« Les femmes et les enfants d’abord »

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Gynécologue-obstétricienne depuis plus de 35 ans, étudiante en médecine peu après l’adoption de la loi Veil, j’ai eu la chance de voir évoluer la spécialité que j’avais choisie par passion et conviction, celle qui se préoccupe des femmes et de leur santé: diminution de la mortalité maternelle et néonatale, déploiement de la péridurale, place du père en salle de naissance, meilleure prise en compte des demandes des femmes -et des couples- notamment avec la diffusion des projets de naissance, démocratisation de l’incision de Stark et Cohen qui diminue les douleurs post-opératoires après une césarienne, respect des rythmes du nouveau-né, prouesses techniques incroyables de la PMA bientôt accessible aux femmes seules et aux homosexuelles, allongement du délai de l’IVG de 10 à 12 semaines de grossesse, vaccin contre le cancer du col de l’utérus, banalisation de la coeliochirurgie et apparition de la chirurgie assistée par robot, que d’avancées en quelques décades! Et depuis ce matin, enfin, doublement du congé post-natal pour les hommes.

Bien sûr, certains acquis sont fragiles et l’état des hôpitaux préoccupant, mais la mobilisation gagne du terrain.

Et bien sûr je ne nie pas l’existence de violences liées aux soins, ni le comportement sexiste et parfois intentionnellement agressif de certains collègues, envers les patientes et envers le personnel soignant, dont les étudiantes en médecine.

Aujourd’hui, on ne peut s’occuper de la santé des femmes sans se préoccuper des conséquences des événements de vie violents et douloureux sur cette dernière et sur celle de leurs enfants. Les publications scientifiques sont légion, et les récits recueillis au sein de nos consultations éloquents.

C’est pourquoi j’ai fondé il y a bientôt 5 ans la Maison des femmes de Saint-Denis qui accueille et prend en charge les femmes vulnérables et victimes de violences, souvent accompagnées de leurs enfants : violences conjugales, sexuelles, éducatives, communautaires, elles laissent toutes une marque indélébile sur leurs corps et leurs esprits.

Mon féminisme est celui du terrain et de la confrontation au réel. Au risque de choquer les plus dogmatiques, je n’hésite pas, par exemple, à signer des certificats de virginité (sans jamais tester cette dernière, je tiens à le préciser) lorsque la situation de vie de mes jeunes patientes le nécessite.

Il me semble que nous partageons quelques idées et valeurs avec Women Today, aussi je suis fière d’en être, pour un numéro, la « Rédac Cheffe »!

On m’a donné Carte Blanche, et j’en ai profité. Pour choisir mon thème, mon fil rouge : « Les femmes et les enfants d’abord« , parce qu’ils sont à la fois l’origine et l’avenir et parce qu’enfin, les violences sexuelles faites aux enfants sortent un peu du silence et du déni.

J’en ai profité aussi pour choisir mes auteurs. Ils ont croisé ma route par hasard, ou presque. Ils portent une parole, un combat, avec leurs tripes. Ils m’ont, à diverses reprises, touchée et émue.

-Michel, historien du mouvement ouvrier, du syndicalisme et de la mutualité, auquel j’ai demandé sa vision du féminisme 

-Alice, bénévole de la première heure à la Maison des femmes, qui a choisi le combat politique pour lutter contre les violences, notamment sexuelles

-Michael, gynécologue qui a su « entendre » ses patientes et en a fait un livre magnifique

-Et enfin Zoé D., psychologue, dont la parole est pour moi celle de tous les enfants abusés

Je les remercie sincèrement pour la confiance dont ils m’honorent en me prêtant leur voix, et me réjouis de la création par le gouvernement cet automne d’une commission sur les violences sexuelles faites aux enfants.

Il ne s’agit pas d’un feuilleton, d’un mélodrame. Rien de sentimental, aucune histoire d’amour.

Il s’agit simplement de la terreur et de la stupeur qui se peint sur le visage de l’enfant et qui serre atrocement le cœur de l’enfant à l’instant où l’enfant comprend qu’elle va avoir un petit enfant et qu’elle ne peut le dire à personne, pas même à sa mère qui ne l’aime plus depuis longtemps, et surtout pas à son père puisque malencontreusement c’est le père qui très précisément est le père de cet enfant d’enfant.

Encore une fois sur le fleuve,

Jacques Prévert

Ghada Hatem-Gantzer, gynécologue-obstétricienne

Photo Delphine Dauvergne

Depuis plus d’un an, Women Today, (ex-Sarasvatî) et sa Lettre des femmes hebdomadaire explorent toutes les facettes du féminin et du féminisme. Donnent la parole à celles et à ceux qui misent sur la réflexion, plutôt que sur la division, pour éveiller les esprits, faire avancer la parité et reculer les inégalités.

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