Objectifs de développement durable (ODD) : tout est lié !

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« A quoi bon sauver la planète si nous ne prenons pas soin de l’Humanité ? »

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Bonjour Florence Provendier, vous êtes députée de la dixième circonscription des Hauts-de-Seine et membre de la Commission des affaires culturelles et de l’éducation de l’Assemblée Nationale. Le 22 février vous avez rendu au Premier Ministre votre rapport sur les Objectifs de Développement Durable (ODD). Pouvez-vous nous rappeler, ou nous apprendre, la « signification » qu’englobe cet acronyme et quel en est l’objectif ultime ?

Florence Provendier

L’Agenda 2030, adopté par les 193 pays de l’ONU en 2015, se structure autour de 17 objectifs de développement durable (ODD) qui définissent des priorités mondiales à horizon 2030, pour un monde plus durable et solidaire. Ils nous concernent toutes et tous : institutions, entreprises, associations, think tank, citoyens etc. C’est une grammaire commune à l’ensemble de la société et à toutes les échelles – locale, nationale et internationale. De son côté, la France a élaboré en 2019 une feuille de route en concertation avec la société civile adaptée aux singularités nationales articulée autour de 6 enjeux : agir pour une transition juste, transformer les modèles de société, s’appuyer sur l’éducation et la formation tout au long de la vie, agir pour le bien-être et la santé, rendre effective la participation citoyenne dans l’atteinte des ODD et construire une transformation durable européenne et internationale.

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Les Objectifs de développement durable souffrent d’une confusion sémantique avec ce qui relève du « développement durable » dans le registre de l’écologie. Quelles sont ces différences ?

Florence Provendier

En France, il y a souvent une confusion entre l’écologie et le développement durable. Or, l’écologie n’est qu’une des composantes du développement durable qui se fonde sur trois piliers : économique, environnemental et social. La force des ODD, c’est qu’ils prennent en compte de manière systémique ce triptyque. De plus, les ODD ont été adoptés par les pays membres des Nations Unies à New-York en septembre 2015, quelques mois avant l’Accord de Paris sur le climat, sujet qui prédomine les préoccupations actuelles.

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Cette confusion explique-t-elle que seuls 11% des Français déclarent savoir ce que sont les « objectifs de développement durable des Nations unies ». Comment expliquer et remédier à ce déficit de mobilisation ?

Florence Provendier

L’adoption des ODD a été éclipsée par l’Accord de Paris sur le climat. A cela s’ajoute le fait que le travail entamé par les pouvoirs publics est à poursuivre. Si en 2019 la France a élaboré, en concertation avec la société civile, une feuille de route adaptée aux singularités nationales présentée par Elisabeth Borne, alors ministre de la Transition écologique, celle-ci reste confidentielle. 

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Nous pouvons accéder à l’intégralité de votre rapport où sont détaillés les 17 ODD. Parmi ces propositions, quelles sont les plus significatives ?

Florence Provendier

Mon objectif avec ce rapport était bien entendu de faire les recommandations qui m’étaient demandées dans la lettre de mission du Premier ministre auprès de la ministre de la Transition écologique, Barbara Pompili. J’ai souhaité faire des propositions opérationnelles dont l’ensemble des acteurs pourraient s’emparer et mettre en valeur des initiatives inspirantes. Le préambule afin que tout un chacun s’empare des ODD, est de les faire connaître. Pour cela, il convient de démocratiser, éduquer et former aux ODD tout au long de la vie que ce soit lors de manifestations culturelles et sportives, à l’école ou encore en donnant accès à une formation aux ODD grâce au Compte personnel de formation. Ensuite, pour mieux structurer, coordonner et animer le mouvement autour des ODD, je propose la création d’un Haut-Commissariat à la réalisation de l’Agenda 2030 rattaché au Premier ministre, dont la mission première serait de repréciser la feuille de route de la France, de la piloter et la décliner auprès des différents acteurs. Il est également urgent de mobiliser des coalitions sectorielles ou thématiques existantes et d’en favoriser de nouvelles pour faciliter l’appropriation des ODD. Dans ce cadre, nous devons nous appuyer sur les territoires, la finance et les entreprises comme levier d’intégration des ODD.

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En matière de suivi de ces ODD peut-on d’ores et déjà identifier les bons et les mauvais élèves ?

Florence Provendier

Je préfère de loin valoriser des organisations qui se sont emparées des ODD. Dans la troisième partie de mon rapport, j’ai donc recensé, de manière non exhaustive bien entendu, 10 initiatives inspirantes dans lesquelles chacun, je l’espère, peut se retrouver : un pays, le Danemark un département, le conseil départemental de la Gironde, une ville, Niort, une organisation non-gouvernementale, le Partenariat Français pour l’Eau, une petite ou moyenne entreprise, CETUP, une grande entreprise, Schneider Electric, un établissement scolaire, le Collège Vincent Van Gogh de l’académie Metz-Nancy, une intiative citoyenne Les Citoyens de l’Anneau et un évènement, Les Rencontres du Développement Durable.

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Quels sont les objectifs qui composent l’Agenda 2030 ?

Florence Provendier

Il y en a 17, divisés en 169 cibles et 232 indicateurs. Les ODD portent sur la fin de la pauvreté, l’éradication de la faim, la santé et le bien-être, l’éducation de qualité, l’égalité entre les sexes, l’accès à l’eau, l’énergie propre et d’un coût abordable, l’accès à un travail décent et à la croissance économique, les investissements dans l’industrie, l’innovation et les infrastructures, la réduction des inégalités mondiales, le développement de villes et communautés durables, les modes de consommation et de production durables, les mesures relatives à la lutte contre le réchauffement climatique, la protection de la vie aquatique et terrestre, la paix, la justice, les institutions et enfin sur la conclusion de partenariats pour la réalisation des objectifs.

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Parmi vos recommandations, l’éducation aux ODD à l’école et tout au long de la vie. Comment sensibiliser les plus jeunes qui seront demain en première ligne ?

Florence Provendier

Pour ne vous citer que deux recommandations… en 2019, à l’école, l’Agenda 2030 est devenu la feuille de route de l’Education au Développement Durable (EDD) mais celle-ci se concentre surtout sur les enjeux climatiques et la biodiversité. Il conviendrait ainsi d’élargir le champ de l’EDD à l’ensemble des ODD. De plus, cet enseignement est le plus souvent théorique. Il importe ainsi de mêler théorie et pratique, en s’appuyant notamment sur l’expertise des associations pour bien sensibiliser les plus jeunes à l’Agenda 2030. Une autre proposition est d’élargir les missions des éco-délégués dont l’élection est obligatoire dans les classes de collège et de lycée depuis la rentrée 2020, afin de prendre en compte l’ensemble des ODD et de faciliter le dialogue entre les éco-délégués à l’échelle nationale mais surtout au niveau de l’académie pour encourager le partage de bonnes pratiques.

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Avec la remise de votre rapport, quel est le message clef que vous souhaitez transmettre ?

Florence Provendier

Nous avons une feuille de route universelle, celle des objectifs de développement durable (ODD) de l’Agenda 2030. L’opportunité pour notre pays d’être pionnier, moteur et exemplaire dans un projet qui allie, grâce à une approche systémique, écologie, économie innovante et prospérité pour toutes et tous, sans laisser personne de côté.

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Votre action ne semble pas se « limiter » à votre mission de parlementaire. Vous êtes par ailleurs très investie dans certaines associations pour la protection de l’enfance. Pourquoi un tel engagement ?

Florence Provendier

Quand il y a 11 ans j’ai décidé de travailler dans l’humanitaire, j’ai voulu m’engager pour les droits de l’enfant. Sans doute parce qu’ils sont les plus vulnérables, qu’ils sont notre présent et notre futur, qu’ils n’ont pas de poids économique, ni politique et que de ce fait, ils sont encore trop peu entendus. Chez Un Enfant par la Main, La Voix de l’Enfant ou encore Caméléon, j’ai œuvré dans plusieurs pays pour que des enfants aient un certificat de naissance, ne soient pas excisés, puissent aller à l’école, manger à leur faim, ne soient pas victimes de violences. Aussi, arrivée au Parlement, j’ai voulu avant toute chose placer les droits de l’enfant au cœur de mon mandat et ai fait adopter à l’unanimité une Résolution pour que les droits de l’enfant soient pris en compte dans les travaux de l’Assemblée nationale. Avec plusieurs collègues mobilisées sur le sujet (essentiellement des femmes), j’ai découvert les méandres de l’Aide Sociale à l’Enfance et les situations trop souvent alarmantes des 350 000 enfants qui lui sont confiés. S’ il y a eu quelques avancées pendant cette mandature sur le sujet, la crise a mis en exergue tous les enjeux à relever pour que chaque enfant ait droit à une enfance.

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Florence Provendier, quelle est votre « morning routine » ? Je fais référence à cette campagne : « Et si on posait les mêmes questions aux femmes et aux hommes ?». Le collectif Sista et le fonds de dotation Mirowa Forward lancent une campagne dénonçant le traitement des femmes dirigeantes et entrepreneures dans les médias. La politique souffre-t-elle des mêmes maux ?

Florence Provendier

Pour de vrai. Je me lève du pied droit, ouvre les volets et me prépare une bergamote pressée avec un peu d’eau chaude. Puis, je médite une vingtaine de minutes avant de faire quelques postures de yoga. Ensuite, j’allume la radio et me prépare un café auquel j’ajoute une grande cuillère de miel. Je prends le temps de déguster tout en écoutant les informations. Quand la tasse est vide, je passe la seconde, ma journée peut alors commencer.

Sur les questions posées aux femmes et pas aux hommes, j’ai appris avec le temps à les contourner, à les détourner et à les renvoyer. A ma connaissance, quel que soit le milieu dans lequel vous agissez, dès que vous êtes en responsabilité, il y a encore quelques vieux réflexes patriarcaux auxquels nous devons tordre le cou.

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Récemment Julia Mouzon confiait à WomenToday que 74% des femmes élues ont été confrontées à des remarques ou à des comportements sexistes. Non seulement ces comportements sont inacceptables mais ont-ils aussi pour effet d’éloigner les femmes des responsabilités d’élues ?

Florence Provendier

Je pourrais écrire un roman sur toutes les remarques sexistes ou comportements inappropriés que j’ai subis depuis mes premiers petits boulots, dans ma vie professionnelle jusqu’à aujourd’hui. Entre les jobs d’étudiante dont j’ai démissionné parce que mes “responsables” avaient des gestes déplacés, voire insultée parce que j’osai dénoncer, les remarques sur mes jambes, ma taille, mes vêtements “mets-toi en pantalon avec des talons plats car il ne faut pas que tu sois plus grande qu’eux”, les situations où vous vous retrouvez coincée avec un patron qui vous fait travailler tard le soir et vous invite au restaurant, puis prendre un verre… malgré l’âge qui avance, cela m’arrive encore d’avoir des commentaires sur mes tenues… votre question fait ressortir plein de situations que j’avais enfouies pour ne pas faire de vagues, alors qu’elles étaient et sont inacceptables.

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Sylvie Pierre-Brossolette, nouvelle Présidente du HCE, revendique l’éga-conditionnalité : « Je propose que pas une seule fois, on n’accorde quoique ce soit sans qu’il y ait une contrepartie en matière d’égalité femmes-hommes ». Êtes-vous favorable à cette initiative ?

Florence Provendier

Dans l’absolu, je rêve d’un monde où nous serions tous égaux en droits sans effacer nos différences. La discrimination positive est malheureusement souvent nécessaire pour faire avancer les causes. Pour autant, je redoute les approches binaires et c’est en cela que je plaide à fond pour les ODD. Cela doit dans tous les cas se construire sur la base d’une vision du monde à laquelle nous aspirons. Il faut que les femmes osent rêver de leur avenir sans schéma limitant et s’émanciper sans préjugés.

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Florence Provendier, il semble que le mot « Ultreïa » vous tienne particulièrement à cœur. Pouvez-vous nous en expliquer la signification ?

Florence Provendier Vous avez raison, c’est un peu mon mantra. J’ai découvert « Ultreïa » en cheminant vers Saint-Jacques-de-Compostelle. C’est une expression de joie, un mot qui nous vient du Moyen-Âge que s’échangent les Jacquaires. Pour moi, il signifie dépassement de l’être (matière) et de l’esprit (souffle). C’est ce à quoi la marche me permet d’accéder. Passées les douleurs physiques des premiers jours, une fois que l’on a trouvé son rythme, on lâche prise ce qui permet d’accéder au moi profond et à l’autre dans toute son universalité.

Propos recueillis par Michael John Dolan

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