14 July, 2020
HomeTribunesOn ne choisit pas d’où l’on vient mais on décide où l’on va

On ne choisit pas d’où l’on vient mais on décide où l’on va

Unissons nos voix pour faire entendre la leur !

Lorsqu’une crise éclate quelque part dans le monde – qu’elle soit économique, politique, sociale ou pandémique – les femmes en sont les premières victimes. La crise sanitaire mondiale que le coronavirus a entrainée n’échappe pas à cette règle. Elle montre une aggravation de la situation des femmes victimes de violence, l’ampleur des inégalités persistantes et la fragilité des libertés acquises.

            Malheureusement, on ne peut pas changer l’histoire. La seule chose que nous pouvons faire, c’est tirer les leçons des enseignements du passé et faire les choix que nous voulons pour notre avenir, en posant des actes forts pour répondre efficacement aux événements que nous traversons. Parce que consciemment ou inconsciemment, chaque décision que nous prenons impacte notre destinée. Qu’on le veuille ou non, chaque jour, sans cesse et invariablement, nous décidons ou laissons les autres décider pour nous, un choix qui est le reflet du cours de notre vie. Et le plus grand risque que nous courons, c’est de n’en prendre aucun car nous devrons toujours en assumer les conséquences.   

            Il nous appartient donc à tous de décider maintenant, tant individuellement que collectivement, quel genre de société nous voulons pour nos petites filles.

            Parce que le monde de demain se prépare aujourd’hui, et aujourd’hui peut-être encore plus qu’hier, c’est à nous de décider !

            « Parce qu’on ne choisit pas d’où l’on vient mais on décide où l’on va ! »

Et pour vous dire à quel point cela est vrai, j’aimerais vous raconter mon histoire.

Ma vie commence en pleine brousse au Sénégal, où très tôt, j’ai été irréversiblement mutilée. En effet, on m’a supprimé une partie de moi, de ma chair, de mon essence alors que je n’étais qu’un bébé de 3 mois : sans voix pour me défendre, sans tribune pour me faire entendre, sans tribunal pour prendre ma défense. Quelqu’un pourrait-il me dire comment j’aurais pu dire NON à l’excision ?

            J’ai grandi au sein d’une famille modeste ancrée dans certaines traditions africaines, avec les deux femmes de mon père et tout ce que cela implique comme souffrances. J’ai vu chaque jour ma mère vivre dans l’enfer de la polygamie. Et c’est également dans cet environnement très conservateur et traditionnel, que j’ai vu toutes mes cousines et amies d’origine ouest africaine être mariées de force de manière illégale en France, aussi incroyable que cela puisse paraître. Elles étaient la plupart du temps mineures, parfois c’était dès l’âge de 12 ans qu’elles devaient se soumettre à la tradition et célébrer la naissance de leur premier enfant avant même d’atteindre leur majorité. Alors, dites-moi, comment peut-on dire NON au mariage forcé ?

            Pourtant, lorsque mon tour est arrivé à l’aube de mes 15 ans, cette décision de dire NON, je l’ai prise sans trembler. J’ai refusé le déterminisme de ma situation, refusé de suivre le chemin tout tracé que mon entourage familial m’imposait, en me dressant contre mes proches et en prenant le risque de m’isoler de ma communauté pour être libre de choisir ma vie : une vie que j’ai réussi à construire, qui me ressemble et qui me permet d’exprimer qui je suis au quotidien.

            Depuis que je suis toute petite, je n’ai eu de cesse de chercher ma voie pour me faire entendre. Entre révoltes, tiraillements, au gré des traditions, des rebellions familiales, des scènes de quartier, de l’école, du rap, des voyages décisifs et de l’engagement associatif, je me suis retrouvée maire-adjoint déléguée à la jeunesse d’une ville de France, sans être jamais passée ni par les écoles d’élite ni par les viviers du militantisme politique. Parce qu’il me semblait que c’était l’une des meilleures voix et voie pour se faire entendre. Et maintenant que je suis grande, je suis heureuse d’être une élue de la République, parce qu’en plus de contribuer à l’éducation et au développement des jeunes de ma ville, je vois chaque jour dans leurs regards, l’espoir et l’admiration que je suscite.

            Alors, avec tout ce que j’ai vécu et survécu, et tout ce que cela pouvait représenter : de leçons de vie, d’obstacles surmontés, de barrières franchies, je devais en témoigner dans un livre pour que celles qui me ressemblent puisse se dire que c’est possible !

            J’ai également pris l’initiative de réunir autour de moi des femmes inspirantes, inconnues du grand public mais très actives sur le terrain et j’ai créé l’association Imani. Pourquoi Imani ? Parce qu’Imani me fait penser à humanité et mon objectif est d’œuvrer à plus d’humanité.

            Notre mission : contribuer à la construction d’individus forts et inspirants sur le terrain qui porteront le changement. Parce qu’avec notre programme d’actions « Unissons nos voix pour faire entendre la leur ! » nous voulons construire un leadership féminin pour que la voix de celles qui n’ont pas la force ou le pouvoir d’agir puissent enfin être entendues.

            Notre projet : créer une plate-forme multifonctions pour les femmes, facilement accessible même dans les endroits les plus reculés de la planète, qui va servir dans un premier temps à mettre en lumière des millions de femmes ordinaires extraordinaires de par leur fonction, des femmes inspirantes pour ce qu’elles sont et pour ce qu’elles font. Dans un second temps, elle servira à aider de manière pratique celles qui sont victimes à construire un avenir meilleur.

            Alors tous ensemble, « Unissons nos voix pour faire entendre la leur ! » Pour que la fraternité des femmes, la « sororité » devrais-je dire, la solidarité soient massives, motivées et puissantes. Parce que je suis persuadée que si chacun d’entre nous donnait un peu de sa lumière, à l’unissons pour éclairer celles qui sont dans l’ombre, nous pourrions faire la différence !

            Pour qu’enfin, nous puissions décider ensemble de là où nous voulons aller, et bâtir collectivement un horizon inédit pour les femmes qui offrira de nouveaux rêves à nos petites filles.

Saly Diop, maire adjointe déléguée à la jeunesse à Meaux, éducatrice

Autrice du livre Imani à paraitre aux éditions Michalon le 28 mai 2020

Présidente de l’association Imani « Pour la dignité des femmes »

www.imani.ovh

Imani,  sortie le 28 mai 2020, de Saly Diop, auteure

Share