Différences entre l’intelligence des filles et des garçons : la fin d’un mythe

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin
Partager sur email
Partager sur print

Si l’on écoute ce que nous rabâche le bon vieux sens populaire, le fait d’être nanti (e) des gamètes XX ou XY influerait largement nos capacités cognitives et nous prédestinerait à certains domaines et carrières plutôt qu’à d’autres. Et justifierait par exemple qu’on retrouve peu de mathématiciennes ou de cheffes d’entreprise dans le secteur numérique… Une pure fiction que la science ne cesse aujourd’hui de remettre en cause. Décryptage.

Que celle ou celui qui n’a jamais entendu (ou prononcé) des phrases comme « Il est bon en jeux de construction ? Normal, c’est un garçon » ou « C’est une vraie fille, elle a son monde son monde bien à elle » lève le doigt ! Parce Dame Nature les a pourvus d’un pénis, alea jacta est, les individus masculins seraient davantage dotés d’aptitudes pour tout ce qui est technique et scientifique, En revanche, les êtres féminins, ces faibles roseaux pensants qui ondoient sous le vent, seraient plus conçus pour tout ce qui relève du langage, de l’imagination, de l’abstraction et seraient ainsi taillés pour le domaine littéraire et les métiers du care. Des poncifs tellement ancrés dans les têtes que peu de gens éprouvent le besoin de les battre en brèche… Heureusement, la science est là pour torpiller ces idées reçues. Le spécialiste Jacques Grégoire, qui exerce à la faculté de psychologie et de sciences de l’éducation de Louvain en Belgique a ainsi passé au crible trente-cinq ans de données d’étalonnage de tests de QI réalisés auprès de participants de 6 à 16 ans. Il en ressort qu’aucun écart « significatif » n’est observable entre les filles et les garçons. Seules quelques très légères différences s’observent au profit des premières sur la vitesse de traitement des informations ; un bonus qui pourrait trouver sa source selon cet expert dans de meilleures compétences en lecture, une plus grande attention et une motricité fine davantage développée. L’illustration par les chiffres que le sexe ne doit pas conditionner la branche professionnelle dans laquelle on choisit d’exercer…

Quand notre culture induit une auto-censure chez les filles

En dépit de ces éléments tangibles, qui concordent avec ceux que la recherche a pu fournir ces dernières décennies afin de prouver que l’intelligence n’est pas genrée, d’autres expériences sur le terrain montrent que dès l’âge de six ans, les petites filles subissent les stéréotypes jusqu’à finir par les assimiler et ont tendance à déprécier leurs propres compétences. Une étude parue dans le prestigieux magazine Science en 2017 a témoigné de ce phénomène à travers deux expériences. La première consistait à demander à des enfants d’attribuer un genre à un protagoniste décrit sous cet intitulé « Une personne dans mon bureau est vraiment, vraiment intelligente, elle résout les problèmes plus rapidement et mieux que quiconque ». A cinq ans, les petites filles étaient une majorité à supposer, comme faisaient de leur côté les garçons, que cette dernière était de leur sexe. A six ou sept, cette proportion décroissait de 20 à 30 %. Dans le deuxième protocole, lorsqu’il leur était proposé des jeux prévus pour « des enfants vraiment, vraiment intelligents », les petites filles osaient moins s’y intéresser que les garçons et privilégiaient ceux pour « les enfants qui font beaucoup d’efforts » … alors que dans ce même groupe, tous reconnaissaient que les filles avaient globalement des notes plus élevées. Un conditionnement négatif, déclenché et entretenu par la société, qui est préoccupant car il se répercute ensuite dans leurs orientations scolaires et professionnelles: dans un rapport rédigé en 2014 pour le Commissariat Général à la Stratégie et à la Prospective, Marie-Cécile Naves et Vanessa Wisnia-Weill expliquaient ainsi que malgré de meilleurs résultats scolaires ( un taux de réussite plus haut au bac), les filles se retrouveraient dans leur grande majorité dans des filières moins sélectives et moins valorisées que les garçons.

Des croyances intériorisées mais pas avouées

Mais faire la peau aux clichés de ce type n’est pas une tâche aisée car peu parmi nous sont prêts à reconnaitre les véhiculer, de la même façon que les électeurs qui votent pour les extrêmes de l’échiquier politique ne sont pas disposés à l’admettre publiquement. Une équipe rassemblant des chercheurs de New-York, de Harvard et Denver, qui a publié ses conclusions en septembre 2020 dans le Journal of International Psychology, a interrogé les habitants -adultes et enfants- de soixante-dix-neuf pays du monde sur les personnes qu’ils considéraient comme « brillantes » Lors des entretiens oraux, ceux-ci expliquaient ne pas adhérer à l’idée que les hommes l’étaient davantage que les femmes. En revanche, ces mêmes volontaires, lorsqu’on les soumettait à des stimuli sur écran, associaient bien davantage ce terme et celui de « génie » à des images où se trouvaient des hommes plutôt qu’à celles où figuraient des femmes. Il reste donc beaucoup de choses à changer et de leviers à actionner, que ce soit dans l’attitude des parents, notamment au niveau de la présence et de l’implication des pères dans le quotidien, dans les usages pédagogiques et éducatifs et les contenus des supports culturels  ( livres, films, magazines, jeux vidéo…) pour égaliser les chances et permettre que les filles qui naissent et grandissent aujourd’hui puissent devenir aussi facilement cosmonautes, charpentières ou physiciennes que professeure des écoles, puéricultrice ou danseuses-étoiles. 

Bénédicte Flye Sainte Marie

Vous souhaitez réagir, intervenir, suggérer ? Nous vous écoutons :  contact@womentoday.fr

En pratique :

* l’article du Pr Jacques Grégoire est à retrouver dans la revue A.N.A.E. n° 169, (source : Les différences intellectuelles entre garçons et filles, 35 ans d’évolution du WISCR au WISCV. A.N.A.E., 169, 673-681)  Elle est vendue 39 euros. Infos sur le site de l’ANAE

* L’étude Gender stereotypes about intellectual ability emerge early and influence children’s interests se trouve ici

* L’étude Adults and children implicitly associate brilliance with men more than women est à consulter ici

Depuis plus d’un an, Women Today, (ex-Sarasvatî) et sa Lettre des femmes hebdomadaire explorent toutes les facettes du féminin et du féminisme. Donnent la parole à celles et à ceux qui misent sur la réflexion, plutôt que sur la division, pour éveiller les esprits, faire avancer la parité et reculer les inégalités.

Chaque semaine, son lectorat (60 % de femmes et 40 % d’hommes, toutes générations confondues) s’accroit et porte son message d’engagement positif. Mais parce que Women Today a fait le choix dès le départ de fonctionner sans publicité ni sponsor, nous avons besoin de vous afin de continuer à grandir et faisons appel aujourd’hui à vos dons.

Merci infiniment par avance de vos précieuses contributions.