24 November, 2020
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Chronique d’une infirmière face au virus

Comment ce virus a t’il fait pour éveiller un tel élan d’humanité ?

1ere Partie

Comment le Covid-19, un virus inconnu, a t’il fait pour éveiller un tel élan d’humanité ?

Pourquoi vos applaudissements m’ont ils autant touchés?

Si profondément?

Et m’ont rendue si heureuse, si pleine de gratitude ?

Votre COMPASSION, votre GÉNÉROSITÉ sont venues faire écho à ma sidération, mon incompréhension, devant la survenance de ce virus en force dans nos services.

À ma PEUR au ventre qui pas après pas, applaudissement après applaudissement, cédait jusqu’à l’oubli une fois en action.

À ma tristesse en réponse à la douleur de mes collègues, patients et familles.

À mes larmes, face à la mort inattendue d’un patient et au DÉSARROI des vivants dépossédés de leurs derniers instants auprès de leur proche.

À mes SOURIRES, face au moindre signe de mieux être ou de rémission voire de guérison d’un patient.

Maintenant, mes yeux se tournent vers l’horizon avec Espoir et Confiance, prête à accueillir les difficultés et souffrances à venir car j’ai goûté à la chaleur réconfortante de l’élan de votre Amour Bienveillant.

J’ai rencontré le sentiment de joie que donne la vision d’une humanité unie, connectée face à un adversaire commun.

UNE UNION SACRÉE MONDIALE ?? Grâce au Covid 19, nous n’avons été qu’UN durant ces semaines. Et quel bonheur !!!!! Nous avons fait preuve de force, de courage et de générosité.

ENSEMBLE nous avons pris soin les uns des autres. Je vous suis reconnaissante de m’avoir offert la plus leçon d’amour de toute ma vie.

2° Partie

Comment ne pas être admirative devant ma collègue ?

Cette jeune mère d’une petite fille de huit mois qu’elle continue d’allaiter, même si elle est exposée au virus. Son métier d’aide soignante, elle le fait scrupuleusement faisant des soins de nursing avec douceur et dextérité malgré toutes les barrières physiques imposées par le Covid 19.

Comment rester insensible face à une autre collègue qui vous exprime « c’est trop dur, encore un mort ». Que faire de sa souffrance qu’elle essaye de taire en fumant cigarettes sur cigarettes et en fuyant le contact de nos regards. Par honte? Par pudeur?

Comment ne pas être heureuse quand une femme vous dit au téléphone «  bonsoir, c’est vous mon ange gardien? Comment vont mes parents ? ». Une fois la famille rassurée, l’infirmière apaisée s’autorise à aller se coucher à 0h30.

Comment ne pas sentir bien, fière de son métier quand une famille offre et livre à tout le service plusieurs colis de mignardises. Des nourritures affectives comme dirait Boris Cyrulnick pour que nous puissions être, devenir ou rester résilient ?

Comment ne pas avoir peur, le 14 avril pour mon propre fils quand j’apprends qu’il va commencer son stage hospitalier. Ma chair est en danger mais je dois le rassurer, lui donner les bonnes informations, pour qu’il prenne soin de lui !? Et que malgré l’impertinence de ses 22 ans, il doit rester conscient du danger mortel qui l’entoure dans la structure hospitalière.

Que faire de l‘angoisse de sa propre mère qui pour la première de sa vie a peur de la mort. Elle refuse de mourir car elle redoute que l’on ne respecte pas sa foi. « Mourir oui, mais pas comme ça ! » car l’administration refuse les rites funéraires dans le respect de la Foi qui l’a portée toute sa vie.

Qui ai je été pendant cette pandémie ? Aurais je pu être autrement meilleure, moins égoïste, moins téméraire, moins peureuse….. Je ne sais pas. Désormais, nous vivons au fil des jours…..Ces dernières semaines nous avons partagé le même destin, la Mort s’est invitée à nos portes alors nous sommes restés chez nous !!

MERCI pour cet acte d’altruisme.

Fatiha Milan, infirmière, Hospice Civil de Lyon

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