Marie-Amélie Le Fur « Le sport a été pour moi un moyen de me sentir bien dans mon handicap »

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Triple médaillée d’or olympique, détentrice de quatre titres mondiaux, cette sprinteuse et sauteuse en longueur au palmarès d’exception qui prépare les JO qui auront lieu l’an prochain à Tokyo est aussi la présidente très engagée du Comité paralympique et sportif français. Au centre d’un documentaire Championnes handisport : les combattantes de l’impossible diffusé sur Téva, elle nous fait part de ses actions et projets pour favoriser la pratique du handisport dans l’Hexagone, notamment chez les jeunes filles.

Comment s’est décidée votre participation à ce film ? Est-ce qu’il avait un souhait de sensibiliser le public, au-delà de retracer vos carrières respectives ?

Oui, effectivement. Il est né d’un contact entre Lisa Monin, qui en est l’une des réalisatrices, avec le comité paralympique français. Outre nos quotidiens de femmes parasportives, sa volonté est d’évoquer le chemin que nous avons parcouru et la construction de nos vies personnelles et professionnelles.

Connaissez-vous la judokate Sandrine Martinet et la nageuse Solène Sache qui sont également en exergue dans celui-ci ? Quel regard portez-vous sur leurs itinéraires et leurs performances ?

Avec Sandrine, il y a une proximité qui s’est installée au fil des rencontres. C’est quelqu’un que je côtoie depuis longtemps et que j’apprécie beaucoup. Je connais moins Solène, qui n’a que dix-sept ans mais nous avons déjà eu l’occasion de nous croiser sur certains événements et de discuter. La transmission est justement au cœur de ce documentaire, c’est une ouverture sur le champ des possibles et une façon de montrer le rôle que peut avoir le sport. Cela donne à celles et ceux qui sont concernés une nouvelle forme de modèle.

Chez les sportifs de haut niveau valides, il existe encore des grands écarts de salaire entre hommes et femmes. Observe-t-on cela également dans le handisport ?

J’ignore quelles sont les disparités chez les valides et je ne sais pas si on peut mettre en parallèle les deux situations. Qu’on soit championne ou champion paralympique, on rencontre des grosses difficultés pour trouver des financements à la hauteur de son investissement sportif, d’autant que le matériel coûte cher…

Y-a-t-il un déficit de médiatisation les concernant ? La pilote de voltige Dorine Bourneton, que j’ai interviewée récemment, m’expliquait que c’était souvent plus difficile pour elle d’avoir de la visibilité par rapport à des personnalités masculines comme celle de Théo Curin…

Théo Curin a pour lui l’argument de la jeunesse. Pour ma part, je n’ai pas eu l’impression de subir cette double peine. C’est peut-être plus vrai quand on évolue comme Dorine dans une discipline qui est mineure en termes d’exposition médiatique. Quand vous faites du tennis de table ou de canoé, vous avez moins « d’accroche ». Mais je ne crois pas que ce soit lié au sexe.

Me confirmez-vous en revanche que les filles handicapées accèdent moins à la pratique sportive que les garçons dans la même situation ?

L’offre dont elles disposent est la même mais c’est vrai qu’on a moins de pratiquantes. Au sein du public jeune, on a un décrochage chez les jeunes filles parce que le rapport au corps, qui est compliqué en général chez les adolescentes, l’est encore davantage chez celles qui sont handicapées. Les institutions doivent jouer un rôle d’incitation mais cela incombe aussi à la famille et aux médecins. Il faut qu’il y ait une complémentarité des acteurs. Quand on est parent d’un enfant en situation de handicap, on se pose beaucoup de questions, on a peu de lisibilité. Nous devons donc rassurer, donner des clés et proposer des solutions de proximité sinon au bout d’un certain temps, les parents lâchent prise…

En tant que présidente du Comité paralympique et sportif français (CPSF), y-a-t-il des décisions que vous prenez spécifiquement pour le sport au féminin ?

Non, nos mesures ne sont pas genrées en tant que telles mais dans l’opération La relève, programme de détection des hauts potentiels sportifs que nous relançons, nous portons une attention toute particulière aux candidatures des filles. Le sport a été pour moi le moyen de me sentir bien dans mon handicap, de prendre confiance en moi et conscience de moi. Il faut donner cette opportunité à d’autres.

Rencontre-t-on chez elles chez les sportives handisports des croyances limitantes ?

Oui, il y beaucoup d’autocensure chez elles. C’est pour cela qu’il est indispensable d’intervenir là-dessus, de lever le plus grand nombre de freins afin de créer des cercles vertueux. Au-delà de la simple accessibilité des espaces sportifs, cela veut dire qu’elles doivent disposer d’encadrants habilités à les entrainer et d’infrastructures équipées en conséquence. Il ne faut plus qu’elles puissent se dire « le sport, ce n’est pour moi parce que je suis handicapée ». Ça vaut également pour le handicap mental ou si l’on est tétraplégique. C’est ce que l’on train de dimensionner à travers la conception de la plate-forme Trouve ton sport, un outil qualificatif qui orientera la personne vers une pratique sportive en fonction de son profil et lui indiquera quels sont les clubs para-accueillants près de chez elle. On souhaite intervenir sur l’offre sportive pour pouvoir susciter le déclic de la demande !

Dans le handisport, la maternité est-elle un obstacle supplémentaire pour réussir ?

Non, c’est moins discriminant que chez les valides car nous avons des carrières plus longues. Néanmoins, la recherche des partenaires est encore plus difficile. Moi, j’ai la chance qu’aucun des miens ne m’abandonne pendant mes deux grossesses.

Observez-vous actuellement des signaux encourageants dans ce domaine ?

Au-delà des travaux que nous sommes en train de mener, je suis heureuse que les personnes handicapées aient eu la possibilité de continuer à faire du sport pendant le deuxième confinement. Je suis également satisfaite des communications gouvernementales faites sur le lien entre le handisport et l’Éducation Nationale. Car le sport pour les enfants en situation de handicap doit aussi pouvoir avoir lieu sur le temps scolaire, Il faut que demain tous les professeurs soient formés aussi pour accompagner les paras, qu’ils puissent individualiser le matériel et les consignes. Ce n’est pas une bonne option qu’ils soient systématiquement dispensés !

Bénédicte Flye Sainte Marie

En pratique : Le documentaire inédit Championnes handisport : les combattantes de l’impossible de Lisa Monin et Sébatien Daguerressarest diffusé le mercredi 2 décembre à 20h55 sur la chaine Téva

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