24 November, 2020
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Peur des autres, repli et risque éthique du manque de confiance

Confinement : j 25, préserver notre santé mentale

N’ayez pas peur

Pas simple de dire de ne pas avoir peur lorsque le confinement concerne 3 milliards d’individus sur terre pour une durée indéterminée. Les plus angoissés présentent déjà toute une série de symptômes. Mais ce n’est pas de toutes ces décompensations dont je souhaite parler aujourd’hui. Une autre inquiétude mérite toute votre attention Afin d’y remédier, comme toujours, il faut déjà en prendre conscience.

La peur des autres flambe. Certains évoquent la peur de la peur qu’ils auront à re-sortir. Plus on est phobique et plus c’est certain. La peur du repli sur soi est galopante et contagieuse.

Que de peurs, tous azimuts… C’est très grave quand l’autre est perçu comme un risque potentiel.

Cet effet très pervers du confinement ne va pas s’estomper facilement puisqu’est répété que la crise sera longue.

Les relations sociales sont marquées du sceau de la méfiance de ce que l’autre peut nous faire, par sa seule présence. Son être et non plus son faire est source d’inquiétudes.

Le masque double-face

Ce type de crainte des relations a un effet aussi dangereux que le virus.

Une étude en 2013 révélait que le sentiment de solitude était ressenti par 40 % des Américains.  Qu’en sera-t-il après ce confinement s’il nous faut porter des masques et tenir une distanciation sociale pour éviter le COVID ? On ne va plus s’embrasser ?

La solitude tue plus que le tabac et l’obésité, la solitude brise le cœur au sens propre du terme, les accidents cardiovasculaires sont plus nombreux, comme les insomnies et de nombreuses formes de stress.

Une hyper sensibilité aux signaux crée de l’isolement. L’agression est vue partout.

La souffrance entraînée par le manque de relations sociales est une donnée de santé publique.

Le manque de relations est une chose.

La peur des relations en est une autre.

L’autre conçu comme une menace aggrave les angoisses de persécution et des réponses inappropriées s’ensuivent naturellement.

La relation aux objets d’amour (au sens le plus large de ce terme) dépend de la confiance (également au sens large). Si l’autre est une menace, qu’il nous faut porter un masque par exemple, alors les fantasmes de mise en danger permanent se faufilent immédiatement. Le stress croît. C’est un cercle vicieux.

Si se protéger de l’autre semble devenir vital, qu’en sera-t-il de la solidarité, du lien en général ?

Le rétrécissement sur soi fait craindre à la fois pour la santé mentale et pour la santé sociale.

La qualité du lien est humainement essentielle à préserver. Il est à craindre une destruction de celui-ci si on insiste uniquement sur les risques des interactions, comme si elles ne servaient qu’à détruire.

« Pour votre bien » protégez-vous. Restez chez vous. Ce sont des messages qui demandent à être explicités. Il est terrifiant de n’envisager l’autre que comme vecteur de risques pour la vie. A force de diffuser des informations angoissantes, on est angoissés.

Si certains se rassurent en créant des ateliers-couture de masques, leur gestion de l’anxiété en inquiète d’autres. C’est gentil et y répondent les blagues demandant si on doit aussi confectionner soi-même son vaccin.  L’inconscient qui perçoit bien de quoi il retourne nous permet encore de sourire (sous cape/sous masque).

La santé mentale mérite beaucoup mieux qu’une opposition entre risque sanitaire et risque éthique.

A demain…

Catherine Grangeard, psychanalyste

Retrouvez sa chronique quotidienne : http://catherinegrangeard.blogspot.com/

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