Quand les femmes courraient après l’égalité

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19 avril 1966: Roberta «Bobbi» Gibb devient la première femme à courir (en cachette) le marathon de Boston.

Le marathon de Boston, crée en 1867, est le plus ancien des marathons annuels et attire chaque année plus de 500.000 spectateurs. Il s’agit toutefois d’une épreuve réservée aux hommes jusqu’en 1972, les femmes n’étant autorisées à participer qu’à des courses de moins de 1.500 m. Ce n’est qu’en 1966 qu’une femme participe au marathon de Boston : Roberta Gibb et elle est la première femme à terminer l’épreuve.

Roberta Gibb, ou de son surnom Bobbi Gibb, s’entraîne 2 ans pour courir le marathon de Boston. En réponse à sa demande de participation, elle reçoit un refus catégorique du directeur de course Will Clooney estimant que : « les femmes ne sont pas physiologiquement capables de courir des distances de marathon et qu’en vertu de ces règles édictées par l’Amateur Athletic Union (AAU), elles ne sont pas autorisées à courir plus d’un mile et demi en compétition »

A cette époque, on se réfugie derrière des croyances sociétales selon lesquelles le running masculiniserait les femmes : trop sportives, elles risqueraient de se retrouver avec de grosses jambes, une poitrine velue, voir leur utérus se décrocher pendant une course ou encore devenir infertile.

Roberta Gibb décide cependant de participer au marathon en se cachant dans les buissons au moment du départ, elle termine la course en 3h 21 devant les deux tiers des coureurs.

Une autre femme du nom de Kathrine Switzer fait aussi partie de la génération de pionnières qui ont révolutionné la course au féminin. Amatrice de course, elle s’entraîne au cross-country à l’université et entend parler de Roberta Gibb. Elle décide de s’inscrire au marathon de Boston et en parle à son entraîneur Arnie Briggs.

« Arnie m’a dit qu’aucune femme ne pouvait courir le marathon de Boston. Je lui ai alors parlé de Bobbi Gibb, dont j’avais lu l’histoire dans les journaux, mais il ne pouvait pas le croire. Il m’a cependant dit que si je pouvais courir la distance à l’entraînement, il m’aiderait à m’inscrire au marathon de Boston, pourvu que cela soit fait dans les règles. ».

Lors de son inscription, elle camoufle son nom pour cacher qu’elle est une femme. Et pendant la course, elle assume totalement sa féminité en étant maquillée, ses cheveux lâchés retenus par un serre-tête. Un incident survenu au sixième kilomètre changera sa vie. Un journaliste, posté sur un camion de presse, hurle qu’une femme courte. Furibard, choqué – courir était alors encore presque considéré comme une déviance, alors imaginez, une femme ! – Jock Semple, l’organisateur, lui lance : « Dégage de ma course, et rends-moi ces numéros !». Il tente de lui arracher son dossard. Kathrine Switzer résiste. Son petit ami, qui courait à ses côtés, repousse Jock Semple d’un brusque coup d’épaule. La scène est immortalisée par un photographe du Boston Traveler. La jeune femme de 20 ans finira par franchir la ligne d’arrivée, les pieds en sang. Mais elle sera disqualifiée et radiée de la Fédération américaine d’athlétisme.

Depuis 1967, elle travaille pour donner aux femmes le droit et l’opportunité de courir et milite pour que l’association d’athlétisme de Boston permette aux femmes de participer au marathon. Il est enfin ouvert aux deux sexes en 1972 et le premier marathon féminin olympique a lieu en 1984 à Los Angeles.

Kathrine Switzer remporte le marathon de New York en 1974 en 3h07 et 3 ans plus tard à sa retraite, elle décide d’entamer une carrière d’organisatrice de marathons internationaux réservés aux femmes.

« J’ai gagné le marathon de New York et mené le combat pour que les femmes soient officiellement acceptées dans les marathons. J’ai aussi ouvert les portes des Jeux Olympiques en organisant une série de courses partout dans le monde… pour donner aux femmes la chance de pouvoir courir. »

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