La cour de récréation

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La cour de récréation est le premier lieu d’auto organisation dans la rencontre, espace du dehors on y préfigure les relations plus tard dans l’espace public. Cette micro société est également un fabuleux terrain d’observation de l’impact du genre dans la structuration des relations filles/ garçons. Loin d’être le lieu de liberté que l’on présuppose, la quotidienneté de la récréation met en lumière un système de relations entre les groupes sociaux de sexe durable à l’adolescence et à l’âge adulte.

S’appuyant sur plus de dix années d’immersion dans les établissements scolaires, élémentaires et collèges, le livre nous invite dans l’univers des enfants au regard du partage des espaces et de l’organisation des jeux.

Le premier chapitre contextualise les notions d’égalité, de liberté et de normes de genre dans une approche systémique. Le cadre conceptuel définit les grandes notions et la mise en scène des identités d’appartenance à travers la construction des stéréotypes et la hiérarchie des mondes ainsi constitués. Les verbatims d’enfants recueillis lors des faces à faces pédagogiques en classe illustrent la puissance du système dès le très jeune âge. « Ils (les garçons) disent qu’elles (les filles) sont nulles au foot. ». « Si je vais jouer avec les filles, j’ai peur d’être traité de fille ».

Le deuxième chapitre expose les conséquences qui découlent d’une relation faussée et inégalitaire à l’école entre les filles et les garçons en mettant en lumière les inégalités objectives durables et les violences. Le lien intime entre sexisme et homophobie, entre règlement intérieur et injonctions au corps physique des filles, entre absence de relation et relations violentes plus tard. Le paragraphe sur les propos de l’insulte travaillés en classe de 4 ème éclaire les processus de harcèlement différencié entre les filles et les garçons.

Peu d’issues sont alors possibles, à part celle d’agir et d’impulser le changement.

Il faut garantir l’égal accès à la citoyenneté : la vie quotidienne dans une école, puis au collège, peut s’envisager comme un micro-espace sociétal dans lequel les interactions filles-garçons mettent en scène de la négociation, du renoncement, des revendications et des lieux d’expression publics. Pouvoir être au centre de la cour ou avoir une visibilité accrue, c’est prendre une place dans l’espace citoyen. Il s’agit de questionner la légitimité des filles et des « sujets de filles » dans l’espace du dehors. Enfin, il faut travailler à une relation filles-garçons moins codifiée et plus apaisée, ce qui aura aussi des effets sur les relations filles-filles, garçons-garçons, petit·e·s-grand·e·s, etc.

À l’image de la construction des rapports sociaux de sexe et de genre dans une société, la construction d’un bâtiment, sa structure même, peut enclencher des changements sociétaux ou produire des modes d’organisation inégaux entre les filles et les garçons (puis, plus tard, entre les femmes et les hommes).

Le postulat de base que j’utilise dans mon travail est que l’absence de relations entre les filles et les garçons (ne pas jouer ensemble, ne pas partager d’activités, ne pas être ami·e·s, ne pas manger ensemble, etc.) est le terreau des violences. Il s’agit alors de penser les espaces en réhabilitant les filles (et les « autres garçons », ceux qui ne se retrouvent pas dans les codes de la virilité traditionnelle et/ou de l’hétéronormativité), en légitimant leur présence et leur égale valeur. Mais il s’agit aussi de prévenir les agressions en travaillant sur leur construction. Il faut « aménager », amener à la mixité et concevoir des espaces de bienveillance collective.

Le troisième chapitre est donc consacré au travail de terrain et rend compte d’une démarche d’égalité intégrée dans un projet de restructuration d’une cour de récréation. Je propose ici de suivre mon travail sur le terrain, des séances de débats en passant par les balades sensibles jusqu’au expérimentations concrètes sur l’espace. A travers un cas concret on mesure une quotidienneté des enfants où rire ensemble, jouer ensemble, manger ensemble filles garçons est loin d’être la norme. Les notions d’amitiés, de partage, de rapport de force, d’inégale liberté prennent tout leur sens dans les récits, les dessins et les observations des enfants. Les phases d’expérimentations durant lesquelles on transforme immédiatement l’espace de la cour sont riches d’enseignements et engage une mobilisation des professionnel.les de l’école.

Le chapitre quatre est légitimement consacré aux changements immédiats constatés, d’une mobilité retrouvée à une mixité trouvée. Là encore les paroles des enfants sont claires : « Moi je trouve que c’est mieux maintenant. Y a deux avantages je peux jouer à mes jeux et je peux jouer avec les garçons ».

Le dernier chapitre pose la question des toilettes à l’école et rend compte d’un travail de plus deux ans sur le programme national « A nous les toilettes ». Cette problématique est évoquée au sein des établissements, objectivée avec de nombreux questionnaires remplis par les enfants et les jeunes, lors des visites de cour etc.

En réalité, le « sujet » des toilettes à l’école et au collège révèle une absence de « bon sens » très (trop) longtemps entretenue par une méconnaissance des problématiques réelles rencontrées par les enfants. La non-mixité aux toilettes a en effet invisibilisé les « vrais » problèmes. Là encore des expériences concrètes ont été menée sur le bâti scolaire et des solutions sont amenées.

Pour conclure le livre répond à la question insensée et si souvent posée : Qu’a-t-on à y gagner ? (de travailler l’égalité filles garçons à l’école). À laquelle peut-être la réponse la plus spontanée est : Qu’a-t-on à y perdre ?

Édith Maruéjouls, Docteure en géographie française, spécialiste de la géographie du genre, Directrice Générale, L’Atelier Recherche OBservatoire Egalité

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Faire je (u) égal, penser les espaces à l’école pour inclure tous les enfants.

Edition double ponctuation. Edith Maruéjouls.

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