Mais que penser du « cas » Ernest ? Harcèlement, à l’école… et ailleurs, détricotage

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La capacité à harceler n’est-elle pas le comportement humain le plus nécessaire et naturel qui soit ?

Avant de nous émouvoir et de réclamer un flacon de sels, remontons un peu le temps…

Il était une fois un petit d’homme appelé Ernest. À sa naissance, il se trouve tout à fait dépendant et démuni, nu et affamé. Pour assurer ses besoins vitaux, (de propreté, température, nourriture), mais aussi d’interaction et chaleur humaine : en un mot, sa survie, il n’a qu’une solution.

Le « harcèlement », en priorité, de l’humain le plus proche, celui qui l’a mis au monde.

Objectivement, sa seule chance de survie c’est sa capacité à attirer l’attention sur lui en fonction de ses besoins.

Réussir à exister pour autrui.

Réussir à « prendre le pouvoir » sur « un autre » celui, en l’occurrence capable de combler ses besoins.

Il lui faut pour cela, du fond de son berceau, attirer, accaparer l’attention, afin de ne pas finir oublié, délaissé, et de ne pas risquer de mourir, dans le pire des cas.

Ernest a donc besoin d’être pris en compte, d’être reconnu par les autres humains, enfin de se créer une place, c’est indispensable pour assurer son existence dans la tribu.

Pour sa nécessaire survie, tout vulnérable qu’il soit au fond de son berceau, il dispose, et heureusement, d’un outil extraordinaire, ses cris et vocalises.

Ceux-ci sont redoutables aux oreilles de ses parents. N’est-il pas acté, aujourd’hui, que ses cris activent chez ses parents des conflits cognitifs, des pulsions irrépressibles qui les poussent à se précipiter vers lui ?

Voici la première forme de « harcèlement » (indispensable) à laquelle va se livrer Ernest.

Jour et nuit s’il le faut, il va obliger ses parents à s’occuper de lui. Il lui est nécessaire de développer cette puissance, ce pouvoir sur autrui !

Il est impératif qu’il soit capable de soumettre cet « autre » à ses demandes. Ça lui est indispensable pour sa sécurité, pour exister, et rester en vie.

La plupart du temps, cette « soumission » exigeante du parent aux appels de sa progéniture, se passe sans difficultés, même si parfois les parents en question trouvent cela bien épuisant !

Dans la plupart des situations, ceux-ci s’arrangent même pour devancer tous les besoins de leur petit, afin de lui éviter d’être obligé de se manifester, et lui rendre ainsi la vie la plus douce possible.

Car ils Aiment (grand A), leur nourrisson braillard. Ils ne veulent que son bien, et tout se passe à merveille. L’amour étant cet ingrédient merveilleux qui permet aux parents de vivre tout ceci d’une manière légère voire merveilleuse.

Cela n’empêche pas le schéma précité d’exister, et, en l’absence d’amour, d’être vital.

Lorsqu’il a réussi à passer cette étape cruciale pour sa survie, Ernest va se retrouver en communauté, dans une crèche par exemple, et va continuer à essayer d’attirer l’attention des adultes, et, même s’il découvre de l’intérêt dans les échanges avec ses pairs, il pourra amener violemment les autres à la satisfaction de ses besoins, voire de ses envies.

Même situation dans la cours des petits à l’école… Et pour cela, il se dirigera vers celui le plus à même d’être manipulé, pour X raisons, et il ressentira intuitivement cela.

L’éducation lui montre et lui apprend autre chose. L’éducation lui fait découvrir le « commun », le collectif.

Il apprend, avec le temps, qu’il n’est plus si vulnérable, et l’éducation lui fournit d’autres modèles, lui fait apprécier d’autres comportements, d’autres types de relations que la seule dépendance à ses propres besoins.

L’éducation lui permet de découvrir l’existence et les besoins d’autrui, et les lui fait prendre en compte.

Normalement, il apprend l’empathie et il apprend à vivre d’autres satisfactions, comme celle de combler à son tour les besoins ou désirs d’autrui. Hélas, tout ne se déroule pas toujours ainsi.

Le harcèlement pourrait se résumer à cette formule :

Je veux que tu combles mes besoins (réels ou imaginaires), mes manques, et je suis prêt à tout pour cela. Je peux avoir un comportement sur le mode du dialogue, sur le mode de la séduction, sur le mode

autoritaire, et si je ne sais pas comment faire, je suis prêt à te harceler de la manière la plus violente qui soit.

Pour combler ma soif de reconnaissance, mon besoin d’exister, soit à tes yeux, (toi que je harcèle) soit aux yeux de mon « public » (les autres qui me suivent dans mon comportement de harceleur) je suis prêt à tout.

D’une façon ou d’une autre je suis avide de me faire remarquer*, de dominer, plus que d’autres, car j’ai une peur (enfouie) fondamentale de ne pas avoir d’existence.

( *ceci hors pathologie particulière )

Le plaisir que j’y trouve, peut, mais n’est pas nécessairement, pervers, contrairement à ce que l’on peut penser.

Ce n’est pas forcément de te faire souffrir qui m’intéresse, juste d’en tirer une gloire suffisante pour moi- même. Cela dit, ton sort m’est relativement indifférent. Je te réifie pour parvenir à mes fins… Ce n’est pas beaucoup plus glorieux.

Ai-je rencontré des difficultés pour que mes attentes de nourrisson, lorsque j’étais si vulnérable, soient comblées ? Et j’ai besoin sans arrêt de rejouer des scènes dans lesquelles j’exerce ma puissance et j’attire l’attention ?

Ai-je au contraire été sur-valorisé, mis sur un piédestal durant mes jeunes années, n’ayant aucun effort à faire pour avoir une reconnaissance absolue de mon entourage ? Est-ce, ce pouvoir absolu que je recherche mais que je ne retrouve plus, spontanément à l’extérieur, noyé dans la masse, d’autre que mes parents n’ayant aucun motif pour être en adoration devant moi ? Ai-je alors absolument besoin de m’aliéner l’autre pour me sentir exister ?

Ou mes exigences exacerbées ont-elles germé autrement ?

Si les comportements de harcèlement se ressemblent, les chemins qui y mènent sont tous différents.

Ernest est prêt à tout pour remplir le vide (qui peut être vertigineux) ou évacuer la rage, la frustration, qu’il ressent à l’intérieur de lui-même (s’il n’a pas pu/su remplir le vide autrement, ou exprimer ses colères d’une autre façon). Quelle sera sa proie ? Que va-t-il trouver à lui reprocher ? Ceci est un autre versant du problème.

Nous observons Ernest grandir et le voyons adolescent vouloir s’attaquer à un « autre ».

Mais le harcèlement, destiné à combler le vide, se retrouve ailleurs qu’à l’école et les mécanismes de base sont analogues, même si peu à peu les enjeux de départ sont oubliés. Il reste le besoin d’être valorisé, d’exercer sa puissance, d’exister aux yeux d’autrui, tout simplement d’être reconnu.

Il y a peu, l’on me relatait le comportement abusif d’une dame un peu âgée envers ses enfants et en particulier envers sa belle-fille. Regardons derrière le rideau.

En analysant ses commentaires et sa manière de vouloir dominer sa tribu, ce qui (entre nous) s’apparentait à du harcèlement en bonne et due forme, on s’aperçoit que ce que la dame est incapable d’exprimer, que son besoin fondamental est :

« J’ai passé ma vie à élever mes enfants, je n’ai aucun autre réel centre d’intérêt dans ma vie, je voudrais être reconnue pour cela, j’ai besoin d’être complimentée, admirée, et comme je n’ai pas ces satisfactions, je passe mon temps en une communication biaisée, faite de jérémiades, de chantage affectif, de réflexions cinglantes, parfois de maladies. J’ai besoin de prendre un pouvoir démesuré et de soumettre mon entourage pour remplir mon vide intérieur, pour exister, être reconnue et être considérée, même si c’est en

« négatif »…

Il ne faut pas oublier qu’une des clefs très importantes, qui maintient l’humain en vie, c’est de se sentir utile !

Le harcèlement c’est aussi : faute de pouvoir être aimé, je préfère être craint.

La peur est un pouvoir puissant sur autrui n’est-ce pas ? Revenons à notre question de départ :

Le harcèlement n’est-il pas le comportement humain le plus nécessaire et naturel qui soit ? Peut-être, durant les 3 premiers mois d’existence !

Heureusement l’éducation intervient, et fait l’humain.

Ensuite, contrairement à une relation « pathologique » dans une relation saine et harmonieuse, avec des personnes bien équilibrées, il n’y a pas de harcèlement. Les « besoins » des personnes sont moins criants, car elles ont su créer du « plein » à la place du « vide » par elles-mêmes.

Le vide, la demande d’attention, les nécessités et désirs sont comblés sans difficultés dans le respect et le dialogue.

Est-ce à dire que chez les harceleurs, il y aurait des réminiscences du statut de nourrisson ?

Nous sommes tous différents. À éducation et soins similaires, développements différents. Il n’y a aucun automatisme dans ces relations de causes à effets. Tant de facteurs viennent moduler et enrichir une personnalité !

Rien de systématique, et rien, ici, à caricaturer.

Et ne vous méprenez pas ! Quoi que j’aie écrit :

Il ne s’agit en AUCUN CAS, JAMAIS, d’excuser quoi que ce soit, ni qui que ce soit.

Mais d’analyser dans le but unique, non pas de combattre le harcèlement, mais de l’éradiquer.

Harceler, c’est provoquer, pour faire agir l’autre dans le sens où je le veux. Soumettre pour ainsi dominer, et exercer ma puissance, mon pouvoir…

Harceler, étymologiquement c’est : provoquer, exciter quelqu’un pour l’excéder ; presser quelqu’un d’agir ; soumettre (l’ennemi) par de petites attaques réitérées.

Mon principe pour l’école ?

Lever le voile. Une fois que le voile est levé, agir :

Non pas en fonction d’un quelconque appel à la morale ou à la bienveillance.

Non pas en agitant la menace de sanctions

Le besoin à combler, chez les adeptes du harcèlement est trop important, la satisfaction qu’ils en retirent est supérieure à la peur des sanctions et ils sont de ce fait, hermétiques à l’appel de la morale ou de la raison…

De plus, ces manipulations exercées sont en deçà de la conscience. Le haceleur est lui-même ignorant des moteurs qui le font agir.

Il faut tout simplement regarder derrière le rideau, mettre en lumière les schémas de base de ces manipulations et leurs motivations, les sortir au grand jour publiquement (au sein d’une classe par exemple), avec, en ce qui concerne les enfants, des symboles, des images et des techniques simples et ludiques…

Non pas de grands discours théoriques comme celui-ci !

Et surtout, rien ne sert d’humilier l’ennemi, c’est pourquoi il faut agir très tôt, avant que quelque enfant que ce soit n’ait eu le temps de se transformer en tortionnaire.

Il est juste nécessaire de traiter les 3 pans du fléau, le harceleur, le harcelé, et l’écosystème qui peut permettre au harcèlement d’exister, le tout, en amont.

C’est ce que j’appelle la méthode du détricotage. Elle sert à rendre le harcèlement : Marmiteux ! Et merci à Ernest de s’être prêté à cette démonstration !

Marianne Delalande, Auteure – Enseignante – Psycho-Praticienne- Spécialisée dans la lutte contre le harcèlement.

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