La rentrée des femmes

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin
Partager sur email
Partager sur print

Un monde qui nous préfère à son service qu’à sa gouvernance.

Les enfants ont repris le chemin de l’école, le temps des vacances est passé. Nous avons souvent mis à profit cette période pour une introspection, nous nous sommes projetés dans des envies d’ailleurs. Recul, repos, créativité libérée, nombre de salariés ont pris de bonnes résolutions et décident en cette période, de faire évoluer leur carrière.

Paradoxalement, chacun revient au travail avec souvent une boule au ventre, s’habitue, renonce.

Vous connaissez certainement le conte de la grenouille ; vous la mettez dans l’eau chaude elle saute et sauve sa vie, vous l’immergez dans l’eau froide et faites chauffer l’eau, elle s’endort et se laisse mourir, elle n’a plus d’énergie, trop engourdie pour s’échapper.

La peur inconsciente du changement inhibe. Les vieux adages « on sait ce qu’on perd, on ne sait pas ce qu’on gagne » et autres légendes urbaines font leur nid dans les pensées.

Se mettre en risque ? Se réhabituer à un environnement, des process, des personnes ? Apprendre les nouveaux circuits de décisions, détecter les influenceurs, les appuis, à qui faire confiance ? Le risque financier n’est également pas négligeable. Si on perd son emploi pendant la période d’essai que se passera-t-il ?

C’est bon, la litanie des bonnes raisons défile dans les esprits et la démotivation est en route. Une réflexion s’est construite, « on a pesé le pour et le contre » …

Bref, l’immobilisme habite nos projets.

Mais si on creuse, une réelle autocensure a pris le pouvoir sur votre volonté.

Chez les femmes ce phénomène s’accentue. Le sociologue Pierre Bourdieu le qualifie de « soumission enchantée ». Elle étouffe leur ambition. Les rôles sociaux traditionnels raisonnent dans l’inconscient. La femme se sent obligée de choisir entre réussir ou être une bonne maman et une bonne épouse. Les vieux stéréotypes ont la vie dure.

Quand on aborde la mobilité résidentielle, les résultats sont flagrants. Le ministère du travail a étudié les chiffres et si, dans six cas sur dix, elle permet au salarié une progression, ce sont les hommes qui en majorité en bénéficient, situation impliquant le plus souvent la démission de la conjointe qui elle, renonce à son parcours.

Il semble incontournable cependant de pointer du doigt le pire ressort de ce renoncement ; L’estime de soi, la confiance en ses capacités. Selon une étude KPMG, 80 % des femmes ingénieures n’osent pas postuler sur des fonctions de direction. Une femme ne postule que si elle pense avoir 100% des compétences décrites sur une annonce, quand le taux tombe à 60% pour un homme.

Les comités de direction ne sont composés que de 20% de femmes ; moins de 30% de dirigeantes de PME sont des femmes. Sommes-nous moins « capables de diriger ? ». Une étude IPSOS a été réalisée auprès de 80 étudiants. Des scénarios impliquant différents degrés de compétition leur ont été proposés. Seules 35% des femmes se sont positionnées sur les cas induisant un haut degré de rivalité contre 75% des hommes. Les femmes se sous-estiment tandis que les hommes tentent et sont peut-être plus en capacité à accepter l’échec.

On regrettera que dès le plus jeune âge ces idées infusent. L’école oriente les hommes vers les grandes écoles et les femmes vers des cursus moins prestigieux. Alors comment sortir de cette injonction collective au profit de la conscience personnelle ? Comment se libérer de cette éducation qui nous pousse à afficher des attitudes de subordination ? Notre rôle est de passer le relai à nos filles en leur faisant confiance, en les rassurant et les protégeant contre un monde qui préfère nous voir nunuches en talons. Un monde qui propose aux épouses de président d’assister à un cours de cuisine. Un monde qui affiche sa volonté de parité quand il tisse les mailles d’une société qui insidieusement nous préfère à son service qu’à sa gouvernance.

Elvire del Fondo

Depuis plus d’un an, Women Today, (ex-Sarasvatî) et sa Lettre des femmes hebdomadaire explorent toutes les facettes du féminin et du féminisme. Donnent la parole à celles et à ceux qui misent sur la réflexion, plutôt que sur la division, pour éveiller les esprits, faire avancer la parité et reculer les inégalités.

Chaque semaine, son lectorat (60 % de femmes et 40 % d’hommes, toutes générations confondues) s’accroit et porte son message d’engagement positif. Mais parce que Women Today a fait le choix dès le départ de fonctionner sans publicité ni sponsor, nous avons besoin de vous afin de continuer à grandir et faisons appel aujourd’hui à vos dons.

Merci infiniment par avance de vos précieuses contributions.