5 December, 2020
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Il n’y a pas d’âge pour jouir

Aimer faire l’amour est sain. Une sexualité contrariée est source de nombreux désagréments, a minima.

Aimer faire l’amour est sain. Une sexualité contrariée est source de nombreux désagréments, a minima. Les maux peuvent être physiques comme psychiques, les spécialistes le disent. A une femme de mauvaise humeur, n’avez-vous jamais entendu lui être reproché d’être « mal baisée » (on se demande, au passage, par qui ?) ? 

Un chroniqueur disant tout haut ce qu’il estime être partagé par « tous » les hommes à savoir qu’une femme de plus de 50 ans est invisible sexuellement, qu’une femme de 50 ans n’a pas un corps magnifique du tout, … il va en fabriquer des névrosées frustrées ! Quelle responsabilité ! Ces femmes ménopausées en pensent quoi de tout ça ? Pas si sûre que ça l’intéresse…[1]

Quelques vérités sur le sexe après 50 ans

Déjà, c’est pour moi jouissif de rétablir quelques vérités et de redonner le moral à tant de personnes. Ensuite, voir des hommes et des femmes dans le métro avec ce livre, exhibant fièrement la couverture, Il n’y a pas d’âge pour jouir[2], quelle belle réponse ! Hum, savourons la provocation et notre joyeuse complicité.

Dans ce livre je parle du tipping point. Vous connaissez ? NON ! ce n’est pas une révélation sexo. C’est ce que les sociologues démontrent : à partir de 10% de personnes dans un groupe (formel ou pas) on fait basculer les opinions… ça aussi ça renforce le moral.

Aimer faire l’amour est sain. Qu’on se le dise et le répète…

Comment peut-on s’arroger le droit de mettre à la retraite sexuelle 14 millions de femmes de plus de 50 ans (recensement INSEE 2019) ? Qui peut traiter en objets périmés ces personnes (des personnes) ? Quel type de rapports entre les êtres humains est-ce que cela induit ?

Ne fermons pas ici les questions avec des réponses trop rapides.

La prise de conscience est le premier pas vers un affranchissement personnel, vers l’empowerment.

La jouissance est un droit inaliénable. La santé sexuelle aussi, à tout âge, quelques que soient les corps, magnifiques ou pas.

Le désir est d’abord dans la tête.

Le plaisir sexuel passe par les corps si on y consent. C’est bien pour cela que dans certaines circonstances il ne saurait en être question.

La sexualité des femmes semble ne jamais leur appartenir, il y a toujours quelques individus pour leur ôter. Faut-il que cela leur fasse peur !

Interrogeons ce contrôle.

Le corps des femmes leur appartient-il ? [3] Peuvent-elles en disposer à leur gré ?

La sexualité s’inscrit dans cet environnement.

Pour y avoir accès, les femmes parcourent un marathon où les obstacles ne manquent pas. Certains sont communs à toutes et d’autres se surajoutent en fonction d’une histoire personnelle et de circonstances… et à tout âge !

L’âge de la liberté

Vieillir c’est aussi profiter de son expérience, sauf quand des représentations sociales viennent en décider autrement. A la ménopause, les règles s’arrêtent. La vie sexuelle continue. Qu’on se le dise ! Et même que pour certaines, ça n’a jamais été aussi bien.

Une nouvelle étape démarre. Des contraintes en moins confient les unes… Trop insister sur les éventuels soucis crée une vision angoissante de cette période de vie.  Aussi portons un autre son de cloche, si on est vivantes, et pas encore mortes, il va encore se passer des choses…

Ce n’est pas un chiffre qui va nous rendre identiques. La singularité de chaque personne ne s’estompe pas avec les années, n’en déplaise aux totalitaristes. Aussi, certaines femmes de plus de 50 ans retrouvent une nouvelle jeunesse et sont épanouies alors que d’autres femmes dépriment devant leur splendeur passée. Nous ne pouvons pas négliger dans la sexualité la globalité des êtres. La vie psychique est singulière. L’hétérosexualité implique les hommes comme les femmes, leurs rapports ne se limitent pas à ceux de leurs corps.

Le beau est dans le regard.

Qu’il s’agisse de son propre regard ou de celui de l’autre l’influence subjective est une évidence. Et la violence de certains propos méprisants est à relever pour que la honte change de camp.

Être bien dans sa peau n’est jamais un acquis. La fragilité et la vulnérabilité existent. Pour certaines personnes, encore plus que pour d’autres, le narcissisme peut vaciller s’il frappe là où ça fait mal. Les femmes ont construit une identité où l’image est socialement valorisée. Avec l’âge, il est compliqué de ne pas se remettre en question. Aussi est-il indispensable de s’insurger contre qui a le pouvoir de la parole et se sert des préjugés pour blesser. Souvenons-nous du tipping point… on lesmodifie en s’y attaquant. On les renverse alors.

L’amour est sans âge, il nous dépasse, il nous fait nous dépasser. Le plaisir est tout simplement divin (dixit le pape). [4] Et en jouir est d’abord une question d’ouverture !

Catherine Grangeard, psychanalyste

photographie: Martine Lerasle


[1]
 https://www.nouvelobs.com/societe/20201023.OBS35125/des-femmes-de-plus-de-50-ans-se-considerant-comme-des-seconds-choix-amoureux-prennent-les-miettes-qu-on-leur-jette.html  (Un débat est proposé à Yann Moix avec Catherine Grangeard par la journaliste (Barbara Krief) « Mais est-il prêt ? ». NDLR à ce jour, pas encore….

[2]

220 pages Ed Larousse le 7 octobre 2020.

[3] Ceci est mon corps [4] « Le plaisir arrive directement de Dieu, il n’est ni catholique, ni chrétien, ni autre … Le Pape estime que le plaisir sexuel est « simplement divin » … Le Pape François (sept 2020)

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