4 August, 2020
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Sexisme : un monde fait pour les hommes…

Quand la création est essentiellement adaptée aux normes masculines

Santé, ergonomie, design… Dans son ouvrage « Les femmes invisibles » qui a été couronné McKinsey Business Book de l’année, Caroline Criado-Perez dénonce les biais sexistes inconscients présents dans la création et la recherche.

Un monde fait pour les hommes

Médicaments, objets du quotidien, mobilier ou tout simplement la voiture, la féministe et journaliste anglo-argentine Caroline Criado-Perez révèle à quel point la recherche comme la création sont adaptées aux normes masculines et sont inadaptées à l’autre moitié de l’humanité que sont les femmes. Avec pour postulat que « Le corps de l’homme est le modèle universel sur lequel on a bâti notre monde, même lorsqu’il s’agit de tester ou fabriquer des médicaments », l’auteure s’interroge sur l’ambivalence de notre société moderne qui accuse un tel retard en matière d’égalité des droits « Comment est-ce encore possible au XXIe siècle ?» Comment dans la conception automobile explique-t-on que depuis des décennies le mannequin le plus utilisé dans les tests de collision mesure 1,77 mètre et pèse 76 kilos, c’est-à-dire plus grand et plus lourd qu’une femme moyenne ? Les Etats-Unis ont attendu 2011 pour faire ce genre de tests avec des mannequins féminins. Et un seul test réglementaire de l’UE fait appel à un mannequin femme… dans un siège passager. Comment un téléphone portable tient-il difficilement dans la main car trop grand ? Comment aller aux toilettes publiques exige-t-il de faire la queue pendant des heures ? Comment  la température ambiante des bureaux, relativement froide, a-t-elle été définie selon des critères des années 60, établis sur le métabolisme d’un homme de quarante ans et de 70 kilos ? Comment des médicaments que l’on vous prescrit peuvent-ils être mauvais pour votre corps, ou encore comment un grand nombre de vos heures travaillées ne sont-elles pas payées ? Un ouvrage qui recense le nombre infini de situations où le manque de données sur les femmes dessine un monde fait pour les hommes, quitte à le rendre dangereux.

Sexisme : Un monde dangereux pour les femmes… 

La militante féministe qui s’est fait connaître par son opposition à la suppression de la seule femme sur les billets de banque britanniques, qui conduira la Banque d’Angleterre à annoncer l’apparition du portrait de Jane Austen sur les billets de 10 £ (en 2017), révèle que dans le cas de la construction automobile ces manquements aux normes de la morphologie féminine comme dans « les crash tests » ne sont pas sans danger : les femmes présentent 47 % de risques supplémentaires d’être gravement blessées dans un accident de voiture (qu’un homme attaché dans le même type d’accident) et 17 % de mourir ( étude 2019).

Le livre met également l’accent sur l’injustice d’une meilleure efficacité des médicaments pour soigner les hommes dès lors qu’ils sont testés majoritairement sur ces derniers. Avec un métabolisme différent, les médicaments ne devraient-ils être prescrits différemment selon le sexe et le type de pathologie encourue ? Une étude américaine a dans ce sens démontré que la consommation régulière de faibles doses d’aspirine serait liée à une diminution de 32 % des infarctus chez l’homme mais qu’elle réduit de 17 % les accidents vasculaires cérébraux chez les femmes. Et en matière de vaccin contre la grippe ou la fièvre jaune, des chercheurs américains ont ainsi observé que les femmes produisent la même quantité d’anticorps que les hommes, avec la moitié de la dose normale… Avec une dose entière les femmes souffriraient davantage d’effets secondaires. Une inégalité qui se niche dans les moindres interstices de la société. Récemment Cathy O’Neil dénonçait dans son livre « Algorithmes, la bombe à retardement » les dérives de ces algorithmes conçus par des hommes qui influencent tous les domaines de notre vie avec la digitalisation de nos modes de vie. Des angles morts contre lesquels le combat des féministes est essentiel.

Désirée de Lamarzelle, journaliste Forbes France

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