20 October, 2020
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Nicole Ferroni, cheffe de file des Piquantes « J’ai toujours été celle qui sortait du cadre »

La chroniqueuse-forte tête de France Inter prend les commandes sur Téva des Piquantes, un talk-show 100 % féminin dont elle partage l’affiche avec Constance, Elodie Poux, Alexandra Pizzagali, Thaïs, Laura Domenge, Élodie Arnould, Christine Berrou et Florence Mendez. A quelques jours de la première, elle évoque cette émission, ses atomes crochus avec ses camarades de jeu et sa vision engagée de l’humour.

Pourquoi avoir décidé de lancer ces Piquantes ? Est-ce que parce que les programmations féminines sont trop peu présentes dans l’univers comique ou dans le paysage audiovisuel français ? 

Pour être complètement honnête, je n’en suis pas la créatrice. Je suis montée dans un wagon qui avait déjà été mis en route par Studio 89. C’était leur idée mais elle me va bien. Il y a certaines de mes complices que je connaissais très bien, d’autres avec qui j’ai tissé des liens grâce à ce talk-show. Et c’est davantage la qualité de ces personnes que leur sexe qui m’a motivée, j’aurais aussi bien pu mener également ce projet avec une équipe d’hommes. Quant à savoir si ces Piquantes viennent en compensation d’un manque, je ne crois pas. C’est de moins en moins le cas dans notre discipline. Sur France Inter, où je travaille, nous sommes par exemple très bien représentées. En revanche, même si je n’avais pas une volonté délibérée à la base d’être dans le féminisme militant, je pense, au regard du casting, que nous le serons. 

Vos épines vont se concentrer en priorité sur quoi et sur qui ? 

L’objectif, c’est que chacune ait son moment, que ce soit dans le fond ou dans la forme. En termes de « piquance » (rires), nous comptons l’être envers l’actualité et envers nous-mêmes évidemment. Je prône l’autodérision et je nous laisse le droit de nous tromper. Je ne veux surtout pas que l’on se lisse… 

Y-a-t-il des cousinages artistiques entre vous ou êtes-vous toutes très singulières ? 

Constance, Laura Domenge et Elodie Poux incarnent leur propos à travers des personnages, les autres font des choses qui se rapprochent plutôt du stand-up. Et pour ma part, je me réserve donc le rôle de capitaine. C’est assez effrayant pour moi d’être à cette place car j’ai toujours été celle qui sortait du cadre plutôt que celle qui le définit. Je vais avoir beaucoup de curseurs à gérer simultanément mais j’espère que cela ne m’empêchera de continuer à jouer les bouffonnes…

Piquantes, c’est une belle histoire de sororité. Est-ce une démarche que l’on rencontre fréquemment dans votre métier ? 

Oui, je ne sais pas comment ça se passe exactement chez les garçons mais je n’ai pas l’impression qu’il y ait entre nous une compétition. Au contraire, je crois que l’esprit d’amitié et d’accompagnement y est assez développé. D’ailleurs, je suis en tournée actuellement avec Laura Domenge et Christine Berrou dans Please Stand Up et nous allons être sur scène ensemble à l’heure où Piquantes sera diffusé. 

Prendre la plume, comme vous le faites sur France Inter, sur certains thèmes comme les violences conjugales, relève-t-il selon vous de l’utilité publique ? 

Plus que mes billets sur France Inter, c’est un sketch que j’avais mis en ligne en 2016 sur Internet à l’occasion la Journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes afin d’inciter à appeler le 39 19 qui a été beaucoup vu. Malheureusement, les réactions qui suivent ma vidéo sur Facebook traduisent le fait qu’on écoute les femmes victimes mais qu’on ne leur propose pas de solution d’hébergement d’urgence pour pouvoir quitter leur domicile. Alors c’est important de dire les choses et je le fais aussi en ce qui concerne entre autres la protection de l’enfance mais je regrette qu’il n’y ait ensuite pas plus de réactions politiques…

Pour vous, les actes suivent trop rarement les paroles dans ce domaine ?

Oui, je me souviens également qu’il y a quatre ans, j’avais évoqué face à Laurence Rossignol, la secrétaire d’État chargée de la Famille et des Personnes Âgées la campagne d’affichage contre le harcèlement dans les transports. Or, lire « stop, ça suffit ! » n’a jamais empêché un mec de se frotter le zizi contre vous dans les transports. Par curiosité, je m’étais intéressée au prix de ce type d’opération de communication et ça se chiffre à 50 000 euros… Est-ce qu’on ne pourrait pas mieux utiliser cette somme ? S’exprimer, c’est bien, mais être dans le concret, c’est mieux parce que c’est comme ça qu’on protège les femmes en danger…

Le 8 mars 2017, sur France Inter, vous disiez « qu’être une femme, c’est parfois être la balle sur qui on tape, sur qui on shoote, qu’on interrompt dans sa course parce qu’un mauvais joueur a décidé de l’envoyer où bon lui semble ». Les choses ont-elles évolué depuis ? 

Ce que je trouve positif, c’est que la parole se soit libérée avec #MeToo. La honte a changé de camp et il y a une notion de responsabilités des actes. On remet les victimes du côté des victimes et les agresseurs du côté des agresseurs. Ce qui est salutaire aussi, c’est que via les réseaux sociaux, les déclarations politiques peuvent recevoir une réponse argumentée très rapidement, venant notamment des associations. En revanche, c’est désespérant de constater que l’année 2019, où l’on a promulgué la lutte contre les violences conjugales cause nationale, a également été celle où l’on a enregistré le nombre-record de féminicides…

Quel est le point de vue de l’ex-enseignante que vous êtes sur ce qui serait la meilleure façon d’apprendre l’anti-sexisme à l’école ? 

J’ai eu la chance de n’avoir jamais été dévalorisée ni au sein de ma famille ni dans mon parcours professionnel et je crois que c’est parce que je suis entourée de personnes épanouies. Le premier des gestes à faire pour préserver les femmes, c’est selon moi d’entourer les gens. Il faut miser sur l’insertion, œuvrer pour la santé mentale, faire le maximum avant que les problèmes ne surviennent. 

Bénédicte Flye Sainte Marie, Women Today


En pratique : Nicole Ferroni et ses Piquantes prennent leurs quartiers sur Téva chaque vendredi soir à 22h40 à partir du 16 octobre. On retrouve aussi Nicole Ferroni tous les mercredis sur France Inter à 8h55

crédit photo Fred STUCIN-PASCO & CO-TEVA

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