8 August, 2020
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Ghislaine Maxwell : portrait de la veuve noire de l’affaire Epstein

Arrêtée le 2 juillet dernier par le FBI, l’ex-compagne du milliardaire américain Jeffrey Epstein aurait été l’une des têtes pensantes du réseau de prostitution international mis sur pied par ce dernier, en jouant les pourvoyeuses de jeunes filles et en aidant le financier à tisser sa toile autour de ses victimes. Chronique de l’itinéraire d’une enfant gâtée qui a basculé du côté sombre de la vie.

Beaucoup de fées étaient rassemblées autour de son berceau. Benjamine d’une fratrie de neuf et idolâtrée par son père, le magnat des médias Robert Maxwell, Ghislaine Maxwell a grandi dans un cadre idyllique à Oxford, au cœur de Headington Hill Hall, un immense manoir de cinquante-trois pièces lové dans la verdure. Elle a ensuite effectué ses études dans les établissements les plus huppés du Royaume-Uni, notamment au Balliol Collège qui a formé entre autres élèves quatre premiers ministres britanniques, dont Edward Heath et Boris Johnson. Mais elle n’a ensuite embrassé aucun des grands destins auxquels elle aurait pu prétendre. Si elle a un temps travaillé dans la presse et pris des responsabilités au sein du club de football d’Oxford, elle s’est essentiellement illustrée ensuite par sa propension à faire la pluie et le temps dans la vie mondaine new-yorkaise… Après le décès par noyade de son père en 1991, qui a été qualifiée d’accidentel par les enquêteurs (mais qui reste suspect aux yeux de la famille Maxwell), elle s’est en effet installée aux Etats-Unis grâce à la généreuse assurance-vie d’environ 100 000 dollars que le disparu, pourtant ultra-endetté, avait pris soin de souscrire pour elle. C’est dans la peau de la jet-setteuse qu’elle est devenue qu’elle fait la rencontre, quelques mois plus tard, de Jeffrey Epstein, puissant gestionnaire de fonds spéculatifs, qui lui ouvre très grandes les pages de son carnet d’adresses où figurent ses amis très haut placés dans la politique, la mode et le monde du spectacle, notamment Bill Clinton, Harvey Weinstein, le prince Andrew et l’actuel président américain Donald Trump « Je connais Jeff depuis 15 ans. Un type génial… C’est un plaisir de passer du temps avec lui. On dit même qu’il aime autant les jolies femmes que moi et beaucoup d’entre elles entrent dans la catégorie des plus jeunes » confiait d’ailleurs, sans s’encombrer de précaution oratoire, le locataire de la Maison Blanche dans une interview donnée au magazine New-York en 2002.

Une association sulfureuse et toxique

Jeffrey Epstein et Ghislaine Maxwell ne se quitteront plus pendant presque trois décennies. Mais ce qui aurait pu être une simple relation amoureuse puis amicale se transforme en histoire très trouble. Si leur liaison ne dure à priori que quelques années, Elisabeth Maxwell, surnommée Lady of House par le personnel d’Epstein reste indispensable à ses yeux après leur rupture. Pour de sombres raisons : sorte de proxénète officieuse, Ghislaine aurait servi les appétits pédophiles de l’homme d’affaires. Pendant une très longue période, Epstein faisait en effet venir dans ses luxueuses demeures de New York et de Palm Beach des adolescentes qu’il contraignait à avoir des relations sexuelles rémunérées avec lui et faisait pression sur ces dernières afin qu’elles persuadent d’autres mineures d’accepter de passer dans son lit. Or, notre it-girl avant l’heure aurait joué un rôle très actif dans ce système d’exploitation sexuelle.  Sorte d’entremetteuse officieuse, elle est soupçonnée d’avoir accompli des repérages dans les spas, dans la rue, dans les lycées ou les clubs-house pour « recruter » des proies. Le psychopathe Epstein et Maxwell, son âme damnée, auraient correspondu par le biais de messages codés qui font partie aujourd’hui des pièces à charge versées au dossier d’accusation. « On t’a trouvé une prof pour t’apprendre à parler russe. Elle a 2×8 ans, elle n’est pas blonde. Les leçons sont gratuites et tu peux avoir la première aujourd’hui si tu appelles » expliquait l’Anglaise dans l’un d’entre eux. 

Fin de partie pour le prédateur 

Si l’argent et l’influence qu’ils donnent freinent parfois les procédures judiciaires, ils ne peuvent pas tout. Le 7 juillet 2019, Epstein, qui avait déjà été condamné en 2008 à treize mois de prison pour incitation d’une mineure à la prostitution mais avait réussi contre un gros chèque à faire largement aménager et réduire sa peine, est à nouveau arrêté, cette fois pour trafic sexuel. A peine quelques semaines plus tard, le 10 août, il est retrouvé pendu dans sa cellule. Un suicide dont il est étonnant qu’il ait pu se produire quand on sait que ses gardiens, avisés d’une précédente tentative, étaient censés le surveiller étroitement. Et qui semble arriver opportunément pour tous les VIP dont Epstein aurait pu décider de fournir l’identité aux autorités… De son côté, Maxwell, clairement mise en cause par certaines accusatrices d’Epstein, parmi lesquelles Virginie Roberts Giuffre, demeure introuvable. Ce n’est que presque un an plus tard à Bradford, dans le New Hampshire que sa cavale trouvera son épilogue. Dixit la chaine CNN, son quotidien aurait pendant ce laps de temps rimé avec opulence, grâce aux 20 millions de dollars qui prospéraient sur ses divers comptes en banque. Face aux enquêteurs, la quinquagénaire se montre aujourd’hui quasiment muette, ne s’exprimant que pour réfuter toute participation aux faits qu’on lui reproche. Mais si elle se décidait un jour à sortir du silence, l’effet pourrait être dévastateur. En plus de son témoignage personnel sur tout ce à quoi elle a pu assister, Ghislaine Maxwell détiendrait toute une série de vidéos à caractère pornographique où figureraient des célébrités. L’affaire Epstein n’est pas morte avec lui, elle ne fait donc que commencer…

Bénédicte Flye Sainte Marie, journaliste, Women Today

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