneuriat des femmes de Sciences Po, les mères d’enfants de moins de 10 ans ont déclaré une augmentation de 85% du temps dévolu à leur progéniture. Elles ont, en moyenne, alloué quotidiennement 6,1 heures aux tâches liées à l’éducation et au soin des enfants contre 3,3 heures précédemment. Chez les hommes, la hausse a été moins marquée, passant de 3,3 à 4,7 heures.  

Baisse de salaire

Pourtant, le travail à ­domicile constitue un levier pour accroître la présence des mères au sein de la population active. Une enquête, conduite en Allemagne par Sarra Ben Yahmed et ses collègues du Centre pour la recherche économique européenne de Mannheim, constate une augmentation du contrat horaire et du salaire mensuel des mères travaillant depuis chez elles. Néanmoins, cet effet émancipateur trouve rapidement ses limites. Contrairement à leurs homologues masculins, les femmes ne connaissent pas de hausse de salaire horaire lorsqu’elles adoptent le travail à domicile en restant chez le même employeur. Cela semble suggérer qu’elles disposent d’un pouvoir de négociation plus faible, signe peut-être de la persistance « de préjugés de genres quant aux motifs du télétravail et aux attentes de productivité »

Savoir et faire savoir

D’autres enjeux requièrent toute l’attention des entreprises pour que travail à distance rime véritablement avec émancipation. Comme le fait observer Anne Boring, qui dirige la Chaire pour l’entrepreneuriat des femmes, « le développement des compétences au travail passe en grande partie via les échanges informels » que le télétravail supprime. Pour des femmes qui souffrent déjà d’un inégal accès à la formation professionnelle, le télétravail pourrait représenter un frein supplémentaire à leur montée en compétences et à leur carrière.  

Il soulève aussi la question de la visibilité. Une étude, menée en 2015 auprès des employés des call centers d’une agence de voyage chinoise, a dévoilé un taux de promotion moins important parmi le groupe de volontaires en télétravail. À long terme, cette tendance à récompenser les personnes les plus visibles car présentes dans les locaux pourrait s’avérer « fatale pour les femmes ». Anne Boring craint ainsi que l’invisibilité induite par le télétravail ne s’ajoute « aux normes de genre qui font que les femmes se mettent moins souvent en avant, en moyenne »

Apprendre le leadership sur le terrain

Le télétravail s’avère également peu propice au networking. Or, remarque Emmanuelle Gagliardi, experte en mixité à l’initiative de l’agence ­Connecting Women, « les femmes, à l’inverse des hommes, consacrent peu de temps à développer leur réseau ». C’est précisément pour lever ce type d’obstacles que les ­entreprises ont récemment multiplié les dispositifs à destination des femmes. 

Sessions de mentoring, modules de coaching, parcours de formation : les outils ne manquent pas pour les accompagner autour de problématiques telles que la confiance en soi, la prise de parole en public ou encore le charisme. La généralisation annoncée du télétravail devra inciter à inclure de nouvelles thématiques. Car, l’empowerment au féminin passera aussi par le bureau : c’est en s’y rendant que les femmes affirmeront leur leadership.

Marianne Fougère pour Décideurs

Photo Julien Magre

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