Le dessin féministe, Claire Bretécher

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Pionnière de la conquête d’une forme artistique longtemps exclusivement masculine

Célèbre dès les années 1970, elle est l’un des rares auteurs vivants à avoir été salué par Barthes et Bourdieu : Barthes qui l’aurait qualifiée de « meilleure sociologue de l’année » pour sa page des Frustrés, ou Pierre Bourdieu, qui a loué en Agrippine une « évocation […] rigoureuse, quasi ethnographique ». 

Bretécher a évidemment saisi les rapports hommes femmes, se moquant des hommes, comme dans cette page des Frustrés où une mère se plaint auprès de sa fille des hommes de plus de 40 ans, lesquels se prennent pour de grands amants parce qu’ils vous fourrent la langue dans l’oreille — ce qui n’est pas forcément apprécié ni appréciable — parce que les hommes de plus de 40 ans ont toujours faim, il faut leur faire des œufs sans brûler le beurre à cause de leur vésicule, pour leur permettre de continuer à courir les minettes, ce qui fait dire à cette mère, personnage de Bretécher, « maintenant je prends des petits jeunes… » Si Bretécher a tant parlé à l’époque, c’est qu’elle est indissociable des combats de la gauche Nouvel Obs — à l’époque L’Obs était nouveau — une gauche qui était bourgeoise et se voulait bohème, une gauche qui dans les années 1970 ne se savait pas encore Bobo. Or dans ce temple de la gauche qu’était alors le Nouvel Obs, Bretécher a montré avant tout le monde comme cette gauche-là butait sans le savoir sur ses contradictions. Car tous les personnages de Bretécher, et tout particulièrement les femmes, se rêvent libres et autonomes, mais sont en réalité contraints, contraints par la répartition des rôles genrés, critiquant le patriarcat tout en l’alimentant, les personnages de Bretécher se croient autonomes mais se heurtent à leur hétéronomie, ils reçoivent leur loi du dehors. Comme cette femme journaliste qui interviewe un homme affalé et lui demande si ça n’est pas trop dur d’être un homme dans la bande dessinée…

Depuis plus d’un an, Women Today, (ex-Sarasvatî) et sa Lettre des femmes hebdomadaire explorent toutes les facettes du féminin et du féminisme. Donnent la parole à celles et à ceux qui misent sur la réflexion, plutôt que sur la division, pour éveiller les esprits, faire avancer la parité et reculer les inégalités.

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