Pour que nos fils deviennent des hommes respectueux : mode d’emploi

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Les mauvais résultats à l’école, les échecs scolaires, les punitions, les renvois, la violence, l’emprise, la dépendance, montrent que « l’eldorado » des garçons n’est plus ce qu’il était.

Dans mon livre paru chez Nathan : « Et si on réinventait l’éducation des garçons. Petit manuel pour dépasser les stéréotypes et élever des garçons libres et heureux« [1], nous montrons que l’éducation des garçons constitue un des grands défis du XXI é siècle.

Car, si il est important de libérer les petites filles des stéréotypes de genre auxquels elles doivent faire face, il faut également éduquer nos garçons loin des clichés.

Mais comment libérer les garçons d’un idéal viril obsolète, de stéréotypes de genre que l’on reproduit alors même qu’on les dénonce ? Comment en faire des citoyens courageux, créatifs, respectueux, responsables, sensibles et humains ?

L’éducation des garçons est placée sous le signe du paradoxe : – d’une part, la société conteste l’idéal viril, jugé obsolète, et les garçons sont accusés de perpétuer les maux qui accompagnent la domination masculine, – d’autre part, des stéréotypes sociaux poussent les garçons à reproduire les comportements machistes.

La culture masculine s’est construite en faisant l’éloge des valeurs opposées au féminin, à l’homosexualité. Dans l’exaltation de la violence, de la domination, de la culture guerrière.

Pourtant dans « viril », il y a vir : la vertu, personnalisée dans la Grèce antique par Aphrodite, Artémis et Athéna, soit… des femmes. Et avant que l’adjectif « viril » soit réservé au genre masculin, en lien avec la domination,  la défense, l’offensive et la guerre, il s’écrivait avec un e – « ce fut le cas jusqu’à la Renaissance »–, et ce « virile » caractérisait Vénus, soit le désir de vivre [2]! D’autant que la force de vie n’est pas l’instinct[3].

C’est là l’excellente nouvelle, qui autorise à repenser l’éducation et à réhabiliter certaines certitudes ancestrales très positives qui ont accompagné l’essor de notre société.

Il s’agit en effet, désormais comme je le mentionne dans mon ouvrage « Les hommes aussi viennent de Vénus »[4] de permettre aux garçons d’être sensibles et virils, dans le sens d’une virilité humaine, plutôt que de les encourager à détruire,  à triompher, à dominer, à accéder au pouvoir par tous les moyens. Et il importe tout autant de permettre aux filles d’être viriles et sensibles !

Voilà pourquoi livrer bataille en faveur de l’égalité ne signifie pas combattre la virilité. Bien au contraire. C’est la conception d’un idéal viril dominateur, obsolète et macho qu’il faut combattre ! Cela s’inscrit parfaitement dans la conception actuelle de l’éducation : encourageons les filles et les garçons à déployer leur force vitale, leur désir ardent de vivre, indépendamment de la question du genre, dans le sens d’une sensibilité humaine.En reprenant la phrase d’Antonio Damasio[5]« être rationnel ce n’est pas se couper de ses émotions ».

Il importe de changer de posture et de chasser de son esprit tout a priori dégradant ou contraire au respect de l’égalité. Sans omettre, et c’est fondamental, de respecter la personnalité du garçon. De transmettre des valeurs positives dans l’éducation qui communiquent l’estime de soi et le respect d’autrui.

Une affaire conjointe entre l’école, la famille et la société.

Mais comment éliminer de la culture masculine les valeurs toxiques ? Comment infléchir la tournure d’esprit et transmettre des ressources positives ?

Il faut cesser de percevoir les garçons comme systématiquement étourdis, insouciants, agités, désordonnés, incapables de tenir en place.. . car c’est le meilleur moyen pour qu’ils perpétuent ces habitudes.

Il importe quand ils peinent à recommencer car, ils ont « faux » : de les inciter au courage, à l’opiniâtreté, à la persévérance ; de leur communiquer la volonté d’affronter les difficultés et de trouver les moyens d’y parvenir, plutôt que de leur prêter des intentions contraires.

Il est essentiel que les garçons comprennent que plus rien ne leur est systématiquement acquis ; qu’il est nécessaire de faire des efforts, de se concentrer, de s’appliquer pour s’affirmer ; qu’ils doivent se prendre en main ; qu’il leur faut devenir autonomes.

Aujourd’hui, le défi à relever consiste à donner une éducation qui permette aux garçons de s’affirmer et d’être soi. Dans le respect de l’égalité hommes-femmes.

Il ne s’agit pas de faire la morale à son fils. Ni de l’accabler de poncifs négatifs sur les garçons et les hommes en général. Il est question de leur faire voir la vie autrement : positive pour chacun. Ce qui donne une valeur au débat et pousse le garçon de l’avant pour faire bouger les lignes au nom d’objectifs louables et valorisants.

Aux pères aussi de s’y mettre et d’accepter d’être sollicités. Un peu de tendresse les pères avec les fils encore normalisés par la culture machiste.

Il faut aussi en terminer avec la crainte phobique de l’impuissance, l’indifférence sentimentale légendaire des garçons, des hommes.

S’appuyer sur tout ce qui va permettre dès l’enfance « d’humaniser » le masculin, comme je l’écris dans notre livre « Et si on réinventait l’éducations des garçons ».

Et ceci grâce :

– « Au droit à  l’empathie » pour les garçons, d’autant que les études sur le cerveau montrent que cela rend heureux.

– À l’accès à leurs propres émotions, avec « la théorie des émotions ». 

– À la compréhension de celles des autres,  avec  la « théorie de l’esprit ».

– À la conscience de la présence au monde, avec « la théorie de la pleine conscience ».

– En renforçant la force psychique grâce à des ressources éducatives génératrices, aussi d’esprit critique.

 – Et aussi en finir avec la protection de soi derrière une attitude dominatrice, méprisante et phallique.

Sans oublier d’encourager la créativité, la prise de risque, le désir de « se lancer dans la vie », d’avancer et d’entreprendre, dans l’estime de soi et le respect d’autrui, qui passe par le respect de l’égalité bien sûr et aussi désormais, par le respect de la planète.

Christine Castelain Meunier est sociologue au CNRS, formatrice à l’Ecole des psychologues praticiens, spécialiste du féminin, du masculin, de l’enfant, membre du laboratoire de l’égalité, à l’origine de l’allongement du congé de paternité en 2002,  autrice de nombreux ouvrages, dont :  -« Et si on réinventait l’éducation des garçons. Petit manuel pour dépasser les stéréotypes et élever des garçons libres et heureux« , Nathan, 2020,  -« Les hommes aussi viennent de Vénus. Forts et sensibles. Les nouveaux visages de la virilité », Larousse 2020. – « L’instinct paternel. Plaidoyer en faveur des nouveaux pères », Larousse, 2019


[1] Christine Castelain Meunier , « Et si on réinventait l’éducation des garçons. Petit manuel pour dépasser les stéréotypes et élever des garçons libres et heureux« , Nathan, 2020

[2]. Cf. Mariette Darrigrand , « Rien ne va plus au pays du masculin- féminin », Ouest-France, 2 janvier 2020. Mariette Darrigrand est autrice, entre autres, de « Comment les médias nous parlent (mal).  Les effets politiques du langage journalistique », François Bourin, 2014

[3]. Catherine Vidal, « Hommes, femmes avons-nous le même cerveau ? »,  Le Pommier, 2007.

[4] -Christine Castelain Meunier, « Les hommes aussi viennent de Vénus. Forts et sensibles. Les nouveaux visages de la virilité », Larousse 2020.

[5] Antonio Damasio, « L’ordre des choses. La vie, les émotions et la fabrique de la culture », Odile Jacob, 2017

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