10 August, 2020
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COVID-19 : Le jour d’après !

Que fait-on le lendemain des crises planétaires ?

Le XXI° siècle a débuté par les attentats du 11 septembre 2001, un choc géopolitique et humain majeur qui a entraîné depuis des modifications drastiques de nos concepts de sécurité. Les citoyens du monde entier se sont vus imposer de nouvelles normes de protection, notamment au sein du transport aérien. La pandémie terroriste a continué à se répandre rapidement sur la planète tuant des innocents, emplissant des hôpitaux débordés, s’immisçant jusque dans les failles et entrailles sociales et sociétales les plus profondes. Elle a entraîné en cascade diverses guerres barbares et fondé de nouveaux foyers d’infection, d’âmes infectées à des régions entières occupées. Une lutte relativement coordonnée a ainsi été lancée pour contrer la pandémie terroriste, dont les funestes empreintes et étreintes ne demeurent pas sans conséquences, décisions et réactions de nombreuses populations résolues à se défendre.

Voilà désormais que le XXI° siècle est secoué par une nouvelle pandémie séculaire, d’une toute autre nature mais funeste d’autant, après de plus modestes alertes épidémiques en 2003 (SARS-COV-1) et en 2009 (H1N1). La pandémie de la maladie à coronavirus (COVID-19) a commis ses premières exactions, discrètement et pernicieusement d’abord avant d’étendre rapidement son emprise anxiogène et sinistre sur le monde. Une tragédie planétaire, voguant au gré de ses transmetteurs, décimant sans trêve ni cessez-le-feu, sans distinction de couleur de peau, de sexe, d’ethnie, de religion ou de nationalité… comme aveuglée par un désir chimérique de réduire à néant toute forme de paix, prospérité, santé… Confinement, distanciation sociale, isolement, fermeture des frontières, replis identitaires ou nationaux, stigmatisations sectorielles, et finalement peur, peur à en faire se cloître certains et à en faire trembler d’anxiété certains autres, peur à en avoir le souffle coupé, littéralement.

Deux pandémies, deux histoires différentes, mais un récit commun : le nôtre, celui de notre civilisation contemporaine. Dans les deux cas nous percevons clairement la responsabilité humaine et nous craignons les effets directs et collatéraux à long terme. Quel rôle l’être humain tient-il dans ces pandémies, quelles responsabilités porte-t-il sur ses épaules ? Dans un cas, certains ont semé la haine, dans un champ de misère et d’ignorance, pour mieux y récolter la violence. Dans l’autre, l’être humain a altéré les habitats naturels d’animaux sauvages, contribué au bouleversement des écosystèmes,[1] déforesté sans répit dans une inlassable quête au profit et à la consommation de bas coût pour une minorité mondiale, au mépris d’innombrables vies. Que d’ingrédients essentiels pour une pandémie à succès !

Il nous revient dès lors de considérer en toute logique certaines mesures qui semblent s’imposer à nous. Rituels religieux, communautaires ou purement idéologiques de côté, concentrons nos forces, notre énergie et nos connaissances. Puisque La Connaissance est notre plus puissant moteur de production (A. Marshall, 1890). Construisons ensemble un lendemain où les femmes auront leur juste place dans les sociétés, où écologie ne serait plus contraire à l’économie, et au sein duquel nous pourrions a fortiori renforcer les solidarités qui nous guident en tant qu’individus à vivre, non pas l’un à côté de l’autre mais véritablement réunis les uns pour les autres. Comment pourrions-nous par exemple continuer à nier la nécessaire revalorisation des métiers premiers qui s’impose ? Notre salut ne se trouve nulle part ailleurs que dans notre union, individus, territoires, nations… gardons à l’esprit notre devise européenne, In varietate concordia.

Quel sera donc le sort des hôpitaux et institutions de santé après la crise ?

Au lendemain de la catastrophe, nous compterons nos morts, nous ferons le bilan des pertes, nous soignerons nos blessés de guerre, surtout psychiques, et rendrons hommage aux combattants de l’avant. C’est à ce moment que les soignants baisseront la garde, avec un risque élevé de blessures psychiques (anxiété, surmenage, dépression, addictions, suicide). Quel sera le lendemain de nos soignants ? Quelles leçons allons-nous en tirer en termes de renforcement de moyens, de stratégies de prévention primaires et secondaires, de formation aux enjeux psychologiques des soins et de la gestion des situations de crises sanitaires ? Allons-nous déployer les moyens pour leur venir en aide ? Allons-nous soutenir de façon pérenne la recherche française ? Il le faut.

Et à quoi ressemblerait finalement la société ? Si nous venions à collectivement prendre conscience de notre tâche commune ?

Je m’endors avec cette question, qui me hante mais m’emplit d’espérance et d’optimisme… Ça y est ! L’être humain a pris conscience de l’importance de son milieu de vie… Il veut protéger l’environnement, préserver l’avenir de l’humanité. L’être humain s’est transformé et s’apprête à bouleverser son mode de vie selon le principe de résilience d’Hölderlin : Là où croît le péril, croît aussi ce qui sauve. Il a évolué et a tiré les bonnes leçons de cette situation mortifère : partage des biens selon un système d’économie circulaire, consommation raisonnée et coopérative, évolution globale vers une certaine sobriété sociale, économique et écologique. Les hôpitaux sont rénovés, les soignants revigorés, ils sont nombreux et toujours aussi passionnés. Je me retourne dans mon lit, et je me réveille quasiment en extase. Le jour d’après est un jour de Paix, d’annihilation des violences, de reconnaissance des génocides, de repentir, de protection des plus vulnérables, de respect de la nature et d’autrui, d’égalité femme-homme… Qui sait ?

Ce qui compte réellement c’est la manière dont nous réagirons, et ainsi dont nous modifierons nos idéologies, modes de vie et de pensées, dogmes et présupposés. Le jour d’après sera meilleur quand l’humain le sera, si l’humain le veut (inchah-al-insan) !

Professeur Wissam El-Hage

Médecin psychiatre au CHRU de Tours, professeur de psychiatrie et enseignant chercheur à la Faculté de Médecine de l’Université de Tours.

[1] https://www.lemonde.fr/planete/video/2020/04/19/pourquoi-nos-modes-de-vie-sont-a-l-origine-des-pandemies_6037078_3244.html?utm_medium=Social&utm_source=Facebook&fbclid=IwAR3_ERNPYp8aUC4p8kqpnyFnIrVASW_TdMGviljB-Ix5q_bfqeiUCJKlTdU#Echobox=1587283470 « Pourquoi nos modes de vie sont à l’origine des pandémies ?» par Marc Bentinelli, 19 avril 2020.

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