« Que signifie tout ceci ? Et que veulent dire ces étranges gravures sur les murs ? »

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De jour comme de nuit, des lettres et des couleurs apparaissent sur les murs de nos villes. A vrai dire, nous passons souvent à côté d’eux sans vraiment les remarquer et pourtant, tout un monde se cache derrière ces écritures. A sa simple évocation, le graffiti ne peut laisser indifférent ; on l’apprécie, on le tolère ou on le critique, mais il est bien présent autour de nous et cela depuis plusieurs décennies.

Il apparaît sur les métros new-yorkais dans les années 70. A cette époque, la culture hip-hop et ses valeurs émergent aux États-Unis ; Peace, Love, Unity and Having fun. Les adeptes se côtoient autour des cinq disciplines du mouvement, entre rap, DJing, break dancing, graffiti et beatbox. Quelques années plus tard, le hip-hop traverse les frontières et arrive en Europe. Le graffiti s’immisce en France dans les années 80 et cela sur différents supports d’expression : rues, métros, trains, autoroutes… La ville et ses souterrains deviennent le terrain de jeu des graffeurs et les activistes se multiplient, en toute illégalité. Les murs s’emplissent alors de lettrages et de tags.

Ces lettres, elles représentent l’essence même du graffiti. Écrire encore et toujours, son identité, ses idées, ses revendications… Il existe autant d’auteurs que d’expressions, et peu importe le domaine artistique, chaque œuvre est porteuse d’un message et d’une intention. D’autres activistes s’adonnent quant à eux à la réalisation de personnages. Ils ont toujours eu leur place aux côtés des lettres mais sont plus facilement accessibles et reconnaissables du public car ils interpellent, racontent des histoires et transmettent des émotions… Ils peuvent avoir un impact identitaire, communautaire ou culturel et chaque réalisation a son sens, allant du symbolique au contestataire, ou tout simplement esthétique.

Derrière toutes ces inscriptions, une communauté agit avec rigueur, détermination et rage. Des règles et des codes régissent le milieu et ses pratiques. Naturellement, cette relation au graffiti est vécue de manière différente selon chacun mais aussi selon les différentes générations, car les mentalités, l’environnement et les outils évoluent. Les magasins spécialisés et les médias supports se sont multipliés, le développement des nouvelles technologies a modifié les échanges et bouleversé les pratiques… Mais il est primordial que le graffiti conserve son identité et sa liberté. Car tous les mouvements aussi contestataires soient-ils, sont un jour récupérés et commercialisés d’une manière ou d’une autre par les institutions, et bien sûr le graffiti n’y fait pas exception. Il ne doit pourtant pas être contrôler, monnayé ou discipliné. Il doit rester un acte libre, un sentiment, un état d’esprit, une transgression… Et dès lors qu’il ne l’est plus, il ne peut décemment plus se dénommer comme tel. Pour preuve, il a longtemps été traqué par les autorités mais il a perduré et cela en fait toute sa beauté…

Indépendamment de ces actes, le graffiti reste un milieu essentiellement masculin et comme dans beaucoup d’autres domaines artistiques, les femmes ont souvent été très peu et sous représentées. Les activistes féminines sont bien moins nombreuses certes, mais certainement pas moins représentatives du mouvement. La même détermination et la même passion les animent. La force de ce mouvement est qu’il accepte tout le monde en son sein et surtout, il a la subtilité de pouvoir rendre ses auteurs anonymes et donc asexués. Un graffiti apparut dans la nuit ne laisse pas de trace et ne donne aucune information sur son auteur. Ainsi, l’appréciation de l’œuvre peut aisément se faire de manière objective, sans influence ou jugement quelconque.

Mais revenons à nos activistes féminines. Quelques noms se sont distingués au début des années 90 ; Ema, Fancie, Scotie, Klor… Puis June, Kensa, Lady K, Malis, Jolee, Dyva par la suite. Elles marqueront les débuts de plusieurs générations d’activistes françaises, à qui nous avons souhaité rendre hommage en retraçant leur histoire. Une centaine de femmes ont ainsi accepté de dévoiler une partie de leur vécu et surtout leur vision du graffiti, nous offrant une belle perspective d’un milieu qui reste encore trop méconnu, et pourtant si incroyablement riche.

Audrey Derquenne, graffeuse


1 IAM, Murs

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