25 September, 2020
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Rencontre avec une icône du cinéma mondial en pleine adaptation de Woman at war de l’islandais Benedikt Erlingsson.

Cine-Woman a rencontré Jodie Foster, à Monaco où elle était venue présenter Be Natural : l’histoire cachée d’Alice Guy-Blaché .

Jodie Foster, l’interprète de Taxi Driver ou du Silence des Agneaux, est la narratrice de Be natural : l’histoire cachée d’Alice Guy-Blaché, le documentaire de Pamela B. Green sur Alice Guy.

Cine-Woman a rencontré Jodie Foster, en octobre 2019 à Monaco où elle était venue présenter Be Natural : l’histoire cachée d’Alice Guy-Blaché au Prince Albert de Monaco, lors d’une soirée caritative.

C’est d’ailleurs la seule interview que la star américaine a accordé à un.e journaliste français à propos de ce film, signé Pamela B. Green. 

Très francophile, elle a tenu à parler français la plupart du temps. A travers son expérience, elle aborde la place des femmes dans le cinéma, ses ambitions et bien sûr les figures féminines qui l’ont marquée : Alice Guy qu’elle a découvert sur le tard, sa mère qui l’a toujours encouragée, Jonathan Demme, le plus féministe des réalisateurs qui l’ont dirigée… ou Leni Riefesntahl, sulfureuse réalisatrice à qui elle voulait consacrer un biopic. 

Rencontre exceptionnelle avec une véritable icône du cinéma mondial en train d’écrire son cinquième long métrage, l’adaptation de l’excellent et très militant Woman at war de l’islandais Benedikt Erlingsson. 

Quand avez-vous entendu parler d’Alice Guy pour la première fois?

Jodie Foster : Quand Pamela B. Green, la réalisatrice, m’en a parlé. Je suis née dans le cinéma. J’ai passé ma vie dans le cinéma que je pensais bien connaître. Pourtant, je n’en avais jamais entendu parler. Je connaissais Léon Gaumont, les frères Lumières. Je ne savais pas qu’il y avait eu une femme cinéaste à la même époque. Peut-être parce que je n’ai pas fait d’école de cinéma.

Pourquoi Pamela B. Green a-t-elle pensé à vous comme narratrice et co-productrice du film?

J.F : Je ne m’en souviens plus très bien. Ça fait tellement longtemps – 10 ans ! Elle devait savoir que je parlais français et que le cinéma français m’intéressait. J’avais dû proposer d’en faire la narration…

Quand elle vous en a parlé, l’avez-vous cru?

J.F : Bien sûr mais elle n’avait pas encore retracé toute l’histoire. Je me souviens avoir été surprise et inspirée !

Inspirée ?

J.F : J’ai commencé le cinéma très jeune sans jamais croiser de femmes. Sur les plateaux, il n’y avait que des hommes. De temps en temps, la maquilleuse ou la script ou la dame qui jouait ma mère. Petit à petit, mais ça a pris beaucoup de temps, des femmes ont commencé à apparaître à partir de la fin des années 1970. Mais, dans toute ma carrière, je n’ai fait qu’un film dirigé par une femme : Siesta de Mary Lambert. Be Natural est le deuxième mais je ne suis pas vraiment dans le film. – vérification faite, Jodie Foster été dirigée quatre fois par des femmes, sans compter les films qu’elle a réalisés et dans lesquels elle joue aussi ndlr*- Et oui, c’est inspirant de savoir que quelqu’un a eu le même désir créatif et qu’elle était là aux tout débuts du cinéma.

Justement, est-ce différent d’être dirigée par une femme?

J.F : Pas vraiment. D’ailleurs, j’ai l’habitude de dire que Jonathan Demme avec qui j’ai tourné Le Silence des agneaux, a été mon réalisateur féministe préféré. Il adorait les femmes, des films avec des protagonistes qui soient des femmes et une sensibilité féminine. Enfin, si elle existe.

L’absence de femmes dans le cinéma, est-ce un constat que vous, Jodie Foster, avez fait à posteriori ou à vos débuts, déjà?

J.F : Non, je m’en suis rendue compte toute petite. Je voulais réaliser des films, mais comme je ne voyais jamais de femme à ce poste-là, je me demandais si et comment j’allais y arriver. J’avais entendu parler d’Ida Lupino mais sans avoir jamais vu un de ses films. Ma mère m’a conseillée d’écrire pour y parvenir. « Si tu n’écris pas, on ne te donnera jamais un film en tant que metteur en scène » m’a-t-elle dit. Voilà pourquoi j’ai décidé de faire des études de lettres : pour devenir écrivain. Finalement, j’ai dirigé Le petit homme à 26 ans.

Après un passage par la TV ?

J.F : Ah oui, c’est vrai ! J’avais co-réalisé un épisode d’une série TV (Stephen King’s Golden TalesHistoires d’un autre monde) avec un ami.

Puisque vous avez fait des études après avoir commencé le cinéma, pourquoi n’avoir pas étudié la réalisation?

J.F : Je n’y ai même pas pensé ! Quand je suis entrée à l’Université, j’avais interprété une trentaine de rôles au cinéma. Je ne voyais pas l’intérêt d’étudier quelque chose que je maitrisais déjà !  Faire du cinéma est sûrement la meilleure école à suivre, même si je regrette un peu de ne pas avoir connu la galère de jeunes étudiants errant dans New York avec une petite caméra… Ça aurait pu être amusant !

Quand vous avez découvert l’existence d’Alice Guy, avez-vous eu envie d’en savoir plus sur elle, sur son parcours, sur sa vie?

J.F : J’ai laissé faire Pamela B Green. Ses recherches sont été longues – huit ans ! Elle m’envoyait des nouvelles de temps en temps, des petits montages sur ce qu’elle avait découvert.

Et que pensez-vous de son travail?

J.F : Je pense que le type de cinéma qu’Alice Guy faisait, celui qui l’intéressait – du cinéma de découverte, naturaliste – n’était pas au goût de l’époque. On lui préférait une mise en scène plus théâtrale. Elle s’intéressait surtout aux choses quotidiennes, à la vraie vie des personnes. C’est elle qui a tourné le premier film avec un casting entièrement afro-américain. Et un autre sur le planning familial.

Pensez-vous, Jodie Foster, qu’une réalisatrice raconte les choses autrement ? Et si oui, comment?

J.F : C’est compliqué à dire.  C’est vrai que je perçois des différences dans les scénarios que je reçois, d’autres possibilités offertes suivant les histoires que nous avons vécues. Un homme et une femme créent-ils différemment ? Je ne suis pas sûre. Mais à force d’avoir une vie différente, on développe sans doute un point de vue différent. Jonathan Demme, par exemple, était intéressé par les gens marginalisés, alors que Kathryn Bigelow ne jure que par la masculinité, les relations des hommes entre eux. Il me semble que ce n’est pas tant une histoire de sexe que d’expérience.

Vous aviez envisagé de réaliser un biopic sur Leni Riefensthal. Pourquoi avoir abandonné?

J.F : C’est vieux ça ! Je n‘ai jamais eu un assez bon scénario pour le faire. C’est dommage ! Son histoire est intéressante. Elle a vécu tellement de choses – ses relations avec Albert Speer, avec Hitler bien sûr, mais aussi avec les autres. Elle était obsédée par l’ambition. Sa vie aurait pu donner lieu à une très belle histoire, compliquée d’un point de vue éthique.

Certes…

J.F : C’est dangereux mais très important de parler de manière compliquée de la moralité. Les films ne doivent pas être tranchés. Ou blancs ou noirs. Il faut aborder la complexité, apprendre ce qu’il ne faut pas faire. Un biopic sur Leni Riefensthal aurait été parfait pour parler de la responsabilité de l’artiste. Pour moi, elle existe. Pour être un grand artiste, il faut être très profond psychologiquement et moralement. Elle, elle était fascinée par le pouvoir et par l’apparence comme tous les fascistes.

Quelles ont été les femmes qui vous ont inspirée ?

J.F : Ma mère surtout. Elle a été très importante dans ma vie. C’est une survivante, très intelligente et cultivée mais qui manquait de confiance en elle. Et tellement d’autres femmes…

Et pour un autre biopic?

J.F : Finalement, je préfère les histoires inventées.

Vous travaillez à l’adaptation américaine de Woman at war de Benedikt Erlingsson. Une histoire de femme forte dont vous avez acheté les droits de remake. Où en êtes-vous ?

J.F : Je suis en plein milieu du scénario que j’américanise, que je situe dans le contexte californien. Mais, je garde l’histoire sur la maternité et la destruction dans un but écologique. Je produis le film, le réaliserai et l’interpréterai.

Quand ?

J.F : Aucune idée, je déteste me fixer une date.

Etes-vous impliquée dans les mouvements féministes d’Hollywood, comme Time’s up?

J.F : Pas du tout ! J’ai mon opinion mais je préfère montrer mon engagement à travers mes films. Nous vivons un moment de transition, important, dans le cinéma et dans la société toute entière.

Pensez-vous que les choses ont déjà changé à Hollywood?

J.F : Je ne sais pas, je n’y vis pas. Mais il me semble que la diversité est plus importante, que le milieu est plus conscient de l’invisibilité des autres cultures. Ce qui a changé incontestablement, c’est que le cinéma des grands distributeurs est devenu un cinéma de franchise. Les histoires intéressantes sont plutôt racontées dans des séries du câble comme HBO, Amazon ou Netflix. Et là, il y a plein de femmes !

Propos recueillis par Véronique Le Bris

Jodie Foster, l’interprète de Taxi Driver ou du Silence des Agneaux, est la narratrice de Be natural : l’histoire cachée d’Alice Guy-Blaché, le documentaire de Pamela B. Green sur Alice Guy.

Cine-Woman a rencontré Jodie Foster, en octobre 2019 à Monaco où elle était venue présenter Be Natural : l’histoire cachée d’Alice Guy-Blaché au Prince Albert de Monaco, lors d’une soirée caritative.

C’est d’ailleurs la seule interview que la star américaine a accordé à un.e journaliste français à propos de ce film, signé Pamela B. Green. 

Très francophile, elle a tenu à parler français la plupart du temps. A travers son expérience, elle aborde la place des femmes dans le cinéma, ses ambitions et bien sûr les figures féminines qui l’ont marquée : Alice Guy qu’elle a découvert sur le tard, sa mère qui l’a toujours encouragée, Jonathan Demme, le plus féministe des réalisateurs qui l’ont dirigée… ou Leni Riefesntahl, sulfureuse réalisatrice à qui elle voulait consacrer un biopic. 

Rencontre exceptionnelle avec une véritable icône du cinéma mondial en train d’écrire son cinquième long métrage, l’adaptation de l’excellent et très militant Woman at war de l’islandais Benedikt Erlingsson. 

Quand avez-vous entendu parler d’Alice Guy pour la première fois?

Jodie Foster : Quand Pamela B. Green, la réalisatrice, m’en a parlé. Je suis née dans le cinéma. J’ai passé ma vie dans le cinéma que je pensais bien connaître. Pourtant, je n’en avais jamais entendu parler. Je connaissais Léon Gaumont, les frères Lumières. Je ne savais pas qu’il y avait eu une femme cinéaste à la même époque. Peut-être parce que je n’ai pas fait d’école de cinéma.

Pourquoi Pamela B. Green a-t-elle pensé à vous comme narratrice et co-productrice du film?

J.F : Je ne m’en souviens plus très bien. Ça fait tellement longtemps – 10 ans ! Elle devait savoir que je parlais français et que le cinéma français m’intéressait. J’avais dû proposer d’en faire la narration…

Quand elle vous en a parlé, l’avez-vous cru?

J.F : Bien sûr mais elle n’avait pas encore retracé toute l’histoire. Je me souviens avoir été surprise et inspirée !

Inspirée ?

J.F : J’ai commencé le cinéma très jeune sans jamais croiser de femmes. Sur les plateaux, il n’y avait que des hommes. De temps en temps, la maquilleuse ou la script ou la dame qui jouait ma mère. Petit à petit, mais ça a pris beaucoup de temps, des femmes ont commencé à apparaître à partir de la fin des années 1970. Mais, dans toute ma carrière, je n’ai fait qu’un film dirigé par une femme : Siesta de Mary Lambert. Be Natural est le deuxième mais je ne suis pas vraiment dans le film. – vérification faite, Jodie Foster été dirigée quatre fois par des femmes, sans compter les films qu’elle a réalisés et dans lesquels elle joue aussi ndlr*- Et oui, c’est inspirant de savoir que quelqu’un a eu le même désir créatif et qu’elle était là aux tout débuts du cinéma.

Justement, est-ce différent d’être dirigée par une femme?

J.F : Pas vraiment. D’ailleurs, j’ai l’habitude de dire que Jonathan Demme avec qui j’ai tourné Le Silence des agneaux, a été mon réalisateur féministe préféré. Il adorait les femmes, des films avec des protagonistes qui soient des femmes et une sensibilité féminine. Enfin, si elle existe.

L’absence de femmes dans le cinéma, est-ce un constat que vous, Jodie Foster, avez fait à posteriori ou à vos débuts, déjà?

J.F : Non, je m’en suis rendue compte toute petite. Je voulais réaliser des films, mais comme je ne voyais jamais de femme à ce poste-là, je me demandais si et comment j’allais y arriver. J’avais entendu parler d’Ida Lupino mais sans avoir jamais vu un de ses films. Ma mère m’a conseillée d’écrire pour y parvenir. « Si tu n’écris pas, on ne te donnera jamais un film en tant que metteur en scène » m’a-t-elle dit. Voilà pourquoi j’ai décidé de faire des études de lettres : pour devenir écrivain. Finalement, j’ai dirigé Le petit homme à 26 ans.

Après un passage par la TV ?

J.F : Ah oui, c’est vrai ! J’avais co-réalisé un épisode d’une série TV (Stephen King’s Golden TalesHistoires d’un autre monde) avec un ami.

Puisque vous avez fait des études après avoir commencé le cinéma, pourquoi n’avoir pas étudié la réalisation?

J.F : Je n’y ai même pas pensé ! Quand je suis entrée à l’Université, j’avais interprété une trentaine de rôles au cinéma. Je ne voyais pas l’intérêt d’étudier quelque chose que je maitrisais déjà !  Faire du cinéma est sûrement la meilleure école à suivre, même si je regrette un peu de ne pas avoir connu la galère de jeunes étudiants errant dans New York avec une petite caméra… Ça aurait pu être amusant !

Quand vous avez découvert l’existence d’Alice Guy, avez-vous eu envie d’en savoir plus sur elle, sur son parcours, sur sa vie?

J.F : J’ai laissé faire Pamela B Green. Ses recherches sont été longues – huit ans ! Elle m’envoyait des nouvelles de temps en temps, des petits montages sur ce qu’elle avait découvert.

Et que pensez-vous de son travail?

J.F : Je pense que le type de cinéma qu’Alice Guy faisait, celui qui l’intéressait – du cinéma de découverte, naturaliste – n’était pas au goût de l’époque. On lui préférait une mise en scène plus théâtrale. Elle s’intéressait surtout aux choses quotidiennes, à la vraie vie des personnes. C’est elle qui a tourné le premier film avec un casting entièrement afro-américain. Et un autre sur le planning familial.

Pensez-vous, Jodie Foster, qu’une réalisatrice raconte les choses autrement ? Et si oui, comment?

J.F : C’est compliqué à dire.  C’est vrai que je perçois des différences dans les scénarios que je reçois, d’autres possibilités offertes suivant les histoires que nous avons vécues. Un homme et une femme créent-ils différemment ? Je ne suis pas sûre. Mais à force d’avoir une vie différente, on développe sans doute un point de vue différent. Jonathan Demme, par exemple, était intéressé par les gens marginalisés, alors que Kathryn Bigelow ne jure que par la masculinité, les relations des hommes entre eux. Il me semble que ce n’est pas tant une histoire de sexe que d’expérience.

Vous aviez envisagé de réaliser un biopic sur Leni Riefensthal. Pourquoi avoir abandonné?

J.F : C’est vieux ça ! Je n‘ai jamais eu un assez bon scénario pour le faire. C’est dommage ! Son histoire est intéressante. Elle a vécu tellement de choses – ses relations avec Albert Speer, avec Hitler bien sûr, mais aussi avec les autres. Elle était obsédée par l’ambition. Sa vie aurait pu donner lieu à une très belle histoire, compliquée d’un point de vue éthique.

Certes…

J.F : C’est dangereux mais très important de parler de manière compliquée de la moralité. Les films ne doivent pas être tranchés. Ou blancs ou noirs. Il faut aborder la complexité, apprendre ce qu’il ne faut pas faire. Un biopic sur Leni Riefensthal aurait été parfait pour parler de la responsabilité de l’artiste. Pour moi, elle existe. Pour être un grand artiste, il faut être très profond psychologiquement et moralement. Elle, elle était fascinée par le pouvoir et par l’apparence comme tous les fascistes.

Quelles ont été les femmes qui vous ont inspirée ?

J.F : Ma mère surtout. Elle a été très importante dans ma vie. C’est une survivante, très intelligente et cultivée mais qui manquait de confiance en elle. Et tellement d’autres femmes…

Et pour un autre biopic?

J.F : Finalement, je préfère les histoires inventées.

Vous travaillez à l’adaptation américaine de Woman at war de Benedikt Erlingsson. Une histoire de femme forte dont vous avez acheté les droits de remake. Où en êtes-vous ?

J.F : Je suis en plein milieu du scénario que j’américanise, que je situe dans le contexte californien. Mais, je garde l’histoire sur la maternité et la destruction dans un but écologique. Je produis le film, le réaliserai et l’interpréterai.

Quand ?

J.F : Aucune idée, je déteste me fixer une date.

Etes-vous impliquée dans les mouvements féministes d’Hollywood, comme Time’s up?

J.F : Pas du tout ! J’ai mon opinion mais je préfère montrer mon engagement à travers mes films. Nous vivons un moment de transition, important, dans le cinéma et dans la société toute entière.

Pensez-vous que les choses ont déjà changé à Hollywood?

J.F : Je ne sais pas, je n’y vis pas. Mais il me semble que la diversité est plus importante, que le milieu est plus conscient de l’invisibilité des autres cultures. Ce qui a changé incontestablement, c’est que le cinéma des grands distributeurs est devenu un cinéma de franchise. Les histoires intéressantes sont plutôt racontées dans des séries du câble comme HBO, Amazon ou Netflix. Et là, il y a plein de femmes !

Propos recueillis par Véronique Le Bris

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