Le syndrome d’imposture, une spécificité féminine ?

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Ne pas savoir accepter un compliment, attribuer ses réussites à la chance, au hasard, avoir la sensation de ne pas être légitime, à sa place, de ne pas mériter ce qui nous arrive, avoir une peur permanente de l’échec… Autant de signes que nous sommes touchés par un manque de confiance en nous, voire par un syndrome d’imposture.

Ce sont deux psychologues américaines, Pauline Rose Clance et Suzanne Imes, qui ont théorisé ce phénomène extrême de doute de soi, cette façon de penser paralysante qui ne privilégie que certaines croyances biaisées sur soi et sur les autres. Le terme « syndrome de l’imposteur » existe depuis plus de quarante ans mais trouve plus volontiers un écho en ces temps post #metoo.

Pendant longtemps, le manque de confiance en soi a été un sujet tabou. Dans une société qui valorise la performance et la réussite, comment afficher ses failles ? Nous avons constaté qu’il existait pléthore de livres et de méthodes pour regagner la confiance mais que jamais le sujet n’était abordé du point de vue des femmes. Nous pressentions pourtant qu’elles étaient davantage touchées que les hommes, même si, bien sûr, certaines femmes exsudent la confiance en elles et certains hommes connaissent le syndrome d’imposture. Nous avons donc examiné les faits et les chiffres, interviewé une centaine de femmes et notre pressentiment s’est vérifié.

Les femmes souffrent davantage de ce syndrome mais elles répugnent à en parler, en conçoivent une forme de honte. Une étude publiée en 2018 par l’université de Cornell montre que « les hommes surestiment leurs capacités et leurs performances alors que les femmes les sous-estiment ». Comment expliquer, sinon, que les femmes, qui représentent la moitié de la population mondiale sont seulement 18 % à diriger des entreprises au niveau mondial et, en moyenne, à peine 22 % à occuper les sièges des conseils d’administration dans les pays de l’OCDE1 ?

Les hommes qui souffrent du syndrome d’imposture sont moins pénalisés dans leur progression parce qu’ils sont conditionnés pour travailler, faire vivre leur foyer. Et ils craignent moins l’échec que les femmes.

Nous avons donc cherché à comprendre pourquoi les femmes étaient plus touchées et nous sommes penchées sur les origines de ce syndrome. La première est historique. Les femmes ont subi la domination masculine et portent en elles les stéréotypes véhiculés depuis des siècles, les ont intériorisés de façon inconsciente. L’origine du manque de confiance en soi se trouve également dans les injonctions sociétales. Et en premier lieu, les injonctions autour du corps. On nous demande d’avoir un corps mince, musclé mais aussi d’être jeune, belle, mère, en couple… on exige tant des femmes. Enfin, le manque de confiance prend ses racines dans la famille, dans l’enfance (cela concerne aussi les hommes). Une éducation axée sur la réussite, alternant critiques et éloges, nous fait mesurer notre valeur à l’aune de nos succès. Et nous fait développer l’idée que nous ne sommes pas « assez ». Pas assez jolie, pas assez compétente, moins forte que notre frère, moins mince que notre sœur, autant de croyances fausses sur nous-mêmes qui vont perdurer dans notre vie d’adulte.

La typologie la plus répandue chez celles qui souffrent du syndrome d’imposture a été révélée par la docteure Valerie Young : il s’agit de la perfectionniste. Soucieuse de ne pas être « démasquée », elle développe une stratégie qui consiste à être exigeante à l’extrême, travaille sans compter ses heures et, si elle réussit, attribue son succès à son travail acharné, pas à ses compétences. Elle travaillera de plus en plus pour tenir ce rythme infernal, ce qui pourra la mener au burn-out. Une autre stratégie compensatoire consiste à procrastiner et à s’auto-saboter. Puisqu’on se sent incapable de réussir, on fait tout pour échouer.

Selon l’écrivaine américaine Mary Williamson, « Notre peur la plus profonde n’est pas d’être inaptes, notre peur la plus profonde est d’être puissants au-delà de toute limite. C’est notre lumière, pas notre obscurité, qui nous effraie le plus6. »

Il est temps d’oser la lumière, de s’entourer de femmes qui nous inspirent et surtout, d’avoir conscience que ce sentiment d’imposture est fluctuant et ne peut nous définir. Nous le pensions intime, il est universel. L’identifier est déjà un grand pas.

Elisabeth Cadoche

Elisabeth Cadoche et Anne de Montarlot, auteures de « Le syndrome d’imposture, pourquoi les femmes manquent tant de confiance en elles », Les Arènes, 2021.

1- Fonds Monétaire International, mars 2020

­­6- Un retour à l’amour : réflexions sur les principes énoncés », J’ai lu, 2010

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