26 November, 2020
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Mouvement TradWife, des femmes à contre-courant de l’Histoire

Elles clament le bonheur qu’elles ont à ne pas travailler, à chérir leur progéniture, à récurer de fond en comble leur intérieur et à obéir docilement à leur chère et tendre moitié. Mais si elles sont passéistes, les TradWives se font aussi le relais de conceptions sexistes et xénophobes. Explications.

En 2020, dans l’ère post-#MeToo, elles apparaissent comme des véritables anachronismes. Pourtant, si on ne peut pas parler de phénomène de société, les TradWives seraient plusieurs dizaines de milliers dans le monde, avec des épicentres aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, et ont déjà généré près de 20 000 publications sur Instagram. Leur mantra absolu ? Exalter les vertus cardinales de la parfaite épouse telle qu’elle s’incarnait il y a soixante-dix ans, une créature endurante capable de jouer sans répit du plumeau, de l’aspirateur et du balai afin de proposer une sweet home parfaitement entretenue – aucun grain de poussière ni linge douteux qui dépasse du panier n’est toléré-. On ne sera ainsi pas surpris que la bible de ces dames soit Fascinating Womanhood, d’Helen Andelin, un opus datant de… 1963 ! Rôle qu’elles se doivent d’endosser non pas habillées dans un bon vieux survet cosy en molleton mais en se parant de la parfaite panoplie de la fée du logis des fifties, jupe longue à taille haute, tablier vichy et brushing millimétré. Et s’il y a dans cahier des charges de la TradWife l’impératif d’être séduisante et de décharger sa masculine âme-sœur de tout souci bassement matériel, il y a aussi celui de se consacrer exclusivement à ses pénates et à l’éducation des enfants. Vade retro activité professionnelle, sans parler évidemment d’avoir un poste à responsabilités ou de se lancer dans l’entrepreneuriat. Sur leurs réseaux sociaux, essaime ainsi une flopée de devises dans le droit fil de « La place des femmes est à la maison » ou « Nous avons choisi la planche à repasser plutôt que la salle de réunion » …

La logique d’une infériorisation choisie (ou consentie) 

Non contente de lui amidonner ses chemises et de faire sans rechigner de ses marmots des bons petits citoyens élevés au grain, la TradWife doit jouir du fait d’être dominée par son mari. Et on ne vous parle pas ici de préférences ou de performances sous la couette style donjon, fouet et menottes mais bien d’un mode de vie de global. Les phrases « Elle est assez courageuse pour être « dépendante » de son mari pour de l’argent » « Votre mari doit passer en premier et il doit le savoir » « Essayer d’être un homme est un gaspillage pour une femme » comptent parmi ses mots d’ordre. La chef de file de celles qui se définissent également comme des « femmes de métier » s’appelle Alena Kate Pettitt, a 35 ans et réside à Cheltenham dans le Gloucestershire en Angleterre. Elle dit avoir été brisée par la décennie qu’elle a passée à évoluer à Londres dans le marketing et avoir retrouvé ensuite « la joie dans les tâches ménagères ». Via sa chaine YouTube qui compte un peu plus de 5000 abonnées, son blog Darling Academy qui magnifie « le meilleur de ce qui a fait la grandeur de la Grande-Bretagne » et des vidéos aux intitulés tels que « Se soumettre à mon mari comme si nous étions en 1959 », elle tente de recruter de nouvelles ouailles. Certaines périodes, comme celles du confinement qui a rimé avec retour obligé au sein des foyers, l’ont aidée dans son évangélisation domestique.

Des théories au confluent de toutes les intolérances

Tout se limiterait à un folklore un peu ridicule et daté si ces adeptes de la TradWife n’entretenaient pas fréquemment des liens étroits avec l’alt-right ou alternative right, émanation de l’extrême droite américaine qui prône le suprémacisme blanc et incite ses sympathisants à procréer au maximum pour éviter le « grand remplacement » démographique, un concept nauséabond qui voudrait que l’identité « occidentale » soit gravement menacée par l’immigration venue de pays non-européens ou non-blancs.  Habitante de l’Utah, Ayla Stewart, l’une des figures de proue du TradWife outre-Atlantique est ainsi une grande habituée de l’hashtag WifeWithAPurpose et a lancé le White baby challenge visant à encourager ses semblables à mettre au monde un maximum de bébés. Cette idéologie est aussi très proche des positions de Donald Trump, tenant du Make Traditional Housewives Great Again et se revendique naturellement comme violemment antiféministe « Nous vivons dans un totalitarisme féministe. Là où être mère est une grande étape, une étape anti- système… Donner naissance devient quelque chose d’extraordinaire, au-dessus de tout. Notre but est de ramener la femme vers son objectif initial. Choisissez la naissance plutôt que la carrière. Choisissez la famille plutôt que le féminisme » exhorte ainsi Tradition Girl alias Anastasia, sur son compte Instagram. Du côté d’Alena Pettitt, on s’inquiète des effets délétères que les luttes paritaires pourraient avoir sur le psychisme des garçons « La TradWife… rejette ouvertement le côté du féminisme qui déteste l’homme, prend une mentalité de victime en toutes choses et promeut que « l’avenir est féminin » … Comment explique-t-elle à ses jeunes fils que « l’avenir est féminin » et il n’y a pas de marches et de slogans accrocheurs pour lui ? » s’alarme Alena Pettit, toujours sur sa Darling Academy. Loin de personnifier simplement une vague nostalgique, les TradWives cachent donc sous leurs atours à la Mad Men des idéologies qu’il faut endiguer sans répit.

Bénédicte Flye Sainte Marie, Women Today

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