La Charte européenne pour l’égalité des femmes et des hommes dans la vie locale

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Le signataire reconnaît l’égalité du droit des femmes et des hommes à voter, à être candidat(e)s, à être élu(e)s. Interview de François Morton, Maire de Guyancourt et signataire de la charte.

Women Today

Bonjour Monsieur le Maire, je vous remercie d’avoir accepté notre invitation à commenter la récente signature de la ville de Guyancourt à la Charte européenne pour l’égalité des femmes et des hommes dans la vie locale (AFCCRE).

Avant d’analyser les enjeux engageants de cette charte et afin d’entrer dans le vif du sujet, Monsieur le Maire, c’est le combat d’une commune mais aussi celui d’un homme ?

François Morton

L’un va difficilement sans l’autre. Mon engagement politique et syndical aura été nourri depuis tout jeune par les valeurs de justice sociale et d’égalité des droits. Elles ne m’ont pas quitté, depuis les discussions, enfant, avec mes parents cheminots jusqu’à ma volonté d’intégrer l’éducation nationale et de me spécialiser dans la grande difficulté scolaire et sociale.

WT

Quels sont les objectifs de la Charte européenne pour l’égalité des femmes et des hommes dans la vie locale ?

FM

Cette charte est destinée aux collectivités locales et régionales d’Europe afin de rendre public leur engagement fort en matière d’égalité femmes-hommes. Six principes fondamentaux y sont inscrits : l’égalité entre les femmes et les hommes constitue un droit fondamental ; les discriminations doivent être prises en compte pour traiter de l’égalité ; la participation équilibrée des femmes et des hommes à la prise de décision est un préalable de société démocratique ; l’élimination des stéréotypes sexués est indispensable pour l’instauration de l’égalité entre les femmes et les hommes ; intégrer la dimension du genre dans toutes les activités des collectivités et des régions est nécessaire pour faire avancer l’égalité ; la mise en place de plans d’actions et de programmes adéquatement financés.

WT

Que signifie concrètement cette signature pour une commune et quels en seront les effets pratiques ?

Cette dimension européenne apporte-t-elle une valeur ajoutée ?

FM

Les principes de la Charte européenne pour l’égalité des femmes et des hommes dans la vie locale font partie de l’ADN de la ville de Guyancourt et sa signature n’est donc pas une révolution pour nous. Par exemple nous avons développé une politique ambitieuse en matière de petite enfance, avec des modes de garde diversifiés pour favoriser la reprise d’emploi des femmes. La Ville compte au total 349 places en crèche municipale, ce qui est très important pour une commune de 29 000 habitants. La scolarisation des enfants à partir de 2 ans pour les familles qui le souhaitent (et si les enfants sont propres), est mis en place pour développer la socialisation mais elle a un effet induit sur la reprise de l’activité professionnelle des mères.

Guyancourt propose aussi un accès sans restriction à la restauration scolaire et aux accueils de loisirs, permettant aux deux parents de bénéficier d’un mode de garde dans le cadre de la poursuite de leur activité professionnelle. Beaucoup d’actions de sensibilisation sont également menées en direction des jeunes.  La prévention contre les stéréotypes de genre est faite des crèches à l’espace Jeunes en passant par nos centres de loisirs et nos centres sociaux.  Cela passe aussi par une programmation culturelle totalement paritaire depuis de nombreuses années à la Ferme de Bel Ebat, notre théâtre municipal, et par le projet Édifier notre matrimoine visant à valoriser l’héritage culturel féminin.

Guyancourt a également accueilli la plateforme nationale de signalement des violences sexuelles et sexistes qui permet environ 5000 signalements par an. Et nous organiserons le 25 novembre prochain une grande action de sensibilisation aux violences faites aux femmes, en associant les commerçants de la Commune. Ce ne sont là que quelques exemples d’actions menées localement par la Ville. Néanmoins, la charte nous engage aller encore plus loin et plus vite. D’ici deux ans, nous devrons adopter un plan d’actions avec des mesures concrètes, des ressources fléchées et un calendrier de réalisation. Nous y travaillons actuellement et bien entendu, il nous faudra évaluer les actions régulièrement et, si besoin, les adapter.

WT

Les communes françaises sont-elles particulièrement mobilisées dans cette charte en comparaison à nos voisins européens ?

FM

Plus de 1500 collectivités européennes ont signé la charte, dont près de 300 françaises.

WT

L’avènement de cette charte témoigne d’un recours accru des collectivités locales au « soft law » et par conséquent à des instruments à la valeur juridique limitée ?

FM

La signature de cette charte, comme d’autres de ce type, témoigne d’une volonté politique. Au-delà des contraintes réglementaires et des compétences que portent les communes (et elles sont de plus en plus nombreuses), il est important de pouvoir marquer un projet politique au service des habitants par des valeurs fortes de solidarité, d’égalité et de justice. La charte n’est pas opposable en effet, et ne saurait être une fin en soi, mais elle engage moralement à mener des actions en faveur d’une véritable égalité entre les femmes et les hommes.  Il est tout aussi essentiel que l’Etat prenne aussi ses responsabilités et  impulse une action forte au niveau national, en matière de parité des exécutifs par exemple ou en termes d’égalité professionnelle.

WT

Selon un récent sondage OpinionWay, 92% des jeunes estiment que le sexisme est un problème dans notre société. Au-delà de cette charte, quelles mesures pourriez-vous préconiser face à ce constat accablant ?

FM

 L’éducation à l’égalité filles/garçons commence dès le plus jeune âge, mais les stéréotypes ont la vie dure et il est difficile de s’en dégager. Certains parents refusent par exemple que leur fils joue avec une poupée dans nos crèches municipales. Ce genre de préjugés est intégré et reproduit par les enfants ensuite. Pour prévenir ces situations, nous réalisons un travail fin de pédagogie auprès des adultes d’abord.  Il est ainsi essentiel que les professionnels de l’enfance soient formés à l’égalité filles/garçons pour y faire face et les déconstruire. Nous réalisons aussi un travail de sensibilisation auprès des enfants. Notre Conseil Municipal des Enfants a par exemple réalisé il y a quelques années un calendrier des métiers pour inciter les jeunes à dépasser les préjugés qu’ils peuvent avoir sur certaines professions dites « genrées ». Les mentalités changent trop doucement, il me semble que c’est le rôle des pouvoirs publics d’accélérer le mouvement et, surtout, de prévenir tout risque de régression que l’on peut voir apparaitre ça et là.

WT

Nous expérimentons une première effervescence liée aux prochaines présidentielles avec de nombreux sujets traités mais ne vous semble-t-il pas que les enjeux liés à la parité, à l’égalité soient oubliés ?

FM

En effet, comme souvent hélas dans les campagnes électorales. Je regrette que les enjeux autour de l’égalité des droits et des chances ne soient pas à l’agenda. Elles sont pourtant le socle de toute politique progressiste et solidaire, que ce soit au niveau national ou local. En nous engageant à amplifier encore davantage nos actions, nous contribuons modestement, et à la hauteur de notre responsabilité municipale, à construire une société où toutes les jeunes et tous les jeunes pourrons vivre ensemble dans le respect et l’égalité, débarrassés de tous les archaïsmes qui pèsent encore sur nos comportements et nos modes de vie. 

WT

Monsieur le Maire, je vous remercie et peut-être pour conclure cette conversation pourriez-vous nous donner un exemple de femme inspirante à vos yeux ?

FM Je pense instinctivement à Clarisse Agbégnénou qui est, je trouve, une femme admirable : un exemple de rigueur, d’opiniâtreté et qui sait se relever de ses déceptions pour atteindre ses objectifs.

Propos recueillis par Michael John DOLAN, Women Today

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