5 December, 2020
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Election de Joe Biden : une victoire pour les femmes et le féminisme ?

Contrastant avec l’outrance machiste décomplexée de Donald Trump, le démocrate ressemble en comparaison à un chevalier blanc de la cause féminine et féministe. Mais quels sont dans ce domaine les véritables convictions et engagements de l’ex-bras droit de Barack Obama ? Tour d’horizon.

Avec Donald Trump, les Etats-Unis ont trouvé le champion toutes catégories de la misogynie. Le Républicain à la mèche peroxydée est d’abord coutumier des propos orduriers tenus envers les femmes. En 2015, Megyn Kelly, journaliste pourtant très conservatrice, lui avait soumis lors d’une émission sur Fox News une liste non exhaustive des qualificatifs dont il les avait affublées depuis qu’il occupe l’espace médiatique, notamment « grosses truies, chiennes, bonnes à rien et animaux dégoûtants ». Et on vous épargne ses digressions sur celles qui l’attirent et qu’il aime « prendre par la chatte ». Mais s’il est d’un sexisme inouï dans les mots, Donald Trump l’est aussi dans les actes. Depuis le début de son mandat, l’apôtre du Make America Great again a concrètement fait régresser les droits des femmes, s’attaquant aussi souvent que possible à l’IVG, y compris au niveau international. Il a notamment signé, aux côtés d’une trentaine d’autres pays, un texte commun visant à le limiter au maximum dans un objectif de « préservation de la vie humaine». Et il s’est employé également à saboter le Patient Protection and Affordable Care Act , dit Obama Care, couverture maladie instituée en 2010 qui permet à vingt-millions d’Américains supplémentaires de bénéficier d’une assurance santé, notamment parmi les populations féminines précarisées qui ne rentraient pas dans les critères des dispositifs publics du Medicaid,  réservé aux plus pauvres ou le Medicare, dévolu aux plus de 65 ans et aux invalides.  

Les contrepieds systématiques de Joe Biden 

Dans ce contexte, l’arrivée à la Maison Blanche de Jo Biden s’apparente à un souffle d’air frais. D’abord parce qu’il est un fervent partisan de l’Obama Care qu’il souhaite défendre ( le nombre de bénéficiaires aurait décru de 1,4 millions sous l’administration Trump) et étendre à tous ceux ( ou presque) qui ne possèdent encore pas ce type de protection sociale. « Il ne s’arrêtera pas là. Il s’appuiera également sur la loi sur les soins abordables avec un plan pour assurer plus de 97% des Américains » explique le site Joe Biden.com sur lequel il détaille ses intentions. Il y garantit aussi qu’il préservera l’accès à la contraception et la possibilité pour les femmes d’avorter. « Son ministère de la Justice fera tout ce qui est en son pouvoir pour arrêter la flambée des lois étatiques qui violent de manière si flagrante le droit constitutionnel à l’avortement » y lit-on. Il y a quelques mois, Joe Biden a par ailleurs déploré la persistance des écarts de salaires entre hommes et femmes et soutenu les revendications des joueuses de l’équipe nationale de foot qui exigeaient, sous la houlette de leur capitaine Megan Rapinoe, d’être payées comme leurs homologues masculins. « Égalité salariale, tout de suite. Ou sinon, lorsque je serai président, vous pourrez aller voir ailleurs pour financer la Coupe du Monde » s’est-il emporté dans un tweet le 1er mai dernier. Enfin, bien avant d’avoir remporté l’investiture démocrate, Biden a milité contre les violences faites aux femmes. En 1994, il a co- rédigé le Violence Against Women Act (VAWA) qui renforçait l’arsenal policier et judiciaire déployé pour enquêter sur les crimes violents commis envers les femmes et les pénaliser plus sévèrement. En 2004, il a ensuite porté sur ses épaules, aux côtés de Barack Obama, le mouvement It’s On Us, voué à lutter contre les agressions sexuelles dans les universités. Enfin, il a suscité une vague d’émotion en 2016 en écrivant une lettre à la victime d’un viol à Stanford dont l’auteur n’avait été que très légèrement condamné, où il déplorait la culture du viol en vigueur sur les campus qui fait « qu’une femme sur cinq est agressée sexuellement – année après année. Une culture qui prône la passivité et encourage les jeunes étudiants et étudiantes à simplement regarder ailleurs. (…) Une culture qui pose encore et toujours les mauvaises questions : comment étiez-vous habillé ? Pourquoi vous trouviez-vous à cet endroit ? Combien de verres aviez-vous bus ? Au lieu de demander : pourquoi pensait-il qu’il avait de droit de violer ? » 

Le sans-faute de sa partenaire Kamala Harris 

Le tableau serait donc flatteur pour Biden s’il ne traînait pas derrière lui des accusations d’attouchements émanant de Tara Reade, l’une de ses anciennes assistantes, qui affirme qu’il a eu des gestes déplacés en 1993 lorsqu’il était sénateur et qu’elle travaillait pour lui à Washington. Une affaire qui embarrasse outre-Atlantique les féministes, aux yeux desquelles il était cependant indispensable de soutenir Biden pour faire barrage à Trump. « C’est gênant, mais cette histoire nous touche différemment car elle advient au milieu d’une des élections les plus importantes de nos vies. Désolée de vous décevoir, mais je n’ai pas de réponses faciles » a confié sur Twitter Tarana Burke, activiste à qui l’on doit le lancement de #MeToo. A défaut de faire l’unanimité, Joe Biden apparait donc comme le rempart le plus sûr contre Trump. Dans son épopée vers la Maison Blanche, le natif de Pennsylvanie aura été grandement aidé par Kamala Harris, sa colistière. Ultra-mobilisée pendant la campagne durant laquelle elle a assuré de très nombreux meetings, écoutée par les minorités, à la fois incollable sur ses dossiers et impeccable de self-control face aux excès verbaux de ses adversaires dans les débats télévisés, active sur les réseaux sociaux et enfin beaucoup plus jeune que son chef de file, celle qui devient la première femme, en outre noire et d’origine indienne, à accéder au statut de vice-président(e) personnifie un visage de l’Amérique contemporaine que Joe Biden n’est pas du tout en mesure d’incarner. 

Bénédicte Flye Sainte Marie

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