Sauver le couple ?

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Dans le roulis des vagues du féminisme, on prend enfin conscience de combien de femmes sont en couple, ou se remettent en couple, avec des hommes qui les avilissent, psychologiquement, un peu, beaucoup, occasionnellement puis continuellement, puis physiquement aussi. Un schéma qui semble rôdé comme du papier à musique, d’agression en agression, de féminicide en féminicide. L’amour alors ? Il est alors, en réalité, illusion, dépendance, toxicité, violence, pulsion de mort.

Mais au-delà de ce fléau du couple, combien de femmes restent en couple avec un homme qu’elles n’aiment plus, « pour les enfants » ou pour toute autre raison invalide, telles les conventions ou la peur de se retrouver seules ? Combien d’hommes restent en couple avec des femmes qu’ils n’aiment pas, par mauvaise conscience parce qu’ils les trompent selon le terme consacré, parce qu’elles sont devenues une figure maternelle, parce qu’ils se veulent responsables mais non coupables ? Combien d’hommes et de femmes mettent en place au sein du couple des relations de pouvoir de l’un.e sur l’autre, des relations faites de manipulations des faiblesses de l’autre, où chacun.e à tour de rôle trouve son comptant d’autosatisfaction en abaissant l’autre comme seule stratégie de sa propre valorisation ? Trop, beaucoup trop.

L’amour alors ? Il est alors, en réalité, convention, jeux de pouvoir, manipulation, affabulation. Et cela aboutit à ce que nous voyons chez tant de couples, ces couples qui, à l’époque où l’on allait encore au restaurant, ne se disaient pas un mot autour de leurs assiettes. Ces couples qu’il suffit de regarder pour ressentir la pesanteur de leur ennui. Ces couples qui si souvent jouent, surjouent leur couple, pour donner « une belle image » de leur vie à deux, pour se rassurer eux-mêmes, rassurer les enfants, la famille, les amis. Pour (se) faire envie.

L’amour alors ? Il est alors, en réalité, mise en scène, simulation, ennui, hypocrisie. Ils ne font pas envie, ces couples-là. Ils feraient peur, plutôt.

Apprenons donc, nous, femmes, avant que de « se mettre en couple », à être seules. Apprenons et transmettons la solitude bienheureuse. Le premier chemin vers une vie valorisante (seule ou en couple) est celui de l’apprentissage de la solitude. Un apprentissage à vivre dans la joie, une joie nourrie de la reconnaissance d’être au monde telle que le monde nous a faites : uniques et singulières. La joie de l’ « être seule » est une position existentielle fondamentale, qui constamment transforme l’émotion potentiellement triste de la solitude (je suis seule) en émotion de joie : j’existe !

J’existe et la vie est d’abord une expérience individuelle, une traversée en solitaire. Je ne puis interagir avec l’autre que si je sais, d’abord, être seule. Il s’agit d’abandonner l’idée de manque comme de fusion et de devenir un être à part entière, qui peut donner et recevoir : toutes les étapes de la constitution du soi passent par la conscience de notre solitude ontologique et l’acquisition du savoir « être-seul.e ». C’est alors que nous devenons capables d’écouter l’autre, à la manière préconisée par Luce Irigaray, et nous laisser surprendre : écouter vraiment, sans a priori, en silence, attentif, réceptif. C’est alors que nous devenons capables d’aimer à la manière préconisée par Aristote, en accueillant l’autre avec ces mots : « Je me réjouis que tu existes. »

Si vraiment le couple, alors sauvons-le, mais pas comme on l’entend d’habitude. Pas d’illusion ni de violence, pas d’ennui à deux ni de dépendance, pas de toxicité ni d’escobarderie, ni esquive ni thérapie. Rien de tout ça. L’amour seul, droit dans ses bottes. Rester en couple sans amour a tôt fait de déliter l’estime de soi de l’ensemble du cercle familial, y compris des enfants. Alors, prônons l’exigence morale, devant soi-même et face à l’autre. L’exigence de l’amour : j’existe et je me réjouis que tu existes.

Barbara Polla est médecin, galeriste et écrivain. Elle a quatre filles. Elle aime les femmes, les hommes et les autres, l’art et la poésie et la vie. En politique, en art, pour les femmes, elle s’engage pour la liberté.

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