Désir de maternité et égalité procréative

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A qui appartient le corps des femmes ?

Il est intéressant de constater que le corps des femmes effraie au point de vouloir le contrôler. Des femmes décident désormais de se saisir de leur destin en tant que partie fécondante de l’humanité et d’aller au-delà des injonctions sociales. Elles s’autorisent à user ou non de ce corps, à investir la sphère publique pour acquérir cette liberté et jouir de ce pouvoir.

Parce que ce corps subit encore l’injonction de la maternité tout en butant sur une pseudo liberté confisquée. Les mamans solos par choix se confrontent ainsi dès l’apparition de leur désir aux assignations sociales traditionnelles puisque la conception demeure encadrée. Et tandis qu’un projet de loi envisage de bouleverser cette logique, elles assistent à une vive opposition notamment d’hommes, nombreux, qui discutent de l’opportunité ou non pour la femme de disposer librement de son corps.

Ces restrictions théoriques sont pourtant contournées dans une Europe aux frontières fluides. Les femmes les pénètrent pour s’octroyer le choix d’enfanter.

Et par ce choix, libre et assumé, des milliers de mamans solos naissent chaque année.

Cette égalité procréative ne doit pas effrayer.

Une révolution anthropologique joyeuse et souhaitable

On demande systématiquement à une femme de se justifier sur son désir ou non d’avoir des enfants comme si contrarier un destin biologique entendu et scellé dans son corps était une faute.

Pourtant, dès le plus jeune âge, la petite fille est conditionnée à jouer un rôle de mère : on lui confie une poupée avant même qu’elle ne sache marcher. On pousse la sophistication jusqu’à produire des poupons joufflus qui pleurent, se soulagent, reçoivent le biberon, se font habiller, changer, appellent maman….

A ces mêmes femmes, la société va reprocher de ne pas avoir succombé à la manipulation ou de désirer un enfant trop tôt, trop tard, différemment.

Cette injonction à la maternité supporte mal le désir de réappropriation des corps jusque dans l’intimité et la maîtrise réelle de la procréation : quand je veux, avec qui je veux et si je veux. Cela contrarie la pensée acquise d’un modèle sociétal unique tourné autour d’un cellule familiale nucléaire. Cela suppose d’admettre qu’une femme puisse parfois juste vouloir enfanter pour satisfaire un projet parental personnel et réfléchi. Et cela implique aussi d’accepter qu’une femme puisse ne pas vouloir se plier à une destinée procréatrice qu’elle rejette.

Une révolution anthropologique libératrice pour la femme

Le scénario de la jeune femme en couple hétérosexuel qui enfante pour respecter l’ordre des choses est une réalité, celle à laquelle aspirent de nombreuses femmes. C’est un idéal tout aussi respectable que celui de celle qui décide en toute conscience d’attendre, ou de celle qui souhaite emprunter des chemins de traverse, par conviction ou pas.

La révolution anthropologique que les femmes connaissent depuis le jour où elles ont le droit de prendre la pilule se poursuit. Elle se traduit par une égalité de choix et l’admission enfin que tous les modèles familiaux sont possibles. Le couple hétérosexuel cisgenre n’est plus la seule entité familiale existante et légitime. Toutes ces familles sont réunies autour du même désir et de la même volonté de donner de l’amour à un enfant, l’élever, le protéger, en faire un être équilibré et sain.

Alors, que la société cesse de montrer du doigt :

– La femme qui fait le choix de la non-maternité et qui va jusqu’à solliciter une stérilisation volontaire,

– La femme qui partage son projet parental avec une autre femme

– La femme célibataire qui revendique l’égalité procréative pour répondre à l’appel de la maternité – ce à quoi on la prépare dès le plus jeune âge finalement

Cette dernière, doit en outre supporter les soupçons les plus humiliants sur ce qui se passe dans son entrejambe. Elle devra s’expliquer, répéter, rassurer autrui dans la projection de ses propres peurs.

Et malheur à celle qui n’a jamais éprouvé le désir de partager sa couche. Malheur à celle qui n’envisage pas de composer une « vraie » famille une fois la lutte contre l’horloge biologique vaincue et l’enfant présent. Malheur à celle qui, vile traîtresse, cherche à sortir d’un statut qui l’étouffe.

Chaque femme, quelle qu’elle soit, est confrontée à la critique de sa vie utérine, de ce qu’elle souhaite en faire.

Une révolution anthropologique qui résonne en liberté et égalité procréative

Dans une société patriarcale héritière des enseignements d’Aristote et de sa vision surannée de la femme, osons faire bouger les lignes et créer des familles basées avant tout sur l’amour, les interactions heureuses et non sur une norme fictive dans laquelle certaines ne se retrouvent pas.

Qu’elle soit seule ou en couple, le désir d’enfant de la femme demeure pluriel. Il diffère d’une femme à l’autre. Et en toute circonstance, ce désir peut venir combler une blessure névrotique ou être un véritable choix d’amour. Chacune le construit avec son histoire, des motivations parfois inconscientes, ses aspirations. Et chacune constituera l’entité qu’elle souhaite en fonction de sa conception de la vie ou de ses sentiments.

C’est en cela que la femme peut s’enorgueillir de vivre une véritable révolution dans la construction de la famille, une bouleversement anthropologique heureux, un contrôle réel de la procréation, des corps et enfin un choix ouvert et offert à toutes de vivre ou non la parentalité.

Cette diversité ne doit plus être niée, ni être vue au travers du prisme d’une éventuelle décadence ou permissivité.

Chaque femme devrait avoir le droit, le choix égal, de répondre à ce désir narcissique de se reproduire. 

Mariama Soiby, de l’association Mam’en Solo

En pratique : Mam’ensolo est une association fondée en septembre 2018 pour porter la voix des femmes célibataires désireuses d’accéder à la maternité grâce aux techniques de santé procréatives. Elle est composée de femmes contraintes de traverser les frontières pour fonder une famille. Elle prône des valeurs de liberté, de sororité et d’égalité de toutes face à un projet parental. Pour en savoir plus, rendez-vous sur https://mamensolo.fr/

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