La santé des femmes : attention au sexisme !

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Le constat est clair : des inégalités de santé entre les femmes et les hommes sont toujours bien présentes dans la société, le plus souvent au détriment des femmes. Endométriose, maladies cardiaques, cancer du poumon, dépression, troubles musculo-squelettiques, ne sont toujours pas suffisamment bien pris en charge dans la population féminine.

            Pourquoi ? Parce ce que la médecine est à bien des égards le reflet de la société. Elle est encore imprégnée par des stéréotypes liés aux genres féminin et masculin, qui jouent un rôle majeur dans les inégalités de santé. Pendant longtemps, les conceptions sur la santé des femmes ont été basées sur des préjugés construits par une société qui les infériorisait et portés par un corps médical essentiellement masculin. Ces préjugés sont encore présents aujourd’hui. Le « sexisme ordinaire » influence notre santé au quotidien et conduit à des situations d’inégalité et de discrimination dans l’accès au soin et la prise en charge médicale, souvent au détriment des femmes. A cela, s’ajoutent les conditions de vie, sociales et économiques, qui exposent différemment les femmes et hommes à des risques de santé.

Les stéréotypes sur les maladies dites féminines ou masculines.

            Les représentations sociales liées au genre influencent les pratiques médicales et l’attitude des patients. Un cas typique est celui de l’infarctus du myocarde qui est encore sous-diagnostiqué chez les femmes, car considéré à tort comme une maladie d’homme stressé par le travail. Une femme qui se plaint de douleurs dans la poitrine se verra plus souvent prescrire des anxiolytiques, tandis qu’un homme sera dirigé vers un cardiologue. Les femmes ont aussi tendance à minimiser les symptômes cardiaques et appellent le Samu plus tardivement que les hommes.

            Un autre exemple est celui des troubles dépressifs qui sont deux fois plus fréquents chez les femmes que les hommes. La raison principale n’est pas due aux hormones féminines comme il a été longtemps prétendu. La cause majeure est liée au contexte socio-économique (précarité, charge mentale, violences) qui expose d’avantage les femmes que les hommes aux risques de dépression. Quant à l’autisme, son dépistage est plus tardif chez les filles. Une petite fille qui reste en retrait et communique peu sera qualifiée de réservée ou timide. Ces symptômes chez les petits garçons éveilleront davantage la suspicion d’un trouble des interactions sociales. Le retard de diagnostic et de prise en charge chez les filles a des conséquences délétères quand elles arrivent à l’âge adulte.

            L’endométriosea longtemps été ignorée car réduite à des « affaires de femmes fragiles et souffreteuses » au lieu d’être reconnue comme une pathologie organique. Elle reste sous-diagnostiquée en raison de l’insuffisance de la formation des médecins et de la non prise en compte de la parole des femmes. Sortie de l’ombre dans les années 2000 grâce au combat de nombreux collectifs de patientes, ce n’est qu’en 2019 qu’un plan d’action national sur l’endométriose a été lancé.

            Il faut souligner que les représentations stéréotypées des maladies concernent aussi les hommes. Ainsi, l’ostéoporose, n’est pas l’apanage des femmes ménopausées. Un tiers des fractures ostéoporétiques concerne les hommes. Or pour eux le diagnostic et le traitement de l’ostéoporose sont quasi inexistants.

Le poids des conditions de vie, sociales, économiques et environnementales : une menace pour la santé des femmes

            Dans la vie au travail, les facteurs de risques et de pénibilité sont sous-estimés chez les femmes. Les troubles musculo-squelettiques et les risques psychosociaux touchent plus gravement les femmes, en particulier les employées et les ouvrières. Les cancers d’origine professionnelle sont moins souvent reconnus chez les femmes que chez les hommes. Une étude récente de l’Inserm montre que le travail de nuit augmente de 26 % les risques de cancer du sein.

            Autres menaces pour la santé des femmes : la précarité et le poids des charges domestique et familiale. La pauvreté, qui concerne majoritairement les femmes, s’accompagne de risques sanitaires accrus: logement dégradé, mauvaise alimentation, sédentarité, pénibilité au travail, autant de facteurs qui favorisent l’obésité, le diabète, les maladies cardiovasculaires, les troubles dépressifs etc.

            Les femmes sont aussi les premières victimes de violences, ce qui se répercute sur leur santé physique et mentale. Les médecins, qui sont souvent leurs premiers interlocuteurs, ne bénéficient pas d’une formation au repérage des violences, à la hauteur des besoins. 

            Enfin, les risques sanitaires des agents toxiques présents dans l’environnement pour les femmes enceintes vont croissants. L’exposition pré- et postnatale à divers polluants chimiques et atmosphériques constituent des risques avérés pour la croissance des fœtus et le développement des enfants.

Des pistes pour mieux soigner les femmes et les hommes : informer le public et les patients, former les soignants, soutenir les associations, alerter les décideurs en santé publique.

            Pour relever le défit d’une médecine plus égalitaire, il est urgent de la débarrasser des vieux stéréotypes encore présents dans les pratiques et institutions médicales. L’enjeu est de généraliser les programmes de formation des étudiants et des soignants sur la thématique « Genre et Santé ». Cette formation existe déjà dans de nombreux pays européens et nord-américains. Les programmes intègrent un enseignement sur l’influence du genre dans les pratiques médicales, les relations avec les malades, le dépistage des violences lors des consultations médicales.

            Il est tout autant important de mettre en place des campagnes d’informations et de prévention auprès du grand public. La question du sexisme envers les étudiantes au cours des études de médecine doit être rendue visible. Un autre impératif est de veiller à la parité dans les postes à responsabilité, que ce soit à l’hôpital ou dans la recherche. La place des femmes y est très largement insuffisante, alors même qu’elles sont majoritaires en nombre dans de nombreux métiers de santé.

            Des initiatives récentes de la part d’institutions publiques sont encourageantes. Deux rapports sur « Genre et Santé » ont été publiés en 2020, l’un par la Haute Autorité de Santé (HAS) et l’autre par le Haut Conseil à l’Egalité (HCE). Ce dernier intitulé « Prendre en compte le sexe et le genre pour mieux soigner : un enjeu de santé publique », s’attache à démontrer comment la dimension du genre – alliée à celle du sexe – permet d’analyser plus précisément les pathologies et de construire de nouvelles stratégies de traitement et de prévention. Gageons que ces démarches serviront d’aiguillon pour rendre la médecine plus égalitaire, au bénéfice de la santé des femmes comme de celle des hommes.

Catherine VIDAL est neurobiologiste, directrice de recherche honoraire à l’Institut Pasteur , membre du Comité d’Ethique de l’Inserm.

Elle est l’auteure du rapport 2020 du Haut Conseil à l’Egalité intitulé : « Prendre en compte le sexe et le genre pour mieux soigner : un enjeu de santé publique ».

Références

Rapport du Haut Conseil à l’Egalité, 2020

Prendre en compte le sexe et le genre pour mieux soigner : un enjeu de santé publique

https://www.haut-conseil-egalite.gouv.fr/IMG/pdf/rapport_sexe_genre_soigner-v9.pdf

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