Le sexe de l’élite reste mâle et vous trouvez ça norme-mâle !

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Égalité femmes-hommes, où en sont les grandes écoles en 2021 ?

Initialement, en France, le développement des grandes écoles est venu de la méfiance du pouvoir politique vis-à-vis des universités qu’il jugeait trop inféodées à l’Église, trop engourdies dans la scolastique et assoupies dans des privilèges. Les premières grandes écoles (appelées Écoles spéciales) nées au milieu du XVIIIe siècle étaient surtout destinées à fournir les cadres techniques et militaires de l’État.

Les grandes écoles constituent l’une des particularités propres du système français d’enseignement supérieur. En dépit des efforts d’ouverture sociale que certaines d’entre elles accomplissent, les élèves issus de milieux favorisés y demeurent très nettement surreprésentés.

En revanche ces écoles qui forment nos nouvelles « élites » semblent bel et bien avoir réussi à relever le défi de la mixité et de la parité. En effet, les filles ont, dans un contexte d’essor général de la scolarité des jeunes, rattrapé puis dépassé le niveau de formation des garçons, au point d’être désormais globalement plus diplômées, selon une étude de l’Insee.

Un succès en trompe l’œil ?

Examinons avec attention certains élément clefs de la parité – mixité dans les grandes écoles. Ces points soulevés ne doivent pas masquer les efforts considérables de certains établissements afin de rééquilibrer la balance. Mais ils ne doivent pas non plus dissimuler les immenses lacunes de la majorité de ces écoles.

Le 6 février 2021 la CGE (Conférence des Grandes Écoles) publie son baromètre « Égalité femmes-hommes dans les grandes écoles » avec pour résumé :

« Principaux enseignements de cette nouvelle édition : même si une sous-représentation des étudiantes dans certaines filières et des femmes à certains postes à responsabilités au sein des établissements subsistent, les Grandes écoles sont de plus en plus nombreuses à mener des actions en faveur de l’égalité femmes-hommes.  Une mobilisation croissante des étudiant.e.s sur le sujet et tout particulièrement pour la lutte contre les violences sexistes et sexuelles est également notable. »

A ce stade, le commentaire sur cette copie de la CGE pourrait être « En progression malgré quelques lacunes ». Mais relisons plus attentivement cette copie, analysons ensemble les résultats et ainsi nous pourrons confirmer ou infirmer la qualité du devoir.

Taux de féminisation des étudiants grandes écoles :

Les écoles d’ingénieur sont encore et toujours à traîne. C’est un sujet récurrent dans les écoles d’ingénieurs : les femmes y sont largement sous-représentées. Selon la CDEFI (Conférence des directeurs des écoles françaises d’ingénieurs), elles représentent 28 % des effectifs, alors que leur proportion s’élève à 47 % dans les classes de terminale S. Bien que leur part parmi les étudiants ingénieurs ait augmenté de 41 % en vingt-cinq ans, la tendance est désormais à la stagnation.

Note globale attribuée : 11/20

Taux de féminisation du personnel des grandes écoles :

Avec en moyenne un taux de féminisation à près de 54%, nous pourrions en conclure que ce pourcentage est flatteur et démontre ainsi un équilibre quasi parfait ! Néanmoins j’annoterais dans la marge « justifier vos réponses » … Car même si cette statistique est incontestable, elle est hautement interprétable. En effet, la très grande majorité des postes administratifs est occupée par des femmes et par conséquent c’est l’arbre qui cache la forêt.

Note globale attribuée : 09/20

La mobilisation des grandes écoles :

Haut les cœurs avec un magnifique 70% ! Effectivement selon la CGE « Près de 70% des écoles visent à structurer leurs actions dans le cadre d’un plan bâti sur une ou plusieurs années. » Mais mettons en perspective ce résultat qui est un peu similaire à l’intention d’achat et l’acte d’achat. Avoir l’intention et mettre en action sont des nuances plus que prononcées, avec pour près de 30% des écoles pour qui c’est une « no go zone ».

Note globale attribuée : 08/20

Respect de la Loi :

100 % des grandes écoles ont un.e référent.e égalité femmes hommes…mais un tiers de ces référents ne disposent pas de temps pour s’en occuper. La nécessité pour les écoles de nommer un référent égalité femmes-hommes ne fait plus débat. Dans la pratique, ces référents sont majoritairement seuls à se voir dédier ces questions-là, et doivent presque tous cumuler d’autres tâches. Résultat : 32 % de ces référents n’ont pas les ressources nécessaires à la réalisation des missions en lien avec l’égalité femmes-hommes. Attention, il ne faut pas confondre les référents égalité avec les personnes en charge des situations de harcèlement sexuel ou de comportements sexistes, dont seules 66 % des écoles sont dotées.

Note globale : 05/20

L’engagement des étudiant.e.s en faveur de l’égalité femmes / hommes :

65 % des associations étudiantes mènent des actions en faveur de l’égalité femmes-hommes. Les associations étudiantes s’engagent de plus en plus en faveur de l’égalité femmes-hommes : elles n’étaient que 48 % à mener des actions en ce sens en 2019. Près de la moitié des établissements n’ont pas de charte qui engage les associations, et seuls 70 % de ces chartes abordent l’égalité femmes-hommes. Mais les écoles demandent encore plus d’engagement de la part des étudiants à défaut de leur propre investissement.

Note globale : 14/20

Les instances de direction des grandes écoles :

Aïe, aïe, aïe… Reprenons ensemble les paroles du regretté Patrick Juvet et entonnons « Où sont les femmes ? ». En 2021, encore près de 66% des instances de direction sont occupées par des hommes. En moyenne, seul un tiers des membres des conseils d’administration (33,3 %) de ces établissements sont des femmes. Même constat pour les comités exécutifs (31 %) et les comités de direction (37,6 %). Quant aux comités pédagogiques, la proportion augmente mais ne dépasse pas les 40 %. La voix de Anne-Lucie Wack, président de la CGE, ne semble pas très audible auprès des intéressés : « 15 % seulement de femmes dirigeantes de Grandes écoles : à ce rythme nous atteindrons la parité en 2060 ! ».

Note globale : 05/20

Accès à l’emploi et salaires :

Étrange équation qui échappe aux lois des mathématiques : les femmes sont plus scolarisées et diplômées que les hommes mais gagnent moins et sont davantage au chômage. Cherchez l’erreur. Même en début de carrière, les femmes sont moins bien payées et obtiennent moins de CDI. Le diplôme ne protège pas du plafond de verre. Si elles sont aussi nombreuses que les hommes à avoir un emploi, elles l’occupent dans des conditions moins favorables. La nature des contrats, le statut de l’emploi, le temps de travail, les secteurs investis ou encore les responsabilités acquises sont aujourd’hui sources d’inégalités. Et n’oublions pas que les femmes se privent beaucoup plus souvent que les hommes d’opportunités de carrière pour leur famille.

Note globale : 08/20

Analyse

Si les grandes écoles semblent avoir pris conscience des inégalités (à des degrés divers) et mis en place des mesures en faveur de la féminisation, les résultats sont très imparfaits.

Mais hélas, pas seulement les résultats. En statistique, un échantillon est un ensemble d’individus représentatifs d’une population. Aussi, dans une certaine mesure, le baromètre de la Conférence des Grandes Écoles laisse à désirer.

Mais Quid des résultats exposés ? Sont-ils représentatifs de l’ensemble des grandes écoles ? Reflètent-ils la juste réalité des choses ? La réponse est définitivement NON. Seules 29% des grandes écoles répondent à l’enquête. Pourtant toutes ces grandes écoles sont en mesure de produire ces données. Alors pourquoi seulement un tiers ? Revenons en salle de classe. Seuls les élèves qui pensent avoir la réponse lèvent la main…

C’est alarmant. « Les conseilleurs ne sont pas les payeurs ». Il apparaît clairement que les grandes écoles doivent jouer un rôle clé dans la lutte en faveur de la parité et de la mixité. Corps professoral, associations étudiantes, taux d’intégration, direction, management, responsabilités, opportunités professionnelles à la sortie de l’école, négociations salariales… À tous les niveaux ces inégalités ressortent à compétences égales.

Conclusion

Il est à redouter qu’il faille encore attendre longtemps avant de voir ces disparités s’éclipser mais certains chiffres n’en restent pas moins encourageants. Non seulement des chiffres mais aussi des actions. En effet, certaines écoles développent des initiatives, des programmes de sensibilisation et des démarches remarquables en la matière. Les citer serait jeter l’opprobre sur les autres. Néanmoins, dans ce microcosme, elles doivent avoir valeur d’exemple.

L’objectif recherché n’est surtout pas de dévaloriser la qualité de l’enseignement supérieur mais de proposer des pistes de réflexion, d’enrichissement indispensables à notre société. Les grandes Écoles se doivent d’être des modèles.

Note finale

Vous admettrez que cette note finale n’engage que moi et n’a bien entendu aucune valeur hormis celle que je vous propose. De nombreux classements existent (autre vaste sujet) et vous proposent une grille de lecture bien plus académique et globale. Néanmoins, et si vous avez eu le courage de me lire jusqu’à maintenant, j’espère que vous admettrez que les résultats ne sont pas flatteurs. Eu égard à ces éléments la note globale est :

Note finale : 08 / 20

Signification : insuffisant

Observation : un réel potentiel mais des résistances à surmonter

L’anecdote qui vous fera sourire

L’École nationale d’administration (ENA), créée en 1945 et dont son remplacement par un Institut du service public est annoncée en 2021, est chargée d’assurer la sélection et la formation des hauts fonctionnaires de l’État français dont certains de nos présidents. Afin de parfaire leur formation, le TOEIC devait être institué. Test d’anglais, de premier niveau, qui est exigé pour tous les étudiants de grande école. Après certains tests blancs cette mesure fut, discrètement, ajournée. Si le TOEIC devenait un élément obligatoire d’obtention du diplôme, le taux de réussite s’écroulerait…

Michael John Dolan, Women Today – WTformations

PS: WTformations propose des formations parité, mixité pour tous les établissement d’enseignement supérieur !

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