5 December, 2020
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Les violences économiques

Il existe les violences physiques, sexuelles, verbales, mais aussi les violences économiques.

  • Comment définir la violence économique ?

Il s’agit d’une forme de violence conjugale des plus méconnues. 

Comme les autres formes de violences conjugales, la violence économique s’installe progressivement. Au début de la relation, très souvent, l’auteur de cette violence laisse la femme avoir accès au compte joint mais gère en exclusivité, sous prétexte de l’aider. Mais le véritable objectif est de retirer à sa femme toute possibilité d’indépendance financière. 

Puis, le conjoint violence, rabaisse l’autre conjoint sur sa capacité à gérer les finances du couple, sur ses connaissances en gestion des finances. Il ne donne aucune information sur la situation financière familiale véritable : il solde des comptes en banques, procède à des placements, contracte des dettes, emprunts. 

La victime commence à faire attention à ses habitudes de consommation et perd toute confiance en elle. 

Le conjoint met la victime dans une situation financière précaire, n’hésite pas à contracter des dettes conjointement, prend le contrôle total de la gestion des finances, ou au contraire lui laisse le contrôle dans le but qu’elle commette des erreurs. 

Pire encore, l’auteur peut déterminer lui-même la façon dont les dépenses communes vont être réparties. 

La victime se sent humiliée, doute de ses capacités face à l’argent et finit par lui laisser gérer les finances. 

Le conjoint violent trouve des excuses pour expliquer son attitude, en expliquant que c’est pour le bien du couple. 

La victime en arrive à croire qu’elle est responsable de la situation financière du couple et pense qu’elle est incapable de s’en sortir seule. 

Cette violence économique est très grave, l’argent est utilisé comme moyen de pression par les conjoints violents dans tous les foyers, même si les victimes travaillent. 

Les violences économiques visent à priver la victime de toute autonomie financière. 

  • Comment déceler les signes ? 

Plusieurs méthodes sont mises en place : confisquer les moyens de paiement, gérer seul le patrimoine familial, interdire à la conjointe de travailler. 

L’auteur de violences économiques peut commencer par réaliser des opérations bancaires importantes sans consulter sa conjointe ou exiger des justificatifs de ses dépenses, ne donner qu’un montant minime par semaine ou par mois. 

Cette situation qui est très brutale, accentue l’isolement et l’endettement, qui rend difficile pour ces femmes de sortir de l’emprise et de s’échapper – sans carnet de chèques, sans carte bancaire, sans code d’accès, sans revenus.  

  • Comment se protéger des violences économiques ? 

Quelques conseils : 

Pour préserver son autonomie financière, une femme doit verser sur son compte courant personnel son salaire  si elle travaille et ne pas mettre tous les revenus sur un compte joint (elle n’a pas à demander l’autorisation à son conjoint). 

Si elle ne travaille pas, il faut impérativement qu’elle ait accès au compte joint et qu’elle possède une carte bleue à son nom. 

Les achats pour le foyer doivent être décidés à deux et non par l’auteur des violences. Ne surtout pas accepter des remarques telles que « tu n’as pas ton mot à dire, c’est moi qui décide ».

Une femme doit pouvoir avoir accès aux revenus communs, aux documents administratifs (avis d’imposition) et aux dépenses, ce qui lui permettra de repérer des dépenses anormales comme le jeu, la drogue, l’alcool, les sorties etc. 

Une femme n’a pas à rendre des comptes sur ses dépenses et n’a pas à accepter de demander de l’argent à son conjoint pour ses achats personnels et ceux de ses enfants. 

Elle doit également exiger le versement sur son compte des allocations familiales. 

Je ne saurais trop vous alerter sur le fait qu’il faut être très prudent avant de signer des papiers émanant d’une banque (assurance vie, contrats..) sans les consulter attentivement. 

De même, il est impératif de faire figurer votre nom sur le contrat de bail si vous êtes en location, et de figurer sur l’acte notarié si vous avez acheté un bien immobilier ensemble. 

Si vous n’êtes pas vigilante dès les premiers signes, il vous est difficile de sortir de l’emprise et de partir même si vous le souhaitez…

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  • Qu’est-ce que l’emprise ? 

Ces violences économiques installent une stratégie qui vise à dévaloriser, à priver la conjointe de toute autonomie et la convaincre de son infériorité. 

L’alternance de hauts et de bas permet à l’époux manipulateur de l’isoler, d’imposer le silence en rendant l’autre responsable de tout ce qui arrive et de le faire culpabiliser.

Bien évidemment, il va utiliser les enfants pour faire du chantage. 

La victime de violences économiques minimise, perd confiance en elle, a honte de la situation dans laquelle elle se trouve, culpabilise dès qu’elle fait  un achat, a peur des représailles. 

Se libérer de l’emprise est long et ne peut se faire facilement si la victime ne se confie pas. Il faut parler de ces violences qui se sont installées au fil du temps et qui ne permettent plus d’esprit critique tant l’auteur va utiliser des messages contradictoires. 

L’argent est un moyen de pression utilisé par les conjoints violents, même après la séparation. 

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La violence économique a longtemps été considérée comme normale. 

Le Code civil napoléonien de 1804 apparentait le mariage à une forme de mise sous tutelle pour la femme, qui était sous la domination de son mari. Les femmes n’avaient quasiment pas de droits.

Il a fallu attendre la loi du 13 juillet 1965 pour que des changements interviennent : une femme peut ouvrir un compte bancaire en son nom propre et sans l’accord de son mari. Elle peut aussi travailler sans le consentement de son épouse. 

Il faudra attendre la loi de juin 1970 pour que la notion de « chef de famille » soit supprimée et que l’égalité des époux face aux responsabilités parentales soit consacrée. 

Malgré cette évolution, la domination masculine reste très forte. La société doit prendre conscience de la gravité de la situation et intégrer le fait qu’il n’y a pas de violences acceptables et qu’elles sont toutes dommageables ! 

Aujourd’hui encore, il y a cette idée que cette violence n’en est pas une et que le comportement du mari se justifie, qu’il agit dans l’intérêt de la famille. 

Toutefois, être violent – quelle que soit la forme de violence exercée – revient à mépriser l’autre, au point de nier son existence. 

L’idée de l’auteur de ces violences est de maintenir un pouvoir, un contrôle sur la conjointe et de l’empêcher d’agir. 

Ces violences économiques ne doivent pas être minimisées et tous les professionnels doivent être sensibilisés à cette forme de violence insidieuse et dangereuse.

Janine Bonaggiuntaavocate au Barreau de Paris

Janine Bonaggiunta s’est distinguée dans de nombreux dossiers emblématiques devant la Cour d’Assises (affaires Valérie BACOT, Stéphanie BURDIN, Alexandra LANGE, Jacqueline SAUVAGE).

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