Les femmes impressionnistes à l’honneur

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Les femmes artistes font l’objet, aujourd’hui, de l’attention des conservateurs qui leur donnent une place au-devant de la scène. Exemple cet été, à Dieppe, à Normandie Impressionniste.

Dans le catalogue de l’exposition Berthe Morisot du musée d’Orsay, en 2019 (coédité avec Flammarion), Sylvie Patry, directrice de conservation et des collections, fait référence aux Guerilla Girls, mouvement féministe né à New York en 1985, qui liste les « avantages d’être une femme artiste », soulignant que « peu importe le type d’art que vous faites, il sera étiqueté comme féminin »

Cette question des femmes sur la scène artistique ne se pose pas au XIXe siècle. Elles ne peignent que dans l’intimité. Les modèles, notamment masculins, sont des proches.

Peu de femmes dans les salons

La fin du siècle est tout de même marquée par une augmentation des femmes artistes, avec un signe fort : l’école nationale des Beaux-Arts leur ouvre ses portes en 1897.

Pour autant, les femmes ayant participé aux salons impressionnistes (1874-1882) se comptent sur les doigts d’une main, pour une cinquantaine d’hommes. Et encore, deux l’ont fait sous pseudonyme. Les spécialistes n’ont pas réussi à en savoir plus. Restent Berthe Morisot, Marie Bracquemond et Mary Cassatt. Eva Gonzalès, seule élève d’Édouard Manet, est aussi aujourd’hui considérée comme impressionniste.

L’enjeu : la professionnalisation

« L’enjeu était la professionnalisation, résume Sylvie Patry. Pour une femme, peindre était accepté tant que c’était en tant qu’amateur. Mais Marie Cassatt et Berthe Morisot se comportaient comme des professionnelles. Elles avaient une existence d’artiste public. Il y a un mouvement plus général de la pratique amateur vers la pratique professionnelle qui s’observe dans la deuxième moitié du XIXe siècle. »

En 1874, lors du premier salon, où Monet présente son Impression, soleil couchant, Berthe Morisot est la seule artiste femme. La belle-sœur d’Édouard Manet a participé à sept des huit salons impressionnistes.

Marie Bracquemond et l’Américaine Mary Cassatt exposent au salon de 1879. Si elles étaient peu nombreuses, elles l’ont fait comme les hommes. « L’impressionnisme était un univers artistique qui leur était plus favorable, rappelle Sylvie Patry. Les liens entre femmes et hommes se faisaient d’artiste à artiste. »

Des œuvres peu achetées

Sujets plus féminins ? Moins de scènes de plein air ? Technique plus approximative ? Les critiques de l’époque sont souvent sévères, reliant l’œuvre au sexe de l’artiste.

En 1890, Berthe Morisot écrit dans un carnet intime : « Je ne crois pas qu’il n’ait jamais eu un homme traitant une femme d’égale à égal, et c’est tout ce que j’aurais demandé, car je sais que je les vaux. » En 1898, Mary Cassatt refuse d’envoyer des peintures à la Ladies art league, car elle n’est pas une lady pratiquant les arts d’agrément… « Chacune était très différente et aucune ne s’est positionnée comme femme. Il n’y avait pas de conscience collective pour préciser le rôle des femmes. C’est notre analyse a posteriori. »

Autre conséquence : leurs œuvres ont été peu achetées par les collections publiques. Les retracer demande parfois un travail d’enquête. L’exposition Eva Gonzalès, autour de son tableau La plage de Dieppe, pour Normandie Impressionniste, reportée de deux ans au moins à cause de la pandémie (La plage de Dieppe d’Eva Gonzalès est visible dans une autre exposition, Dieppe et les impressionnistes, jusqu’au 3 janvier. 4,50 €/2,50 €), permettra peut-être de « passer d’une quinzaine à une trentaine de peintures », espère Pierre Ickowicz, conservateur du musée de Dieppe. « Bien que les collections publiques en possèdent des œuvres importantes, la place de ces artistes femmes dans les musées reste le reflet de l’histoire des collections et de la difficulté d’accès des femmes à la peinture », conclut Sylvie Patry.

rue de Chastes, 76 200 Dieppemuseededieppe@mairie-dieppe.fr

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