Laurence Haïm «Pour les féministes américaines, Mélania Trump symbolise la femme-objet»

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A l’heure où les Etats-Unis sont pris dans le tumulte d’une passation de pouvoir chaotique entre les présidents Trump et Biden, la journaliste, qui a repris ses fonctions d’envoyée spéciale aux Etats-Unis à l’été 2017 après une brève expérience en tant que porte-parole d’Emmanuel Macron, brosse le portrait dans un documentaire diffusé sur ARTE de la plus sibylline des Premières dames américaines, Melania Trump, une personnalité qui inspire outre-Atlantique l’aversion d’un côté et la fascination de l’autre…

Vous enquêtez sur Melania Trump depuis plus de trois ans. Avez-vous l’impression de mieux la connaitre désormais ou est-elle toujours aussi indéchiffrable ?

Elle est un peu moins opaque. Je fais partie des gens qui pensent que son couple avec Donald Trump est solide. Il y a eu certainement eu des désaccords entre eux mais dès qu’il en a eu besoin, elle a été là. Elle joue un rôle d’apaisement auprès de lui. On est un peu dans le schéma du repos du guerrier.

Vous y évoquez dans le documentaire Victor Knavs, le père de Melania, qui cultive de nombreux points communs avec Donald Trump…

Oui, aujourd’hui, encore, c’est un personnage fondamental dans la vie de Melania. Il est très présent à ses côtés et l’accompagne souvent dans leur propriété de Palm Beach. Son épouse et lui ont donné à Donald Trump une famille européenne. Et il est comme Trump bâti sur le modèle patriarcal du macho protecteur…

Melania a été pour Donald Trump une alliée, parce qu’elle lui amenait sa retenue et son élégance. De son coté, outre l’argent, qu’a-t-elle à gagner dans leur relation ?

J’aurais aimé pouvoir lui poser la question directement. Peut-être qu’à la base, il s’agissait vraiment d’une histoire d’amour entre eux. Et c’est aussi certainement parce qu’il lui a offert un cadre de vie luxueux, un destin « made in Trump » ….

Vous affirmez dans ce film que ce sont les propres conseillers de Trump qui ont volontairement sabordé Melania en lui préparant ce fameux discours de juillet 2016 qui était un copié-collé de celui que Michele Obama a prononcé en 2008. Pourquoi ont-ils fait cela ?

Je pense que c’était parce que Melania prenait beaucoup d’influence à cette époque. Aux Etats-Unis, la fonction de Première Dame est très codifiée, elles ont un vrai rôle politique et une grosse équipe autour d’elle. Ils ont donc voulu éviter qu’elle prenne trop de place.  

Melania sort très rarement de son silence mais utilise de manière assez pointue son vestiaire pour s’exprimer. Comment expliquer alors qu’il y ait eu ces gros ratés, comme lorsqu’elle a arboré ce veste estampillée « I don’t care. Do u ? » (« Je m’en fiche. Et vous ? » ) lors d’une visite d’un camp de rétention d’enfants migrants au Texas en juin 2018 puis cette tenue d’inspiration coloniale au Kenya quelques mois plus tard ?


Elle l’a expliqué lors de l’interview qu’elle a donnée à ABC. Si elle a porté ce fameux trench, c’est parce qu’elle voulait adresser s’adresser aux médias de gauche et leur dire tout ce qu’elle pensait d’eux. Il y a chez elle une politique du vêtement. Quand au look qu’elle avait lors de sa venue au Kenya, je ne suis pas sûr qu’il fallait y voir un message, même si certains ont dit que c’était délibéré de sa part. Je crois qu’elle a plutôt voulu se faire un scénario à Out of Africa.

Pourquoi l’électorat de Donald Trump, dont une large frange est raciste et xénophobe, est si fan de Melania Trump, qui n’est pas née Américaine ?

Parce qu’elle soutient son mari quand il est en difficulté, reste au fidèle au poste même quand il dit ou fait des horreurs. Cela semble aberrant et archaïque pour beaucoup d’entre nous mais il y a en France des femmes qui fonctionnent encore sur ce schéma, comme cela a été le cas avec Anne Sinclair au moment de l’affaire Strauss-Kahn… Mais pour beaucoup de démocrates, elle est tout sauf l’incarnation de l’immigrée parce qu’ils estiment qu’on ne peut pas dire qu’elle a traversé le désert…

Quel regard portent les féministes sur Melania Trump aux Etats-Unis ?

Elles la détestent parce qu’elle symbolise la femme-objet qui n’a pas d’existence propre, à part d’être l’épouse de Donald Trump. Ce qui est paradoxal, c’est qu’elle fédère des femmes autour d’elle qui revendiquent le fait de travailler, d’avoir un salaire égal à celui des hommes mais qui prônent en dépit de cela des valeurs conservatrices.

Est-ce qu’on peut dire que Mélania Trump est en tous domaines l’antithèse complète de Michelle Obama ou elles ont malgré tout quelques petits points de convergence ?

Tout les sépare sinon l’amour qu’elles portent à leurs enfants et la façon dont elles ont mis un point d’honneur à les protéger lorsqu’elles étaient à la Maison Blanche. Hilary Clinton fonctionnait comme cela aussi et a beaucoup entouré Chelsea.

Comment se positionne Jill Biden par rapport aux deux First Ladies qui l’ont précédée ?

Ce qui est sûr, c’est qu’elle sera à l’opposé de Melania Trump car Jill, qui est professeure d’anglais à l’université, tient à continuer à travailler et à enseigner !

Bénédicte Flye Sainte Marie

En pratique : Le documentaire de Laurence Haïm Melania Trump, un obscur objet du pouvoir est diffusé sur ARTE le vendredi 15 janvier à 22h30

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