Ménopause : levons le tabou

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C’est en réalisant un podcast sur la ménopause que je me suis rendue compte que ce sujet était encore tabou. Pour moi, pour les femmes que j’ai interrogées, pour celles qui l’ont écouté. Mais grâce aux réseaux et à la libération de la parole féminine, cette étape de la vie devient moins mystérieuse et mieux acceptée.

Il n’y a pas si longtemps, quand une adolescente découvrait ses premières règles, elle recevait une gifle pour célébrer son entrée dans la féminité. Une gifle, symbole lourd même si cette gifle se devait d’être la dernière puisque la petite fille était désormais devenue femme. Quelques années plus tard, à la disparition de ses règles, la femme devrait donc dire adieu à sa féminité ? Et en plus, discrètement, sans se plaindre des effets secondaires qu’elle traverse, sans en parler autour d’elle, ni en famille, ni au travail.

Je commence par ce résumé caricatural pour montrer comment chacune, moi la première,  se débat contre des idées fausses, et ce depuis des générations : la femme ne serait une véritable femme que quand elle est mère, puis grand-mère. On cite souvent le « on ne nait pas femme, on le devient » de Simone de Beauvoir, mais elle a aussi écrit cette phrase lumineuse : « la biologie n’est pas un destin ».  Phénomène naturel, la ménopause nous ramène pourtant soudain à notre nature. Celle-là même qui a voulu que nous souffrions de notre capacité à procréer : douleur des règles pour beaucoup, douleurs de l’accouchement pour d’autres, puis effets secondaires de la ménopause, au moment même où nous croyons pouvoir enfin souffler un peu.

Se plonger dans le thème de la ménopause, c’est remettre nos lunettes de genre pour découvrir à quel point notre société influence l’image que nous avons de nous-mêmes, mais aussi que nous connaissons encore mal notre propre corps… 

La première révolution féministe des années 70 s’est occupée du plus urgent : la contraception et l’avortement libres et gratuits. Soit-disant, le gros du travail avait été fait, les femmes avaient ainsi conquis le plus important en ce qui concernait leurs corps. Evidemment il restait encore beaucoup de pain sur la planche. Une génération plus tard, les nouvelles féministes, tout aussi combattives que leurs aînées, ont su s’emparer de nombreux sujets, dont le corps féminin. 

Et lorsqu’Internet est né avec le 21ème siècle, il est devenu un outil essentiel du déploiement de la parole féminine à grande échelle. Des tabous se sont levés peu à peu. Violences conjugales, viols, harcèlements, et tout récemment encore inceste. La ménopause peut sembler un combat minime par rapport à ces sujets majeurs. Il ne sert à rien de manifester dans la rue contre ce phénomène bien naturel. Il n’y a pas de coupable à blâmer. Il suffit de libérer la parole : entre copines, entre mère et fille, chez le/la gynécologue – même s’il y a de moins en moins de gynécologues – chez le/la médecin généraliste, qui s’y intéressera si c’est une femme, moins si c’est un homme, sauf s’il s’appelle Martin Winckler*. 

Et quand une parole se libère sur les réseaux, dans les blogs, les forums, les médias en ligne, les podcasts (lieu idéal de la parole intime), elle s’impose dans les médias dits traditionnels. Le mouvement est inexorable. Je reste étonnée du nombre de personnes qui réagissent à mon podcast sur la ménopause en me remerciant de « lever un tabou ». Or le véritable tabou n’est pas la ménopause mais la manière dont on considère l’entrée des femmes dans la vieillesse. Dans une civilisation atteinte de jeunisme, le vieillissement n’est pas sexy.

Dans une société emportée par la vitesse, on cherche des solutions rapides et efficaces. Or chaque femme vit cette étape différemment, les symptômes ne sont pas les mêmes pour toutes. Il faut trouver ses solutions personnelles dans la jungle des informations et des conseils. Il existe des hormones de synthèse qui permettent de lutter contre les effets secondaires, mais aussi des solutions naturelles à base de plantes qui donnent l’impression de revenir à des remèdes de sorcières. A chacune de faire sa petite cuisine. Car il n’existe pas encore de médicament pour éviter l’effet secondaire de la ménopause sociale, la lente mise à l’écart des femmes vieillissantes.

La solution est là encore dans la parole partagée, dans la sororité, par une réponse collective et non individuelle. Sans oublier l’humour, politesse du désespoir qui nous offre la distance nécessaire pour affronter chaque grand changement de la vie. A vrai dire, j’ai hâte que Virginie Despentes ou Blanche Gardin soient ménopausées, elles trouveront sûrement elles aussi des mots forts ou drôles ou énervés, ou les trois en même temps, pour parler de cette étape fondamentale de la vie féminine.

Valérie Ganne

Podcast Bouffées de chaleur sur Arte Radio

*Martin Winckler, C’est mon corps (2020, L’Iconoclaste)

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