24 November, 2020
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IVG dans le monde : SOS, droit des femmes en danger

Récemment devenu effectif en Nouvelle-Zélande et en Irlande du Nord, l’accès à l’avortement est néanmoins globalement en recul à l’échelle de la planète, menacé voire bafoué par la montée des idées extrêmes et des intolérances qu’elles portent en étendard. Focus sur ces replis alarmants.

Ce n’est pas un simple pas mais un grand bond en arrière. Le 22 octobre, on apprenait ainsi que le droit des femmes à l’IVG était une nouvelle fois restreint en Pologne, aboutissant de fait à sa quasi-interdiction. Dans ce pays qui l’avait autorisé dès 1956 sous l’ère communiste puis limité une première fois en 1993, le cantonnant aux grossesses résultant d’actes illégaux type inceste ou viol ou qui présentaient un risque pour la vie ou la santé de la mère ou lorsque le  fœtus présentait une malformation grave, le Tribunal Constitutionnel de Varsovie vient en effet, sous l’influence du parti ultranationaliste PiS qui dirige la Pologne depuis 2015, de valider le texte voté cet hiver qui exclut de son champ d’application ce dernier cas de figure     ( celui du handicap mental ou physique compromettant la survie) . « Je signerai la loi interdisant l’avortement eugénique, avant tout pour supprimer le droit de tuer des enfants atteints du syndrome de Down » affirmait à ce moment-là, péremptoire, Andrzej Duda, le président polonais. Une décision qui a conduit depuis des dizaines de milliers de femmes à aller manifester dans les rues de Gdansk, Cracovie, Lodz et Rzeszow pour défendre ce qu’il reste de cette liberté fondamentale…

Du Brésil à l’Argentine, la contagion de la pensée réactionnaire

Le même type de politique obscurantiste prospère malheureusement au Brésil sous l’influence du populiste Javier Bolsonaro. Cet été, le Ministère de la Santé a exigé du personnel médical qu’il montre aux personnes tombées enceintes à la suite d’un viol l’échographie de leur fœtus. Si la mesure n’a finalement pas été appliquée comme telle par l’exécutif qui l’a modifiée, il n’empêche que la contrée auriverdene cesse d’affirmer ses positions pro-life d’autant plutôt sidérantes quand on connait la situation des femmes, notamment des mineures dans ce pays. Si l’on se base sur des données fournies par l’Annuaire brésilien de sécurité publique de 2019, quatre filles de dix à treize ans y sont violées chaque heure, Ce qui n’a pas empêché Bolsonaro et les siens de ratifier récemment aux côtés entre autres des Etats-Unis et de l’Egypte, un manifeste international expliquant qu’« il n’y a pas de droit international à l’avortement, ni d’obligation des Etats de financer ou de faciliter l’avortement». Cette vague ultra-conservatrice touche aussi l’Argentine voisine, où l’avortement est toujours considéré   comme un crime passible de quatre ans de prison. Une loi visant à légaliser l’IVG avait été entérinée par les députés en juin 2018. Retoquée en août de la même année par les sénateurs, elle est depuis en stand-by….

Des ombres sur la bannière étoilée

Enfin, l’Amérique de Trump ne cesse de régresser sur le sujet. De plus en plus d’Etats tels que l’Arkansas, le Missouri, le Kentucky, le Mississippi, et la Géorgie pénalisent les médecins qui pratiquent les avortements après six ou huit semaines de grossesse. Dans l’Alabama, ils sont carrément proscrits, excepté quand il y a un risque de décès pour la mère. Les praticiens contrevenant à cette règle s’exposent à des peines de prison pouvant aller jusqu’à quatre-vingt-dix-neuf ans. Et l’arrivée à la Cour Suprême d’Amy Coney Barrett, maman de sept bambins et opposée à l’avortement en lieu et place de la fervente féministe Ruth Bader Ginsburg, pourrait ne pas arranger la situation…Dans ce tableau globalement très sombre où l’Histoire semble marcher à rebours ou sur la tête, on recense néanmoins quelques bonnes nouvelles. Sous l’impulsion de sa nouvelle première Ministre Jacinda Ardern, l’IVG a été autorisée le 18 mars en Nouvelle-Zélande. Quelques mois auparavant, c’était la pourtant très catholique Irlande du Nord qui accordait après un référendum national ce droit à ses citoyennes « sans conditions jusqu’à 12 semaines » alors qu’il devait être auparavant justifié par de strictes raisons médicales. Enfin, dans l’Hexagone, l’accès à l’interruption volontaire de grossesse vient d’être renforcé avec l’adoption, à l’initiative de la députée du groupe Écologie Démocratie Solidarité Albane Gaillot, de l’allongement de son délai légal qui passe de douze à quatorze semaines de grossesse. Un signal progressiste dans une époque qui en manque singulièrement…

Bénédicte Flye Sainte Marie

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