20 October, 2020
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« Réussir en tant que femme, c’est déjà être un modèle »

Beaucoup de femmes tentées par l’aventure de l’entreprenariat hésitent à sauter le pas, freinées à la fois par des croyances auto-limitantes et les obstacles que dresse la société devant elles. Ex-ingénieure recherche & développement dans la téléphonie puis l’aéronautique, Véronique Redon a créé il y a quatre ans une société de conseil qui épaule aujourd’hui tous celles et ceux qui souhaitent emprunter cette voie. Zoom sur le parcours et le message d’une optimiste qui nous incite à dépasser nos plafonds de verre.

Qu’est-ce qui vous a conduit à embrasser cette activité, alors que vous évoluiez précédemment dans un univers très différent ?

Professionnellement, j’étais heureuse jusqu’à un certain point et jusqu’à la naissance de mes enfants. Là, il y a une bascule qui s’est opérée, j’ai eu l’impression de vivre dans un monde de mensonges, d’obéir à des protocoles absurdes. Je me suis demandé ce que j’allais pouvoir leur transmettre. Tout s’est effrité. Puis j’ai successivement perdu mon père, mon beau-père, mon oncle et j’ai divorcé. Toutes mes structures masculines ont disparu d’un coup. Je ne trouvais plus de sens à ce que je faisais. A partir de ce moment-là, je me suis donné l’opportunité de tenter plein de choses. J’ai écrit des livres, tourné dans une douzaine de films, fait des voyages, effectué des interviews de personnalités que j’admirais. J’ai accepté des postes qui m’enthousiasmaient mais la motivation me quittait vite. Finalement, en 2016, après une rupture conventionnelle, j’ai participé à des formations et j’ai réalisé que ce à quoi j’aspirais, c’était d’être davantage en contact avec l’humain, le spirituel et le féminin. J’en ressortais grandie. J’ai écouté ma voix intérieure et je me suis lancée dans le coaching entrepreneurial.

Votre incitation à prendre le leadership vise-t-elle particulièrement aux femmes ?

C’est vrai que le rapport à l’estime de soi est ambigu chez les femmes. Mais je m’adresse aux hommes tout autant qu’à elles. Je tiens à cet équilibre. En revanche, il peut m’arriver d’avoir des messages spécifiques qui leur sont destinés car réussir en tant que femme, c’est déjà être une sorte de modèle. Dans l’entreprenariat, elles se posent beaucoup de questions, parfois trop, ont tendance à douter et se cachent souvent derrière d’autres types d’arguments. C’est pour cela que le passage à l’action est souvent tortueux… Je les incite à dépasser cela.  

Au-delà du manque de confiance en leurs capacités, quelles sont les entraves systémiques qui font qu’elles ne se permettent pas de faire ce grand saut ?

Ce qui revient très fréquemment, c’est que les femmes sont dépendantes financièrement de leurs conjoints, qu’elles ont des revenus moindres et qu’elles ont donc l’impression de devoir leur demander l’autorisation avant de se lancer. Chez les mères seules, c’est la problématique de la gestion du temps qui prédomine. Et puis de manière générale, il y a le conditionnement culturel qui fait qu’on ne les encourage pas à oser.

Le fait d’être une femme vous a-t-il posé problème dans les sphères où vous avez évolué ?

J’ai travaillé dans des univers très masculins et ça m’a donné la possibilité de me démarquer. Mais parfois, j’ai senti que j’étais moins écoutée. Je ne sais pas si c’était une question de sexe ou d’affirmation de soi, sachant que j’étais au départ assez timide et réservée. Mais j’ai progressivement appris à me considérer autrement.

L’articulation vie privée-vie professionnelle est l’une des difficultés à gérer quand on a cette vocation entrepreneuriale. Comment l’avez-vous résolue ?
C’est un thème dont j’ai presque fait ma spécialité. Moi, je la solutionne en étant ultra- concentrée sur les tâches que j’ai à effectuer, afin de tout réussir très vite. Quand je suis dans ces phases-là, personne n’a le droit de me déranger, y compris mes enfants. Sinon, c’est comme si vous filiez à trois cents kilomètres sur l’autoroute et que quelqu’un vous mettait la main sur les yeux… Vous foncez forcément dans le mur. Ça me permet de travailler peu mais de manière extrêmement efficace.  Aujourd’hui, je suis maman solo, je pilote ma société tout en faisant l’école à la maison pour l’un de mes fils et tout se passe bien. Je crois qu’être performante dans son job passe par le fait de savoir définir ses priorités, déléguer et lâcher du lest. A partir de ce moment-là, tout devient plus facile.

Vous sentez-vous investie d’une responsabilité de mentorat, pour aider d’autres femmes à creuser le même sillon que vous ?

Oui, mon rôle, c’est de les réveiller, d’amener les gens vers une démarche de conscientisation. Si l’on se pose aujourd’hui encore la question du travail de la femme, c’est bien qu’il y a un problème. On le constate à travers le corps politique qui est très majoritairement masculin. Or, je suis persuadée que quand l’objectif de la parité sera atteint, notre monde sera plus paisible et plus altruiste.

Vous avez observé ce qui se fait à l’étranger. Y-a-t-il des choses positives et productives dont il serait urgent de s’inspirer en France ?

J’ai beaucoup aimé ce que j’ai pu voir en Suède. On se tient aux horaires de bureau et on ne s’adonne pas comme en France à une compétition pour rester le plus tard afin de montrer qu’on est le meilleur. Les gens y sont très investis et à la fois respectueux d’eux-mêmes, de leurs collègues et envers la nature. J’ai également apprécié la mentalité allemande qui est très axée sur l’entraide et le collaboratif. Il y a l’idée qu’en rendant service à quelqu’un, on en retirera forcément un bénéfice, de quelque ordre qu’il soit.

Interview Véronique Redon, coach en entreprenariat par Bénédicte Flye Sainte Marie, Women Today

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