19 September, 2020
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Nos caractéristiques « féminines » sont essentiellement acquises et relèvent ainsi plus de la culture que de la nature

« On ne nait pas féministe, on le devient »

« On ne nait pas femme, on le devient ». Par cette célèbre phrase, Simone de Beauvoir et tout le mouvement féministe affirment que les caractéristiques du masculin et du féminin sont d’abord des constructions culturelles et sociales. Les rôles que les femmes doivent assumer dans la société leur sont imposés non par une nécessité biologique (la « nature féminine ») mais par un système complexe de contraintes éducatives, législatives, sociales, culturelles, économiques. Nos caractéristiques dites « féminines » (sensibilité, souci de l’autre, de l’apparence physique, etc.) ou « masculines » (force, raison, etc.) ne nous sont pas données à la naissance – elles ne se sont pas innées – mais se développent par l’éducation familiale et sociale (les jeux que nous donnent nos parents, les modèles médiatiques, etc.). Elles sont donc essentiellement acquises et relèvent ainsi plus de la culture que de la nature

 Le concept même de « nature féminine » est très sévèrement remis en cause à la fin du XX siècle avec les écrits de Simone de Beauvoir ou les analyses d’Elisabeth Badinter sur la déconstruction de la notion « d’instinct maternel » et l’explication des processus de la « domination masculine ».  Être un garçon ou une fille, c’est donc avant tout apprendre à se comporter de certaines façons, à se conformer à certaines normes socialement déterminées. Françoise Héritier écrit dans Masculin-Féminin : la pensée de la différence : »Les catégories de genre, les représentations de la personne sexuée, la répartition des tâches, telles que nous les connaissons dans les sociétés occidentales ne sont pas des phénomènes à valeur universelle générées par une nature biologique commune, mais bien des constructions culturelles« .

 C’est pourtant bien au nom des « lois de la nature » que les femmes ont été assignées à l’infériorité tout au long de l’histoire. Depuis le XVIIIème siècle, les femmes ont été exclues de l’universalisme (de la citoyenneté, du droit de vote, de l’éducation), leur soumission étant inscrite dans l’affirmation d’une « nature » radicalement différente, vouée à la maternité et inapte à faire preuve d’une intelligence et d’une rationalité « d’essence masculine ». 

Malgré des avancées considérables ces dernières décennies, les préjugés restent tenaces dans le monde d’aujourd’hui.  Droit de vote, indépendance financière, contraception, avortement, les droits des femmes ont connu des avancés historiques dans la seconde partie du XX siècle. Pourtant les stéréotypes et les inégalités persistent toujours.  Le sociologue Pierre Bourdieu par exemple explique cette perpétuation par la notion d' »Habitus ». Les  habitus sont les gestes, les attitudes, les manières d’être que l’on a acquis et incorporé au point d’en oublier l’existence, mais qui sont à la source de nos comportements, de nos pensées, de notre identité. Ce sont des routines mentales, devenues inconscientes ou imperceptibles (comme la respiration), qui nous permettent de penser le monde et d’y agir. Un milieu social aura ses propres habitus (le monde enseignant, les ouvriers, les aristocrates ont  des modes spécifiques d’appréhender le monde et d’y agir). 

 Les hommes et les femmes possèdent aussi des habitus différents : nous sommes « conditionnés » (par la famille, l’école, la société, les médias, etc.) pour répondre à une certaine définition du masculin et du féminin : les hommes sont sensés être forts, courageux, indépendants et les femmes sensibles, coquettes, dépendantes, maternelles. C’est ainsi tout un processus de « naturalisation du culturel ». Ce que nous appelons, et surtout à l’école, des « dons », des « talents » ne sont en fait que des aptitudes sociales acquises.

 Pour se rendre compte de la persistance de ces préjugés, il suffit de consulter un catalogue de jouets pour les jeunes enfants : les pages roses renvoient les filles à l’intérieur, à l’apparence et à la sensibilité (appareils ménagers miniatures, trousses de coiffure et de maquillage, déguisement de princesses) et les garçons à l’extérieur, à la force et à la rationalité (jeux de transports – voitures, trains, avions- accessoires de guerre, de bricolage, de petits scientifiques).  Les contenus des magazines « féminins » renvoient aussi à ces stéréotypes : « la femme » s’intéresse essentiellement à l’apparence, à la futilité, à l’irrationalité, à la maison, etc.

Au final, c’est toute la société, de façon plus ou moins perceptible, qui contribue à la construction des stéréotypes de genre et aux inégalités et c’est par l’éducation, dès le plus jeune âge, que nous pourrons contribuer à une égalité en acte entre toutes et tous.

Edwige Chirouter, Maitresse de conférences HDR. Université de Nantes Titulaire de la Chaire UNESCO sur la pratique de la philosophie avec les enfants.

FORMATION PROFESSIONNELLE

CONSTRUCTION DES PREJUGES ET DES STEREOTYPES DE GENRE

Réfléchir collectivement sur ces questions pour faire avancer la cause de l’égalité dans l’entreprise.

Edwige Chirouter

Maitre de conférences. HDR. Philosophie et sciences de l’éducation. Université de Nantes. Expert auprès de l’Unesco

Session 1 : 17 novembre 2020, Paris

Session 2 : 8 décembre 2020, Paris

Renseignements : contact@womentoday.fr

Certification Datadock en cours

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