Les femmes, parents pauvres de la retraite

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La France mauvais élève de l’égalité femmes – hommes : s’il existe une inégalité criante c’est bien celle de la retraite.

Certes les règles de constitution de droits à la pension sont identiques : même règles de calculs, même durée de cotisation, même âge légal pour le départ en retraite. Mais en fin de compte, le montant de la pension est notablement en défaveur des femmes.

Les portes du paradis ou de l’enfer ? La retraite est un « âge d’or auquel les Françaises se préparent avec inquiétude », selon une étude réalisée par Odoxa auprès de plus de 3.000 Français pour Groupama. Un peu plus de la moitié des sondés attend période avec impatience, même les trentenaires (41%), et les CSP+ (53%). Les seuls à ressentir de l’appréhension sont les personnes indiquant ne pas avoir pu épargner (52%), les actifs actuellement au chômage (59%), et les femmes (51%).

« Les femmes sont souvent plus frustrées ou inquiètes que les hommes face à la retraite », souligne l’enquête présentée à l’occasion du colloque « Les rencontres sur les retraites », organisé mercredi. Les raisons ne manquent pas. 43 % des Françaises disent connaître ou avoir connu une situation de fragilité (cessation d’activité, congé parental, mère célibataire, activité non salariée).

40% de moins que les hommes

« Elles savent qu’elles prendront leur retraite plus tard qu’espéré, et avec une pension moindre. 47% des femmes interrogées voudraient mettre de l’argent de côté pour compléter leur retraite mais n’y parviennent pas », explique Gaël Sliman, président d’Odoxa. Celles qui le font consacrent en moyenne 178 € par mois à la préparation de leur retraite soit 42 € de moins que la moyenne des Français. « Moins nombreuses que les hommes à pouvoir bénéficier d’une retraite à taux plein, les femmes ont aussi moins confiance dans le système de retraite », explique Jean-François Garin, directeur général de Groupama Gan Vie.

« Les femmes touchent 40% de moins en moyenne que les hommes une fois à la retraite », souligne Valérie Batigne, présidente du cabinet de conseil Sapiendo. Les femmes ont perçu une pension moyenne de 1.145 euros contre 1.945 euros pour les hommes, selon les chiffres communiqués en mai par la Direction de la recherche des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees), dans l’édition 2021 de son rapport « Les retraités et les retraites ». Il convient toutefois de relativiser. « Chez les retraités les plus jeunes, l’écart n’est plus que de 33% tandis qu’il est de 50% pour les plus âgés », précise Valérie Batigne.  

Quotas de femmes à la tête des entreprises

« L’inégalité entre les hommes et les femmes face à la retraite n’est pas un sujet strictement français. Elle existe y compris dans les pays les plus avancés sur ces questions comme la Suède car les femmes travaillent davantage à temps partiel que les hommes ce qui les pénalise », explique Marie-Pierre Rixain, députée La République En Marche de l’Essonne. La présidente de la délégation aux droits des femmes est à l’origine de la proposition de loi pour « une égalité économique et professionnelle réelle ». Discuté en mai et adopté à l’unanimité à l’assemblée nationale, ce texte doit passer devant leSénat en octobre. La majorité espère qu’il sera définitivement adopté  d’ici la fin de l’année. Point central de la loi, l’article 7 prévoit des quotas pour imposer plus de femmes à la direction des entreprises.

« La retraite est un effet miroir des inégalités professionnelles et économiques. Aujourd’hui en France il y a encore entre 8 à 10 % d’écart de salaire entre un homme et une femme à poste équivalent », indique la députée. Ces inégalités s’expliquent essentiellement par le fait que les femmes optent généralement pour des secteurs moins rémunérateurs. « Même à la sortie des grandes écoles les femmes auront davantage tendance à se diriger vers les ressources humaines ou la communication alors que les hommes choisiront la finance », souligne Marie-Pierre Rixain.

Partage des points de retraite, l’exemple allemand

Elles accèdent aussi moins souvent à des postes à responsabilité, en raison parfois de la charge familiale, et connaissent des ruptures de carrière à la suite d’une maternité. « On voit rarement des femmes promues à leur retour de congé maternité ! », lance Marie-Pierre Rixain. Pour corriger ces inégalités, le droit français octroie des trimestres supplémentaires d’assurance retraite pour maternité. Mais cela reste insuffisant. Pour Marie-Pierre Rixain, une des solutions pourrait résider dans le partage des points de retraite entre l’homme et la femme au sein d’un même foyer. Ce dispositif du « splitting » est déjà possible sous certaines conditions en Allemagne et obligatoire en Suisse.

En cas de divorce chacun obtient les droits à la retraite acquis par les membres du couple pendant la durée du mariag et perçoit la moitié des droits communs. Cette pratique est fondée sur l’idée que les deux membres du foyer contribuent à l’acquisition de leurs droits à la pension au cours de leur vie. Chez Sapiendo, Valérie Batigne suggère de partager les points au fil de l’eau. Objectif : éviter les tensions en cas de séparation, et la manifestation de rapports de force qui ne sont pas toujours en faveur des femmes.

Source : Krystèle Tachdjian, Les Echos Investir / France TV Info / Insee

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