26 September, 2020
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Xavier Dupont de Ligonnès, un homme ordinaire, chronique d’une emprise

Xavier Dupont de Ligonnès, ses relations avec les femmes.

C’est l’événement télévisuel de la rentrée. Alors que Society a récemment suscité un raz-de-marée en kiosques avec ses deux numéros consacrés à l’affaire Dupont de Ligonnès, M6 nous livre une série largement inspirée de ce fait divers qui n’en finit plus de passionner l’Hexagone.  Ses relations avec les femmes, la domination qu’il exerçait sur son entourage, sa mégalomanie… Pierre Aknine, son réalisateur, brosse pour nous le portrait d’un meurtrier hors norme.  

Toute ressemblance à des personnes existantes ou ayant existé n’est absolument pas fortuite. Si la figure centrale d’Un homme ordinaire se nomme Christophe de Salin et non pas Xavier Dupont de Ligonnès et que le récit se déroule à Lyon plutôt qu’à Nantes, cela obéit simplement à des précautions d’ordre juridique prises par Pierre Aknine au moment de composer la trame de son « feuilleton du réel ». « Contrairement à ce que cela pourrait laisser croire, il y a très peu d’inventions narratives dans Un homme ordinaire. S’il avait été conçu maintenant, avec tout ce qui s’est déroulé depuis, on n’aurait pas hésité à l’appeler Dupont de Ligonnès. Les seules différences avec un documentaire, c’est qu’on a créé quelques personnages supplémentaires, notamment celui d’Anna-Rose Gagnières, la hackeuse incarnée par Emilie Dequenne et que le dernier épisode relève de notre interprétation. Mais à côté de cela, on raconte la vérité. Nous sommes au plus près de ce qui s’est passé » précise Pierre Aknine, qui a travaillé sur le sujet pendant plus de trois ans en tandem avec sa compagne Anne Badel, psychologue, professeure de psychopathologie et scénariste. Ce dernier regrettait en effet le traitement stéréotypé et désincarné qui avait été fait de l’épopée sanglante de Xavier Dupont de Ligonnès dans tous les films qui lui avaient été consacrés jusqu’alors. « Je voulais donner corps à ces êtres. Comprendre aussi l’histoire de cet homme qui n’est pas comme tout le monde mais qui produit cette impression au départ. Et qui a su surtout faire de sa cavale un véritable chef-d’œuvre » commente Pierre Aknine, qui dit avoir décidé de s’approprier le cas de XDDL après avoir vu sur la chaîne Planète un reportage sur John List, habitant de Westfield dans le Massachusetts, qui a pris la fuite en 1971 après avoir supprimé cinq membres de sa famille et qui n’a été retrouvé qu’en 1989 grâce à un buste diffusé dans l’émission America’s Most Wanted qui le représentait sous des traits vieillis. 

Un virtuose des faux-semblants 

On suit donc au cœur des quatre volets d’Un homme ordinaire le parcours de celui qui, avant même d’assassiner froidement son épouse, Agnès, leurs enfants Arthur, Thomas, Anne et Benoit et leurs deux chiens Léon et Jules a navigué pendant des années en eaux troubles, entre mensonges constants, doubles vies amoureuses et manipulation. Car XDDL faisait subir aux autres ses paradoxes… Il rêvait de donjuanisme, à l’image de ce qu’avait représenté son Casanova et flambeur de père Bernard-Hubert, décédé deux mois avant la tragédie, mais était étranglé par le puritanisme des valeurs transmises par sa mère Geneviève, catholique illuminée, dont le groupe de prière, l’Eglise de Philadelphie, est soupçonné de dérives sectaires depuis des décennies. Si Xavier infligeait à ses fils et à sa fille une éducation très corsetée et rigoriste, la plus soumise à son influence était cependant Agnès, sa femme, avec laquelle il a convolé par « par défaut » dixit Pierre Aknine en 1992, après la fin de son idylle avec Claudia, une Allemande dont il était follement épris. Pendant tout le temps qu’aura duré son union avec Agnès, il n’aura cessé de la maintenir sous son joug, d’abord financièrement puisqu’il a soigneusement dilapidé pour les besoins de ses hasardeuses aventures entrepreneuriales l’héritage qu’elle avait reçu. C’est justement un refus d’Agnès de mettre à nouveau la main au porte-monnaie pour financer ses projets, absorber ses dettes et emprunts qui a provoqué leur brève séparation en 2005… 

Mysticisme et égo sans limites 

Mais s’il s’appropriait sans scrupule l’argent qui appartenait à Agnès, il avait également pour habitude de la déprécier sur son physique, son caractère et sa manière de se comporter et savait comme personne lui retourner le cerveau, la persuadant que c’était elle qui faisait leur malheur commun. « Dès que je m’adresse à mon mari, il se sent attaqué, humilié, rabaissé » écrivait-elle sur les forums où elle se confiait sous pseudo, expliquant aussi « J’ai des soucis dans mon couple car j’ai un mari très vieux jeu dans sa façon d’être dans la famille : le père est le chef, il donne un ordre, on l’exécute sans voir à questionner ni à comprendre, point !». Ce que confirme Pierre Aknine « On le voit quand Agnès le trompe. Il réussit à lui faire écrire une lettre qu’il envoie à leurs familles et à leurs amis où elle avoue sa « faute ». Il l’humilie, la traîne plus que bas que terre. Sa technique, c’est de manipuler les autres. On ressent d’ailleurs ce côté pervers dans la façon minutieuse dont il a préparé ses crimes, jusqu’à revenir à la charge deux fois pour tuer Thomas. C’est quelqu’un d’extrêmement narcissique, qui se donne même des accents christiques si l’on envisage la façon dont il a enterré ses victimes » témoigne-t-il. Un empire mental sur ses proches qui se constate encore aujourd’hui puisque Christine, la sœur de Xavier, continue toujours, onze ans après les faits et contre les évidences, à clamer l’innocence de son frère…

Bénédicte Flye Sainte Marie, Women Today


En pratique : La série Un homme ordinaire réalisée par Pierre Aknine, avec Arnaud Ducret, Emilie Dequenne et Chloé Lambert, sera diffusée les mardi 15 et 22 septembre à 21h05 sur M6.

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