5 December, 2020
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Protéger les droits des femmes. Maintenir l’accès à l’avortement en période d’épidémie de covid.

Ghada Hatem-Gantzer, gynécologue-obstétricienne

L’épidémie que nous traversons met à l’épreuve notre système de santé et en révèle cruellement les failles. Toutes les forces des personnels hospitaliers sont actuellement dédiées à la prise en charge des malades du Covid et au maintien des interventions urgentes.

Nous, professionnel.le.s de l’IVG, avons dès le début de l’épidémie réorganisé la prise en charge des femmes afin de pouvoir répondre à toutes les demandes dans le délai le plus bref et en limitant au maximum tout déplacement. Ainsi, nous avons maintenu ouvertes les consultations et favorisé chaque fois que c’était possible les IVG médicamenteuses à domicile, même si on ne peut éviter le déplacement des patientes car la télémédecine est malheureusement impossible légalement dans cette situation.

Nous avons également augmenté les capacités pour les avortements sous anesthésie locale car les blocs opératoires de tous les établissements ont été transformés en salles de réanimation, et organisé des partenariats avec des structures privées pour la prise en charge des avortements sous anesthésie générale.

Malgré cette organisation ultra-précoce et malgré notre investissement collectif, nous sommes confrontés aujourd’hui à 3 problèmes dont les femmes sont les premières victimes :

1/ Le premier est lié aux questions de ressources humaines avec des soignant.e.s également malades, ce qui met les équipes en tension. Pour limiter la sollicitation des équipes hospitalières, nous souhaitons que les avortements puissent être autorisés par voie médicamenteuse au domicile jusqu’à 9 semaines d’aménorrhée, soit 7 semaines de grossesse. Cette option est validée par l’OMS et ne présente pas de danger particulier

2/ Le 2ème est la limitation des déplacements des femmes lors de leur IVG. Pour la respecter au mieux, nous demandons à ce que les mineures, soient dispensées du délai de 48h qui leur est actuellement imposé avant leur IVG et puissent bénéficier d’une IVG dans la foulée de leur première consultation

3/ Enfin, le confinement aggrave les situations de violences et rend encore plus difficiles les possibilités de consultation pour les femmes qui vivent dans un environnement dangereux. Il s’ensuit des retards de diagnostic et des demandes hors délais. Ces situations donnent en général lieu à une prise en charge à l’étranger (Pays-Bas principalement) à condition que les patientes en aient les moyens mais cette solution n’est même plus envisageable du fait de la fermeture des frontières. La loi permet dans des cas très précis d’organiser une interruption médicale de grossesse à un terme tardif en mobilisant plusieurs professionnels et un comité de validation, solution qui consomme des ressources hospitalières déjà insuffisantes en cette période.

Ces difficultés vont obliger nombre de femmes à conserver leur grossesse contre leur gré, mettant en danger leur autonomie et l’avenir des enfants nés dans ces conditions. Nous souhaitons pouvoir, à titre exceptionnel pendant la durée du confinement, réaliser des aspirations jusqu’à 16 semaines d’aménorrhée soit 14 semaines de grossesse.

Sans surprise, et comme cela a déjà été rapporté en Chine et en Italie, les situations de violences conjugales ont augmenté de 30%, alors que le confinement n’en est qu’à ses débuts. Le gouvernement a prouvé qu’il pouvait prendre des mesures rapides dans la période épidémique que nous connaissons. La loi doit aligner les pratiques médicales sur les besoins sociaux.

Nous y sommes prêt.es, et sommes également prêt.es à nous mettre hors-la-loi pour appliquer ces trois mesures.

Ghada Hatem-Gantzer, gynécologue-obstétricienne, signataire

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