Mode d’emploi pour supporter les fêtes de fin d’année quand on est féministe

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Assumer sa fibre féministe n’est pas facile tous les jours mais cela peut s’apparenter à une sorte de parcours d’obstacles au moment des réveillons. Voici comment affronter cette période sans renier vos convictions.

Traditionnellement, nos réveillons sont censés représenter une sorte d’apothéose où se conjuguent les plaisirs de la table et la joie de se retrouver en famille parce que comme dit l’inénarrable Mariah Carey, qu’importent le téléviseur écran plat dernier cri et l’I Phone 12, étant donné qu’ « All I want for Christmas is you »…. Dans les faits, ces retrouvailles tant attendues nous offrent le terreau idéal pour les crises de nerfs et les prises de bec, surtout si comme vous et moi, on a une certaine fibre féministe, pour ne dire une fibre féministe certaine. Dans ces circonstances, il est en effet fréquent de rencontrer des situations et des propos qui froissent nos valeurs, au pire qui nous font complètement sortir de nos gonds. Noyer ses énervements dans beaucoup d’alcool et de foie gras, tous deux très mauvais pour les artères quand on les consomme sans modération, n’étant pas la solution, il convient de définir une ligne de conduite avant même d’arriver autour de la table/ au pied du sapin. D’abord, de s’armer d’un flegme à toute épreuve. Car même si la jauge de six adultes préconisée par Jean Castex réduit le nombre d’adultes présents autour de la table et minore en même temps que le nombre de convives la potentialité d’entendre des remarques sexistes, vous n’échapperez pas peut-être aux sempiternels refrains que certaines personnes s’empressent de vous servir ( et de vous réchauffer d’un Noël sur l’autre) telle que la bonne vieille rengaine des « féministes castratrices qui veulent éliminer les hommes/ leur faire la peau » Il convient tout d’abord d’objecter à votre interlocuteur ou interlocutrice que l’invisibilisation des femmes pendant des siècles de la sphère publique l’a visiblement beaucoup moins dérangé(e ) que cette très hypothétique disparition de la gent masculine. Avec zéro femme à la tête d’une entreprise du CAC 40 % depuis le départ d’Isabelle Kocher, directrice générale d’Engie remerciée en février dernier, une parité politique en trompe-l’œil puisque dans les faits les postes les plus élevés, selon les chiffres 2020 du Haut-Conseil à l’Egalité, y sont toujours occupés par les hommes  (ils représentent 84 % des maires, 90,1 % des présidents des conseils départementaux, 83,3 % des présidents des conseils régionaux et 92,3 % des présidents d’intercommunalité) et des salaires féminins qui sont à diplômes, compétences et volume-horaire égal 18,5 % inférieurs à ceux des hommes à l’échelle de la société, on peut pas dire que cet effacement soit très manifeste.

Tenue correcte exigée et machisme en bandoulière

Pour l’avoir vécu il y a peu, vous n’échapperez peut-être pas non plus au petit couplet « des filles/ femmes qui doivent faire attention à la façon dont elles s’habillent sinon elles ne doivent pas s’étonner ce qu’il leur arrive ». A vous alors d’expliquer que c’est faire injure aux hommes que de les décrire comme des êtres incapables de maitriser leurs pulsions, qu’un tel discours relève de la culture du viol et qu’une victime n’est jamais JAMAIS responsable de son agression. Quels que soient les circonstances et le sujet de discussion, il faut faire en sorte d’expliquer clairement et rationnellement, avec des arguments objectifs et étayés, que vos colères ne sont pas les effets collatéraux de votre hypersensibilité/ susceptibilité/ hystérie naturelle/ tempérament de chieuse ( rayer les mentions inutiles) mais des engagements justes et nécessaires. Parce qu’il/elle se base sur des préjugés, votre contradicteur ou contradictrice ne trouvera généralement rien à vous répliquer. N’hésitez à citer à faire des croquis ou à citer des études scientifiques pour les esprits les plus récalcitrants.

Quand le diable se niche sous du bolduc

Et si -bénédiction descendue des cieux en même temps que le Père Noël-vous parvenez à échapper ce type de discours qui fleure bon les archives INA époque Pompidou, il y a une autre épreuve, de niveau quasiment olympique, à négocier : l’ouverture des cadeaux.  Comment réagir si votre cher et tendre vous offre fièrement un aspirateur sans sac à moteur numérique ? Ou si votre mère, qui s’enorgueillit pourtant d’avoir hissé les banderoles à l’époque du MLF dans sa jeunesse vous gratifie d’une superbe centrale vapeur? Faites alors le choix soit de demander le ticket de caisse pour l’échanger ou proposez dans votre grande magnanimité de céder le fameux fer à repasser à quelqu’un qui aurait bien besoin de se familiariser avec cet objet. Par exemple, votre beau-frère, A., vous savez celui qui ne supporte le moindre faux pli sur ses chemises mais qui n’a jamais approché ce type d’appareil à moins d’un mètre, comme s’il s’agissait d’un rottweiler qui risque de le mordre. Enfin, n’hésitez pas à faire preuve de surdité sélective, si Papa ou Beau-Papa vous encourage à aller débarrasser les assiettes en compagnie de Maman/ Belle Maman et de vos sœurs/belles-sœurs et à lui ramener un petit verre de digestif. Et s’il vous demande pourquoi vous ne vous levez pas, étonnez-vous innocemment que lui, ce fringant sexagénaire classé 15/4 au tennis, soit aussi toujours assis. Joyeux Noel à tous !

Bénédicte Flye Sainte Marie

Depuis plus d’un an, Women Today, (ex-Sarasvatî) et sa Lettre des femmes hebdomadaire explorent toutes les facettes du féminin et du féminisme. Donnent la parole à celles et à ceux qui misent sur la réflexion, plutôt que sur la division, pour éveiller les esprits, faire avancer la parité et reculer les inégalités.

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