Les banques désormais obligées d’ouvrir un compte aux femmes

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L’obligation pour les banques d’ouvrir un compte à une femme à son nom pour percevoir son salaire, pension de retraite ou prestation sociale. Et échapper ainsi à l’emprise d’un conjoint violent pour conquérir son autonomie financière.

Les explications d’Hussein Bourgi, sénateur de l’Hérault et membre du Haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes.

Pourquoi voter l’obligation pour les banques d’ouvrir un compte à son nom à une femme ? Ce n’est pas déjà le cas ?

C’est l’un des freins majeurs qui empêche l’extraction des femmes aux prises avec une situation de violence. C’est ce que nous disent toutes les associations et les expertsqui travaillent sur le sujet. Outre la question des enfants, celle de l’absence d’autonomie financière est de plus en plus récurrente. Ça nous a interpellés. Un certain nombre de femmes, qui bénéficient de pensions de retraites ou de prestations sociales pour les mères au foyer, n’ont pas accès directement à leur revenu. Il est versé sur un seul compte au nom d’un seul bénéficiaire, en l’occurrence le mari. 

Mais dans quel cas une banque pouvait-elle refuser l’ouverture d’un compte à une femme ? 

En France, il y a un non dit. Les gens qui bénéficient de minimas sociaux comme les ex-interdits bancaires ne sont pas des gens qui vont épargner, boursicoter ou thésauriser. Ils n’intéressent pas les banques. Après trois ou quatre refus, ils doivent se rendre à la Banque de France qui ordonne à un établissement de leur ouvrir un compte. Les « pauvres » sont répartis. Avant on faisait appel à la Poste, c’est une banque publique. C’est plus compliqué aujourd’hui. C’est pourquoi nous avons voulu baliser le parcours vers l’autonomie financière.

Cela concerne combien de personnes ?

C’est difficile à quantifier. Il s’agit de plusieurs centaines de milliers de femmes. On s’est rendu compte que c’est tout sauf un phénomène mineur. Nous pensions au départ qu’il s’agissait de compte joint avec double chéquier et double carte bancaire. Ce n’est pas le cas, sinon le problème ne se poserait pas. Nous sommes face à une captation des revenus de la femme au bénéfice exclusif de celui qui a la signature sur le compte. Celle-ci devient tributaire du conjoint. C’est lui qui retire une somme pour les dépenses du ménage et accorde parfois de « l’argent de poche ». Mais le plus souvent, la femme doit ramener les tickets de caisse pour justifier les dépenses. Ça nous a paru tellement gros qu’au début nous étions incrédules. Certaines femmes se retrouvent sous l’emprise de leur conjoint qui peut être violent. Cela devient critique à l’âge de la retraite. Elles se retrouvent assignées à domicile dans l’isolement le plus total avec une retraite inférieure de 30 % en moyenne par rapport aux hommes. Les retraitées victimes de violence se retrouvent dans une situaiton de plus en plus douloureuse. 

L’obligation est la même pour les prestations sociales et pensions de retraite

Il ne fallait pas s’intéresser qu’aux femmes engagées dans la vie active. Mais aussi celles qui sont à la retraite et mères au foyer. Les femmes qui subissent des violences à la retraite, c’est un fléau, elles sont plus isolées socialement qu’une femme qui travaille.

L’autonomie financière est le préalable pour sortir une femme de l’emprise d’un conjoint violent ?

Quand on propose à une femme de quitter le domicile, beaucoup de freins l’en empêchent. Trouver un logement est essentiel. Mais quand on n’a même pas de quoi se payer des vêtements ou des produits d’hygiène, votre estime de soi est abolie. Ces femmes se sont inscrites dans un schéma de dépendance sous la contrainte : je dépends de lui, il a droit de vie et quasiment de mort sur moi, il peut me battre, me donner de l’argent quand il veut. Sans une autonomie financière, on ne peut pas se projeter vers l’avenir.

Source Midi Libre

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