Les plus beaux combats sont ils perdus d’avance ?

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Une rencontre, une lutte et une opposition

Ne pas gagner, être vaincu, abandonner, se soumettre, renoncer, autrement dit Perdre, avec un grand P, cela n’est jamais plaisant. La nature même de l’individu est construite pour gagner. C’est tout petit que l’on apprend à vaincre l’adversaire, dans un jeu de société ou en s’amusant à chat perché pendant la récréation. Celui des enfants qui tire la courte paille pour savoir qui fera la vaisselle sera le looser du soir. Le sportif n’est pas là pour participer mais pour gagner. Le politique n’a aucune envie d’être dans le camp des vaincus.

 L’idée de perdre nous est déjà difficilement acceptable. Alors oui, certains vont nous expliquer qu’ils ne s’avouent jamais vaincus après un combat car ils préfèrent renoncer avant même le commencement pour ne pas avoir à se relever de l’échec qui leur semble inéluctable. L’évitement en stratégie de vie. Heureusement que nos anciens ne se sont pas couchés de la même manière devant les dictatures et ont lutté au péril de leur vie pour une cause qui leur semblait plus importante que leur échec individuel.

 Interrogeons le mot ; qu’est-ce qu’un « Combat » ?  Sa définition s’articule autour de 3 synonymes : une rencontre avec un adversaire, une lutte et une opposition. Je vous propose de nous promener au gré d’illustration de ces 3 expressions.

 Cette question étant un sujet grave, je me suis dit que j’allais plomber l’ambiance en me lançant dans l’exercice de ce propos. Alors pour retenir vos souffles et attention, j’ai eu envie de venir taquiner quelques supporters lecteurs, en observant une « rencontre avec un adversaire » qui m’a beaucoup amusée l’an dernier. Une équipe barcelonaise entre sur le terrain contre le PSG avec toutes les statistiques contre eux ! Jamais une équipe qui a subi un 4-0 à l’aller n‘a réussi à l’emporter !! Les sondeurs sont formels, autant jeter les crampons !! Mais ce soir-là, ils sont portés par leur public, leur foi, ils sont animés par la force de celui qui se lève parce qu’il n’a rien à perdre et tout à gagner ! Ils donnent tout ! Je vous rappelle le score ? 6-1. J’imagine certaines larmes rejaillir dans les yeux de quelques lecteurs… Dans cet exemple, le combat a lieu entre deux équipes adversaires. Je n’aurai pas l’indélicatesse de vous demander s’il s’agissait de ce qu’on peut appeler un « beau combat » mais nous avons un premier élément de réponse.

 Penchons-nous maintenant sur les combats qui ont été portés et gagnés pour des causes. Afin de nourrir ma réflexion, j’ai relu quelques documents sur l’histoire du droit de vote des femmes. C’est avec stupéfaction que j’ai redécouvert l’énergie déployée par les suffragettes. Ces femmes n’ont eu recours qu’à des modes d’action fondés sur la provocation. Elles rompent avec la bienséance qui domine jusqu’alors. On assiste à une véritable guerre d’usure entre ces combattantes et les forces de l’ordre. N’oublions pas qu’à l’époque l’homme est chef de famille, « quand le coq parle la poule se tait ».

C’est grâce à ce qu’elles avaient semé que ces françaises d’après-guerre se sont mobilisées autour de ce projet. Nos arrière-grands-mères n’ont rien lâché en 1944 ! Elles entrent en résistance, s’opposent et gagnent le droit de compter dans les élections. La victoire de ces héroïnes a été le limon d’un autre combat très important.

En effet, trois décennies se passent et « 343 salopes » éditent un manifeste dans lequel elles ont eu le courage d’affirmer « je me suis fait avorter ». Un an plus tard, quand Marie-Claire a recours à l’IVG à 16 ans après un viol, elle est trainée devant les tribunaux avec sa mère et trois femmes qui l’avaient aidée. La jeune fille est acquittée. Le monde commence enfin à changer. Remettons-nous dans le contexte de l’époque. L’Hémicycle est encore loin de voir la lorgnette du reflet de la parité.  Aussi, quand Simone Veil met sur la table le droit à l’avortement, le combat semble perdu d’avance. On assiste à une véritable levée de boucliers des hommes, de l’Eglise et d’une certaine opinion publique. Il fallait de l’audace, du courage, et une conviction sans faille pour oser imaginer gagner.

Autre lutte exemplaire, celle contre la ségrégation raciale : à mon sens l’un des plus beaux combats ! S’il avait été perdu d’avance dans la tête de ceux qui l’ont porté, comment Rosa Parks aurait trouvé la force en 1955 de refuser sa place à un passager blanc dans l’autobus ? Comment Martin Luther King aurait lancé une campagne de protestation de boycott contre la compagnie de bus pendant 380 jours ? Ce combat est mené pour un nouveau projet de société, il a du sens à leurs yeux.

De la même manière, ce sont les mots prononcés par Monsieur Badinter qui ont permis la victoire de « l’abolition de la peine de mort ». Et croyez-moi chers lecteurs, cette bataille semblait perdue d’avance pour de nombreux commentateurs de l’époque, au regard des sondages qui circulaient sur le sujet. Il a fallu la force d’un homme et le courage de ses mots, pour que l’Assemblée Nationale fasse gagner la voix de l’humanisme. C’est une longue marche qui a été gagnée en 1981.

 Mais restons vigilants, car tous ces combattants qui se sont levés pour faire grandir notre Humanité, toutes ces affaires qui ont élevé les débats de notre société – Dreyfus, les journalistes de Spotlight, Andrew Beckett, l’Abbé Pierre, Simone de Beauvoir et j’en passe -, toutes ces femmes et tous ces hommes qui ont dit non devant la défaite assurée, nous ont transmis le devoir de préserver les nouveaux droits qu’ils ont permis d’acquérir. A observer le recul sur les droits des femmes ou le rejet violent de l’homosexualité dans certains pays, je me dis que nous ne devons pas baisser la garde !

En cette période post-électorale, je ne peux passer sur un tel sujet sans rappeler qu’un combat ne nécessite pas forcément la prise d’armes, mais que l’affirmation de sa liberté au quotidien passe déjà par l’exercice d’un droit qui nous a été si difficile de gagner, celui de voter. Voter contre la haine et la bêtise, voter pour rester libre. Comme disait La Boétie en parlant de nos ennemis, « Ils ne sont grands que parce que nous sommes à genoux ». Il n’y a que les combats que l’on ne mène pas qui sont perdus d’avance.

Elvire del Fondo

Depuis plus d’un an, Women Today, (ex-Sarasvatî) et sa Lettre des femmes hebdomadaire explorent toutes les facettes du féminin et du féminisme. Donnent la parole à celles et à ceux qui misent sur la réflexion, plutôt que sur la division, pour éveiller les esprits, faire avancer la parité et reculer les inégalités.

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